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vendredi 28 décembre 2012

Une âme damnée, Paul Gégauff, c'est (presque) fini ...


Avant de prendre le large, plein ouest et au coeur des montagnes de Savoie, on se dit que, décidément, notre Gégauff, Une âme damnée, a eu pendant plus de trois mois le plus beau des accueils. L'excellent Paul Vacca - lire sa Société du Hold-up (Mille et une nuits) - nous apprend que ce n'est pas fini : quelques mots devraient encore être consacrés à notre flânerie, en janvier, dans La Revue des Deux Mondes. On n'oublie pas, non plus, et on aime bien réécouter la chronique de Lisa Vignoli, la plus talentueuse journaliste de Marianne, sur Le Mouv' : http://www.lemouv.fr/diffusion-desir-sur-l-ecran
On va pouvoir maintenant laisser infuser les mots de demain, continuer à boire des bouteilles d'exception avec miss K, au Cornichon et au Jeu de quilles, avec notre ami Leroy aussi, on va lire Simon Liberati - 113 études de littérature romantique (Flammarion)- et Thibault de Montaigu - Zanzibar (Fayard) - et puis on est très heureux, surtout, d'éditer, chez Ecriture, le nouveau roman de Franck Maubert : Ville Close. Franck, qui a reçu le prix Renaudot Essai 2012 pour son Dernier modèle, est un dandy, un homme délicat, un exquis compagnon de bonnes tables et un grand écrivain à la plume mélancolique. Ville Close, dont la couverture est illustrée par Pierre Le Tan, sort le 8 janvier :

dimanche 7 octobre 2012

François Simon marivaude

Un des plaisirs de l’automne naissant, avec les chaudes nuits érotiques et les dernières terrasses : les livres buissonniers, loin de la course aux prix. Ca peut être la très belle « remise au point » de Patrick Besson, Contre les calomniateurs de la Serbie (Fayard), les lettres électroniques envoyées par Alain Bonnand à notre ami Roland Jaccard, Le testament syrien (Ecriture), ou le roman de François Simon : Dans ma bouche.
On doit beaucoup d’enchantements à François Simon, grand reporter et chroniqueur gastronomique, masqué comme Zorro. Sans lui, par exemple, nous serions passé à côté de la meilleure table de Paris, « donc de France » comme le dit Michel Duchaussoy dans Que a bête meure : Le Jeu de quilles, rue Boulard, dans la quatorzième arrondissement, où Benoît Reix cuisine comme personne le carpaccio de veau sous la mère au parmesan et le boeuf du voisin Hugo Desnoyer – avec lequel Simon a signé Un boucher tendre et saignant (Assouline) - et où Guillaume, en salle, sert des vins blancs exquis - le Milouise de Jean-Philippe Padié - qui permettent aux demoiselles de passer des soirées adorablement grisées.
Le Jeu de quilles aurait pu être une des tables, au coeur de Dans ma bouche, où François Simon promène son élégance libertine. Elle n’y est pas : ce sera pour un prochain texte, au gré de l’inspiration de l’écrivain. Dans ce livre qui n’est ni une Angoterie ni un pavé Wikipedia, Simon n’en fait qu’à sa fête. Le charme est là, qui se joue des codes du genre. L’éditeur veut un roman ? Simon l’agrémente à son art, suivant le fil de ses jours et de ses nuits. On devine qu’il a paressé, en dandy, sur son ouvrage. Ecrire, oui, mais la vie allume ailleurs quelques incendies remarquables. Il y a ce déjeuner chez Thoumieux, un voyage au Japon ou à Hambourg, des rendez-vous avec Jeanne Moreau et Catherine Deneuve, une causerie de Jean d’Ormesson, les dîners de « bad boys » au Café Cartouche ou chez Yves Camdeborde, entre Avant-Comptoir et Comptoir du Relais. Il y a aussi le charme si discret de la province, célébré d’une langue précise : « J’ai toujours eu un faible pour Dijon, superbe Facel-Vega remisée sous une bâche. Je m’y retrouve une nouvelle fois seul, à l’hôtel de la Cloche. Je m’arrange pour arriver tôt dans la journée, déambuler, flâner. J’y cherche des fantômes. Les cueille à chaque coin de rue, car les piétons de ce jour ne souhaitent pas outre mesure incarner le moment. » Il y a enfin ces héroïnes pour lesquelles on file à travers la ville, on réserve des chambres d’hôtel, on réinvente avec diablerie la séduction : « Dans une côte rôtie renversante de chez Gaillard, je glisse une petite dose de MDMA d’une remarquable qualité. » Elles ont parfois l’anonymat des escortes ou s’appellent Manuela, Flore, Grazia, Fang, Pascale, Kasumi. Elles sont à se damner, à croquer et à boire, là où leur désir bat, rendent heureux puis triste, la mutine Soo plus que toute autre. C’est ainsi que, avec Dans ma bouche, François Simon nous offre, au rythme des baisers volés et des baisers perdus, un beau roman d’amour, de sexe et de mélancolie des choses de la vie.
François Simon, Dans ma bouche, Flammarion 2012
Texte paru sur Causeur.fr, le 7/10/2012

mercredