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vendredi 28 décembre 2012

Une âme damnée, Paul Gégauff, c'est (presque) fini ...


Avant de prendre le large, plein ouest et au coeur des montagnes de Savoie, on se dit que, décidément, notre Gégauff, Une âme damnée, a eu pendant plus de trois mois le plus beau des accueils. L'excellent Paul Vacca - lire sa Société du Hold-up (Mille et une nuits) - nous apprend que ce n'est pas fini : quelques mots devraient encore être consacrés à notre flânerie, en janvier, dans La Revue des Deux Mondes. On n'oublie pas, non plus, et on aime bien réécouter la chronique de Lisa Vignoli, la plus talentueuse journaliste de Marianne, sur Le Mouv' : http://www.lemouv.fr/diffusion-desir-sur-l-ecran
On va pouvoir maintenant laisser infuser les mots de demain, continuer à boire des bouteilles d'exception avec miss K, au Cornichon et au Jeu de quilles, avec notre ami Leroy aussi, on va lire Simon Liberati - 113 études de littérature romantique (Flammarion)- et Thibault de Montaigu - Zanzibar (Fayard) - et puis on est très heureux, surtout, d'éditer, chez Ecriture, le nouveau roman de Franck Maubert : Ville Close. Franck, qui a reçu le prix Renaudot Essai 2012 pour son Dernier modèle, est un dandy, un homme délicat, un exquis compagnon de bonnes tables et un grand écrivain à la plume mélancolique. Ville Close, dont la couverture est illustrée par Pierre Le Tan, sort le 8 janvier :

mercredi 12 décembre 2012

Quand Naulleau parle d'Une âme damnée et de Paul Gégauff, c'est dans Paris-Match

On avait aimé les mots de Beigbeder dans le FigMag, saluant Gégauff et notre Ame damnée, on aime ceux de Naulleau dans Paris-Match. Son papier est titré : "Diable d'homme". On l'illustre, ici, d'un cliché oldscoule, et par le trou de la serrure, de Bernadette Lafont.

Scénariste pour René Clément (« Plein soleil ») ou Claude Chabrol (« Que la bête meure »), modèle du tueur en cavale interprété par ­Belmondo dans « A bout de souffle », auteur d’une poignée de romans salués par Nimier, poète à découvrir, dandy milieu de siècle, anar de droite et de gauche, intime de Maurice Ronet et copain de Johnny (qui a dit de lui : « C’est l’homme qui m’a fait le plus rire et le plus pleurer de ma vie »), il se nommait Paul Gégauff. Sa trajectoire de feu follet s’interrompit quelque part en Norvège, durant la nuit de Noël 1983, lorsqu’il fut poignardé par sa ­compagne et quitta la rubrique cinéma pour celle des hommages posthumes : «
C’est ainsi que je le vois, mi-poète, mi-fou, égoïste et vulnérable à la façon des enfants, avide d’aventures et de plaisirs, curieux, atteint de tous les dons mais, finalement, d’une grande rigueur intellectuelle dans les ­désordres de la vie. » Oraison signée Roger Vadim dans les pages de Paris Match. Cerner pareil personnage, qualifié de « Brian Jones de la profession » par Bernadette Lafont et de « libertin du XVIIe siècle » par Jérôme Lindon, relevait en soi de l’exploit littéraire. Avec « Une âme damnée », Arnaud Le Guern, décidément inspiré par les irréguliers (on lui doit des textes sur Jean-Edern Hallier et Richard Virenque), fait mieux encore.
A l’évocation d’une carrière où la désinvolture le disputait à l’efficacité – plus d’une quarantaine de films au compteur en qualité de dialoguiste, scénariste, adaptateur, interprète ou réalisateur, au portrait d’un homme tissé de contradictions assumées, libre en un mot, à la résurrection d’une époque dont la nostalgie touche même, et peut-être surtout, ceux qui ne l’ont pas connue, l’auteur mêle le récit de ses propres amours, une célébration du cour-cheverny de chez Villemade et des nuits passées à guetter l’aurore sur un tabouret de bar.
Bref, notre biographe (lequel réfute ce mot) se laisse envahir, mais jamais submerger, par son sujet : « J’écris sur Gégauff comme il écrivait ses scénarios, ses dialogues. Je commence par ne rien faire, pendant longtemps. […] Je déstructure les journées, matinées légères et non grasses, heures suspendues. D’un baiser, je sors de la nuit, je goûte l’aube sur les lèvres de miss K. Je la regarde choisir des étoffes que j’aime, tracer dans la ville endormie. Je sniffe l’air encore froid par la fenêtre. » Une fois la dernière page tournée, le critique se prend à hésiter. Aller dénicher sur les quais un exemplaire des « Mauvais plaisants », paru aux Editions de Minuit en 1951 ? Se procurer la filmographie intégrale de notre homme, chefs-d’œuvre et nanars confondus ? Plutôt relire « Une âme damnée », l’affaire d’une heure ou deux, le temps d’une parenthèse enchantée où « la vie, finalement, ressemble à un film de Rohmer dialogué par Gégauff ».

dimanche 11 novembre 2012

Une âme damnée, Paul Gégauff : ne pas oublier Bertrand de Saint-Vincent

On a évoqué les derniers papiers parus sur Une âme damnée et Paul Gégauff. On avait oublié de citer un petit bijou signé Bertrand de Saint-Vincent qui, dans son texte, mêle notre flânerie et Patrick Modiano. C'est dans Le Spectacle du Monde d'octobre et c'est ici :

"Par coïncidence, paraît au même moment (que L'Herbe des nuits) le récit de la vie d'Une âme damnée, Paul Gégauff, personnage sombre dont les fêlures font songer à l'univers de Modiano. Cet irrégulier, "terriblement doué, mais socialement peu compatible", confia Claude Chabrol dans ses Mémoires posthumes, fut poignardé le 25 décembre 1983 par sa jeune compagne. Egoïste, paresseux, provocateur, cet ami de Maurice Ronet, scénariste de Chabrol, Rohmer, René Clément cultiva jusqu'à l'excès une mauvaise réputation d'alcoolique mysogine et de salaud facho : "C'était un homme de l'amer, des paysages, un buveur, un amant des Lolitas et des femmes fatales", écrit Arnaud Le Guern. D'une plume légère et dansante, semblable à la fumée de la cigarette que son modèle arbore en couverture, ce vagabond littéraire a "braconné autour de sa silhouette et de ses mots" : "Gégauff est ma Dora Bruder", clame-t-il. Une herbe folle dont il dédie cette élégante et nonchalante peinture à la femme de sa vie, Miss K, qui, dans sa chambre de l'Hotel Flaubert, à Trouville, lit Claire, de Jacques Chardonne."

vendredi 31 août 2012

Une âme damnée, Paul Gégauff : Christian Laborde allume la mèche

Pour prolonger l'été, on va reparler très vite des heures douces et légères sur les rives du Léman, de la peau bronzée de miss K, de ses longues jambes, de nos baignades, du soleil qui ne lâche rien, des flâneries en espadrilles, de Cecil Saint-Laurent sur la plage des Mouettes, des dîners en terrasse. On va reparler de ces jours intimes et on va parler, encore, d'Une âme damnée, notre livre buissonnier autour des mots et de la silhouette de Paul Gégauff (https://www.facebook.com/PaulGegauffUneAmeDamnee) que publie, le 13 septembre, Pierre-Guillaume de Roux.
Une âme damnée sort donc le 13 septembre et, le premier, Christian Laborde allume la mèche, met l'eau à la bouche. Rappelons que Laborde est l'auteur, notamment, de L'Os de Dionysos et, cette année, de cette merveille de petit livre chaud et balnéaire : Diane et autres stories en short. Laborde a aimé Une âme damnée : il le dit, l'écrit de sa langue flamboyante. C'est pleine cible, plein coeur, c'est ici (http://www.pau.fr/magazine/chroniques/20120830_124649) et c'est là :

"Prenez le bus, le vélo, un tacot, un otage et filez chez votre libraire acheter le nouveau livre d'Arnaud Le Guern : « Une âme damnée ». Le Guern, il a du coeur, Le Guern, il sait écrire. Le Guern, il est là. Le Guern, il est entré en littérature avec un livre enflammé consacré à Jean-Edern Hallier, intitulé « Stèle pour Edern », paru chez Jean Picollec, en 2001. J'ajoute qu'Arnaud Le Guern est un ami de Jérôme Leroy. Ici-bas, il y a, d'un côté, ceux qui lisent Jérôme Leroy et, de l'autre, ceux qui ne le lisent pas. Ceux qui ne le lisent pas, je ne leur parle pas.
« Une âme damnée » d'Arnaud Le Guern paraît aux Editions Pierre Guillaume de Roux, compte 185 pages et coûte 19,50 euro. Le héros de ce livre, sans gras, ni lourdeur, sans mots morts, sans ce parti pris « réaliste » qui est le moteur poussif des ouvrages moyens, s'appelle Paul Gégauff. Il était écrivain. Il était scénariste. Moi, Gégauff, je ne connaissais pas. Arnaud Le Guern, dès les premières pages de son livre, m'apprend que l'oiseau était hors-normes, un vrai dandy. Il avait dit à son épouse : « Tue-moi si tu veux, mais arrête de m'emmerder ». Et elle, obéissante, de lui coller trois coups de couteau dans le buffet, dans la nuit du 24 au 25 décembre 1983, à l'heure où passe le Père Noël. Il avait 61 ans, elle en avait 25. Elle s'appelait Coco.
Paul Gégauff était le scénariste de René Clément, de Claude Chabrol, d'Eric Rohmer. « Plein soleil », « Le signe du lion », « Que la bête meure » ou « Docteur Popaul », c'est lui. Arnaud Le Guern n'a pas besoin de beaucoup de pages pour dresser le portrait de Gégauff. Un paragraphe lui suffit : « Vous étiez un dandy dilettante tendance Pierre de Régnier, une gloire gâchée du Septième art selon les « professionnels de la profession », « le Brian Jones de la nouvelle vague » selon Bernadette Lafont. Une sacrée carte de visite à l'heure où Luc Besson grillait ses premières cigarettes ». Un paragraphe lui suffit, dis-je. Et ce livre, c'est pour moi le triomphe du paragraphe. Moi, j'aime les paragraphes, j'aime les écrivains pressés de revenir à la ligne : ils considèrent que rien ne doit succéder à une trouvaille verbale, une cadence, une sagaie si ce n'est, au coeur du paragraphe suivant, une autre trouvaille, une autre cadence, une autre sagaie. Qu'ils sont beaux, qu'ils ont du tempo, les paragraphes qui, dans ce livre, se succèdent, s'enchaînent, se répondent, trinquent à la santé d'un Gégauff de nouveau vivant.
Arnaud Le Guern ressemble-t-il à Gégauff ? C'est en tout cas ce qu'affirmait, une nuit, en 1998, un homme avec lequel, dans un bar, il parlait de Brigitte Bardot: « Vous menez une vie de patachon. Vous me faites penser à Paul Gégauff. » Les mots dits la nuit au-dessus des verres vides sont souvent justes. Ceux de l'homme du bar sont restés dans le coeur d'Arnaud Le Guern, rendant l'écriture de son livre possible. Le mémoire se met en route, et Arnaud Le Guern se souvient de ses dix ans, d'Evian, et de ce soir où, à la télé, il découvre « Docteur Popaul », film de Chabrol - scénario de Paul Gégauff-, avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle principal. Il a dix ans et il voit tout : l'accident de voiture, l'Alfa Roméo, Belmondo sur l'asphalte. Et Mia Farrow qui lui fait si peur « avec son appareil dentaire, ses lunettes à triple foyer et sa prothèse de jambe ». Retrouvant sa mémoire, revisionnant les films, consultant les coupures de presse, Le Guern, sans jamais se départir de cette légèreté qui permet de distinguer l'écrivain de l'écrivant, poursuit le fantôme de Gégauff, fantôme bien plus présent que tous les morts-vivants qui pérorent autour de nous, dans ce monde saturé de conventions et de médiocrité. On replonge dans les années 60 et 70. On retrouve Françoise Sagan, Maurice Ronet, Jacques Dutronc, Mick Jagger, Marlon Brando et, sur une couverture du magazine « Lui », en queue de pie, jouant du violoncelle, ouvrant les cuisses, Joëlle Mogonsen, la chanteuse du groupe « Il était une fois ». Le passé est vivant dans ce livre, le présent également. Et si l'on croise Le Guern gamin, on le découvre aussi aujourd'hui, s'expliquant avec les mots, tantôt à Paris, tantôt en Bretagne, toujours au bras de Miss K.
Arnaud Le Guern, en faisant revivre Gégauff, en ressuscitant une époque légendaire, résiste à la nôtre où le nivellement ambiant dispute la vedette au saccage quotidien de l'âme. Mais une question, tout à coup, me brûle les lèvres : qu'est donc devenue Coco, la jeune et jolie épouse qui planta par trois fois son surin dans la cage thoracique de Gégauff ? Arnaud Le Guern nous apprend, à la fin de son livre, qu'elle s'est remise à la guitare pour jouer « Armstrong » de Claude Nougaro. Cette Coco, vraiment, est une fille bien."

vendredi 27 juillet 2012

Comme une photo balnéaire de Claude Nori ...

Après la fin de la terre, les rives du Léman nous attendent.
Au programme : la plage des Mouettes, des baignades, dîner à l'Hôtel des Cygnes, les corps amoureux, Miss K en monokini, en robe d'été, en dessous chics, des livres.
Ne rien faire, c'est-à-dire retrouver les plaisirs de l'essentiel et de l'inutile, est le seul art de vivre qui nous enchante.
On a déjà parlé de nos lectures d'août : Cecil Saint-Laurent, Eric Puchner, Marisha Pessl, Nicolas d'Estiennes d'Orves, La Beauté de Frédéric Schiffter, entre autres. On voudrait rappeler, également, que Franck Maubert a écrit un récit lumineux et mélancolique, à son image : Le dernier modèle  (Mille et une nuits). Il nous parle du monde d'avant, des rues et des bars de Montparnasse et, surtout de Giacometti et de Caroline, l'ultime amour du peintre qu'il a rencontré à Nice. C'est un petit livre à lire lentement, en dilettante, sur le sable ou en terrasse ombrée. Ne pas oublier non plus que, en attendant la parution d'Un Week-end en famille de François Marchand, le livre le lus drôle et stylé du moment est signé Gilles Verdiani. Son titre : Mon métier de père (JC Lattès). Scénariste de Frédéric Beigbeder, aimant Casanova et Orson Welles, Verdiani nous offre un récit burlesque, méchant, tendre, swiftien, délicat. On a envie de souligner des phrases, au hasard des pages, de les répéter en boucle :
"Jusqu'à présent, j'ai passé avec mes enfants plus d'heures que leur mère, ce qui n'est probablement pas très courant (sauf chez les veufs, naturellement)."
"Je suis un papa poule qui aurait trouvé un couteau."
"Une femme qui ne vous aime pas, on peut s'en détourner. Une réussite qui vous fuit, on peut changer d'orientation. Mais des enfants qui ont décidé de vous pourrir la vie, ça ressemble à 20 ans de bagne incompressibles."
On a enfin très envie de lire les prochains livres de Gilles, de voir ses films.
Avant la fugue, on va laisser ici, du côté de ces braconnages, quelques papiers que nous avons écrits pour des suppléments d'été du Point. On a évoqué les Conte d'été de Rohmer, à Dinard ; Anne Parillaud et Sophie Barjac à l'Hôtel de la plage de Locquirec ; un Feu follet à Guéthary ; Sagan et Sarah Bernardt à Belle-Ile ; Mitterrand à Hossegor. On en oublie. On s'est fait plaisir. Comme lorsqu'on regarde, encore et toujours, des photos balnéaires de Claude Nori.

samedi 14 juillet 2012

Cecil Saint-Laurent et Roger Vadim, fin de la terre

Fin de la terre, sous la pluie ou sous une trouée de soleil du 14 juillet, on a plaisir à paresser en imaginant la peau, les mots, la voix de miss K. 
Le matin, on prend la voiture pour aller acheter la presse. Dans Le Figaro, Sébastien Lapaque parle du Flaubert, à Trouville, et Eric Neuhoff de Mauriac sous de Gaulle, le pamphlet de Jacques Laurent. On va y arriver, à remettre Laurent à sa place, la plus haute et la plus brillante des Hussards. Patrick Besson avait allumé la mèche (http://www.lepoint.fr/editos-du-point/patrick-besson/jacques-laurent-hussard-puni-12-01-2012-1418064_71.php) et notre ami Leroy, dans Causeur, s'est récemment souvenu de La Bourgeoise, un sacré millésime 1974 : http://www.causeur.fr/cecil-saint-laurent-et-la-revolution-sexuelle,18300. On espère rééditer très vite Caroline chérie, pour commencer. En attendant, on fume des cigarettes en relisant Le petit canard de Jacques Laurent et La mutante de Cecil Saint-Laurent. Plus tard, on sera en Algérie avec lui, découvrant ses Passagers et ses Agités d'Alger.
L'après-midi, on amène Louise à son cours de tennis puis on la récupère avec une de ses petites copines, qu'elles s'amusent ensemble. Pendant qu'elles jouent au monopoly ou à cache-cache, on écoute le vent et la mer, au loin, par la porte-fenêtre entrouverte de notre terrasse. Feuilletant les journaux et magazines du jour, on se dit que le gouvernement socialiste manque vraiment de style, qu'il est bizarre que le dopage n'existe que dans le cyclisme et que Stéphane Denis, alias Torquemada dans Le Point, est décidément très bon dans les feuilletons de politique-fiction.
Le soir, la voix et les mots de miss K, doux et érotiques comme sa peau. Des cigarettes encore, alors que la nuit tombe lentement. Le chat Pablo revient d'une virée dans le jardin. Dans le lecteur dévédé du pécé, on hésite à glisser Les Cousins, Les galettes de Pont-Aven ou La Curée. On choisit La Curée, un Vadim de 1966 très librement adapté, par Jean Cau, du roman de Zola. Vadim était très fort pour transposer dans le bel aujourd'hui des classiques de la littérature. Les écrivains faisaient le travail - Cau ici et Roger Vailland pour Les liaisons dangereuses - et il filmait, gourmand au regard froid, les corps sensuels des femmes de sa vie. Dans La Curée, Jane Fonda est mariée à Michel Piccoli, riche homme d'affaires. Elle tombe amoureuse du fils qu'il a eu d'une première noce. Elle en devient folle, prête à tout lâcher. Elle joue bien de ses regards et de sa silhouette. Piccoli prend la situation avec détachement, manipule. Le film, tout en légèreté, a des faiblesses, qui passent bien pourtant. Un certain psychédélisme a vieilli. Les scènes de night-club sont réussies. Une virée à la campagne, au soleil, esquisse une jolie love story. Les dialogues de Cau, paresseux comme il faut, font mouche. Il y a Tina Aumont aussi, très belle. Comme Jane Fonda, nudité offerte et exquise, également, en robe jaune ou tirant à la carabine, pour chahuter, sur son futur amant. On se dit, avant de s'endormir, qu'on aimerait qu'un film soit, aujourd'hui, réjouissant comme les films moyens de Vadim.

mardi 10 juillet 2012

La beauté

La beauté, ce sera un joli petit livre très chic de Frédéric Schiffter, dont nous reparlerons en septembre.
La beauté, aujourd'hui, alors que nous sommes avec Louise fin de la terre, c'est miss K. et le chat Pablo, une nuit, dans la douceur de Paris XIVe.

samedi 5 mai 2012

Remember Brigitte Lahaie


Demain, nous saluerons comme il se doit l'annonce faite par Nico le petit de son départ pour Miami, où il pourra rejouer à loisir son rôle favori : Tony Montana à gourmette. Avouons toutefois que Michelle Pfeiffer, dans le film de De Palma, avait plus de classe que Carla. NKM, d'ailleurs, aurait une toute autre tenue dans le rôle de l'Elvira du petit Scarface de Neuilly. Même si, loin de Paris, elle nous manquerait avec son cheveu sexy sur la langue, ses poses alanguies et ses bottes en cuir oldscoule.
En attendant, on lit et relit Diane et autres stories en short de Christian Laborde, livre de l'été dont on parle sur Causeur - http://www.causeur.fr/a-l%e2%80%99ombre-des-jeunes-filles-en-short,17345 - puisque l'hebdo éphémère de Frédéric Pajak nous a fait la mauvaise surprise de ne pas publier ce texte écrit pour lui. On en a parlé aussi avec Roland Jaccard, chez SIP. Roland est le plus élégant des hommes. Roland offre, en dandy dilettante à l'oeil malicieux, les mots les plus beaux, dans des livres serrés et légers comme les cafés qu'il aime boire. Roland possède, dans son Iphone, une collection de photos exquises, parmi lesquelles, entre autres, Marie-José Croze tenant entre ses doigts longs le recueil de nouvelles de Laborde. Roland, également, est éditeur aux PUF depuis de très nombreuses années. La collection "Perspectives critiques", c'est lui et on lui doit des textes inoubliables de Frédéric Schiffter, Clément Rosset, Alexandre Lacroix, Louis Skorecki, les Mémoires de l'acteur Georges Sanders et un petit bijou d'un certain David Levine. Roland, pour quelques raisons qui me sont chair (http://www.rolandjaccard.com/blog/?p=2657), quitte les PUF. Le dernier ouvrage publié sous sa direction sort ces jours-ci : Kerouac et la Beat Génération, de Jean-François Duval. Comme Roland fait toujours bien les choses, il a transmis les clés de "Perspectives critiques" à un autre godelureau adepte de la dolce vita sensuelle, poétique et balnéaire : Laurent de Sutter. Philosophe buissonnier, De Sutter a écrit notamment Contre l'érotisme, De l'indifférence à la politique et, notre préférence : Pornostars - Fragments d'une métaphysique du X où il évoque comme personne la grâce "angélique" de starlettes de tous temps nommées Tiffany Hopkins, Rita Faltoyano, Anita Blond, Clara Morgane, Tracy Lords ou Brigitte Lahaie.
On y pense : il faudrait parler avec notre camarade et ami Leroy de Brigitte Lahaie, des films qu'elle a tourné pour José Bénazéraf, Francis Leroi, Gérard Kikoine ou Jean Rollin, des films qui, tous et autant que des Chabrol ou des Sautet, nous disent ce qu'a été la France des années 70, les hommes et les femmes d'alors, la vérité des corps mêlés. On ne doute pas que Secrets d'adolescentes, oeuvre mineure et charmante de Gérard Loubeau (1980), intéresserait beaucoup Jérôme, lui qui sur son blogue nous régale d'extraits nabokoviens : http://feusurlequartiergeneral.blogspot.fr/2012/05/nabokov-en-attendant.html
A part ça ?
On déjeune au Jeu de quille, le meilleur restaurant de Paris - chef : Benoît Reix et Guillaume Clauss en salle -, avec Franck Maubert, esthète délicat qui vient de signer Le dernier modèle et qui publiera, en octobre, un roman beau et mélancolique chez Ecriture : Une ville en hiver. Au menu : tartare de maquereau et radis noir, cervelle de veau et pommes de terre écrasées, crumble pomme et noix et une bouteille de Cairanne rouge de chez Richaud. On dîne ensuite avec Miss K aux Petits plats, table sympathique de la rue des Plantes, autour d'un Cheverny blanc de chez Villemade, dans le plaisir fou de la nuit qui tombe, qui nous appartient. Et quand la jouissance a pris toute sa place, au petit matin léger, on lit Hôtel de la solitude de René Laporte, merveille du monde d'avant exhumée et rééditée par Dominique Gaultier au Dilettante.
Hôtel de la solitude, voilà une lecture que nous pourrions conseiller à Nico le petit qui, à Miami, aura le temps de l'inutile, c'est-à-dire des joies essentielles.

dimanche 22 avril 2012

Pause fin de la terre


Avec Miss K, Louise et le chat Pablo, on va partir quelques jours fin de la terre, face à la mer. Envie de l'écume, du sable, de cette couleur du ciel, de bleu et de gris mêlés qu'on ne trouve que là-bas. Envie aussi des fruits de mer de La Maison de l'Océan, sur le port de commerce de Brest. Même si les vins ne seront pas ceux que je bois au Jeu de quilles (rue Boulard), au Cornichon (rue Gassendi) ou que j'achète à la Cave des papilles (rue Daguerre).
Avant, Miss K et moi avons voté, dans cette école primaire, rue Sarrette, où j'emmène Louise tous les jours, une semaine sur deux. Le bulletin dans l'enveloppe : Mélenchon, évidemment. J'aime presque tout chez l'homme du Font de gauche, ce qui est beaucoup, et j'aime encore plus ce que lui reprochent les corniauds et larbins du jour : accepter une invitation de Buisson, déjeuner avec Guaino comme, hier, on lui reprochait de serrer la main, au Parlement européen, de Marine Le Pen et de prendre un café avec Rachida Dati, toujours très sexy parée de noir et de bottines rouges. C'est toujours la même rengaine dégueulasse des "Didier Dénonce" de tous bords, ça me rappelle ceux qui, sans cesse, me reprochaient d'aimer ADG, Limonov avant Carrère, Drieu ou les Hussards ET Aragon, Vailland, Sagan et Frédéric Fajardie. Quand j'aime les mots, le style, une certaine idée de l'élégance, je ne demande jamais la carte d'électeur de mon camarade de plaisir avec de tchiner.
Les mots, le style, une certaine idée de l'élégance : je pense à Roland Jaccard. Fin de la terre, où m'attendent déjà des poèmes de Bukowski et de Paul Morand, je vais lire Roland Jaccard. Je charge mon sac des livres de Roland. Ca ne pèsera rien : tout, chez lui, n'est que légèreté et dilettantisme classieux. Ses titres, déjà, sont un enchantement :
L'ombre d'une frange
Flirt en hiver
Ce que Mélanie Klein a vraiment dit
Une fille pour l'été
Journal d'un homme perdu
Journal d'un oisif
Le rire du diable
La tentation nihiliste
Le cimetière de la morale
Je prends tout, je piquerai au hasard des phrases, je noterai ses fulgurances dans le désordre de l'envie. Je guetterai aussi, mercredi, son billet dans le dernier numéro de l'hebdo éphémère de Pajak : 1 SEMAINE AVANT L'ELECTION. J'y signe un texte - A l'ombre des jeunes filles en short - où je parle de l'été, de la peau et de Diane et autres stories en short de Christian Laborde. Il y aura également, toujours, Schiffter, Noguez, Olivia Resenterra, Beigbeder et la fin de L'envoyé spécial, le roman feuilleton extra de David Di Nota.
Avec Miss K, Louise et le chat Pablo, les quelques jours fins de la terre seront la plus belle des fugues.

mercredi 21 mars 2012

Une éducation sentimentale


Je ne vais plus au cinéma depuis que je ne peux plus y voir Marie-Hélène Breillat.
Qui se souvient de Marie-Hélène Breillat ?
Je la retrouve dans un vieux numéro de Lui, millésime 76 je crois. Avec son visage de petite souris d'opéra, elle pose en couverture. Elle avait participé au Dernier tango à Paris, avec Brando et Maria Schneider. Avec sa soeur Catherine aussi. Catherine a écrit de bons films pour Fellini et Pialat. Elle a également tourné 36 fillette et Sale comme un ange avant de s'échouer dans les séquelles dun AVC et les chèques en blanc d'un escroc. Sur une autre couverture de Lui, Joëlle Mogensen, du groupe Il était une fois, joue du violoncelle en queue de pie, les cuisses adorablement entrouverte sur un tabouret de soliste. Elle mourra d'une overdose, en nous laissant des mélodies très sexuelles. Plus tard, la féline Natassja Kinski aimantera à son tour les regards, mais je m'éloigne.
Je ne vais plus au cinéma depuis que je ne peux plus y voir Marie-Hélène Breillat. Marie-Hélène se cache, Adjani n'est plus la meurtrière des étés de Sébastien Japrisot, Sandrine Bonnaire ne m'a jamais plu et Juliette Binoche, non plus. Juliette Binoche a eu beau safficher dans Playboy, elle était encore plus insignifiante que dans ses films, que dans les interviouves qu'elle donne à propos de ses films.
Dans Playboy, il y a quelques temps, quelques actrices m'avaient presque donné envie d'aller voir derrière leur peau étalée sur les pages glacées.
Vahina Giocante.
Ludivine Sagnier.
Lou Doillon.
Mes souvenirs sont flous. Vahina sur la Riviera et dans 99 francs, ses lunettes très sérieuses et sa coquinerie adossée à une porte-cochère ; Ludivine à quatre pattes, à califourchon et en bikini blanc, au bord d'une piscine, chez Ozon ; Lou en culotte rouge ou batifolant dans une baignoire sous la caméra dun Bronzé chauve.
Elles auraient pu être attirantes mais n'avaient pas d'oeuvres. Personne n'avait fait glisser sur leurs lèvres le gloss des mots les plus beaux. Personne ne les avait révélées dans l'ombre et les lumières de la caméra comme ces héroïnes qui ont fait, dans les années Mitterrand, mon éducation sentimentale.
J'allais vers mes quinze ans.
J'imaginais mes petites amoureuses avec la moue, les seins à croquer et les fesses rondes de Muriel Catala. Je jalousais les méduses mordant Valérie Kaprisky, le désir bat. Sous les jupes de filles, je pensais à Jeanne Goupil, poupée animée, je mémerveillais : « Laisse-moi regarderLaisse-moi admirerOh ! Jai jamais rien vu daussi beau !Cest à pleurer tellement tes belle » Je protégeais Kim Basinger dans le Bayou, Sean Young à l'arrière d'une Limousine et Ornella Muti, dans sa folie ordinaire. Je prenais des cours privés et pervers avec Elisabeth Bourgine. Marianne Basler, Anne Parillaud et Fiona Gélin, nues et échappées de navets oubliables, s'occupaient de moi. Je dégrafais, sous le chemisier de soie noire, la blanche attache du soutien-gorge de Gabrielle Lazure qui, de sa voix au timbre d'écume, me disait : "Je veux juste que tu m'aimes".
Je ne vais plus au cinéma parce que je prends le soleil, sur une plage perdue, avec miss K.
J'aime ses cheveux mouillés, ses yeux perdus dans le bleu Monory du ciel ou entre les lignes de We need to talk about Kevin de Lionel Shriver.
J'aime ses seins offerts aux rayons chauds, la pointe de ses seins durcis par la brise caline.
J'aime sa manière boudeuse de rentrer dans l'eau toujours trop froide.
J'aime la marque blanche que je devine, sous l'étoffe mouillée du bas de maillot de bain.
J'aime aussi ses soufflets de colère jalouse, quand elle m'en veut de trop parler de la beauté des actrices.

_ Qu'ont-elles qui te plaît tant ?
_ Elles ont ta grâce.

Elle n'est pas convaincue.

_ Je ne suis pas une de tes lointaines actrices oubliées.
_
Tout ce qui reste de la vie et des envies, c'est une jeune fille qui danse et un homme qui lui dit : "Je vais te regarder". Une jeune fille à la cigarette entre les lèvres, robe noire et dos nu, ses gestes précis et ses yeux, sa peau douce. Une jeune fille en fugue à Lisbonne, à Berlin, à Vienne, à Trouville, au Trez-Hir ou sur les rives du Lac Léman. Tout ce qui reste de la vie et des envies, c'est la silhouette en noir et blanc de Françoise Dorléac et c'est toi.

Je ne vais plus au cinéma parce que miss K., le jour et la nuit, sur les plages perdues et dans les bars dhôtel, est plus désirable qu'Alice Taglioni, en blonde, dans La bande du drugstore et qu'Alice Taglioni, en brune, dans Grande école.
Je ne vais plus au cinéma parce que les fesses de miss K. sont un présent plus précieux que le cul de Valérie Lemercier, dans Le derrière, et que le cul d'Eva Green, retirant sa culotte rosée, dans The dreamers.
Je ne vais plus au cinéma parce que les seins de miss K., ronds comme des pommes tentatrices, sont plus beaux encore que ceux d'Hélène Fillières dans Bord de mer, Un homme, un vrai et dans Mafiosa, série où, pourtant, je ne vois qu'elle, parée de sombre et de lunettes noires.
Je ne vais plus au cinéma parce que miss K., comme BB, Jacqueline Sassard, Romy et Marie-Hélène Breillat, est l'autre nom, de chair et de grâce, de la dolce vita

Texte paru le 21/03/2012 dans 6 SEMAINES AVANT L'ELECTION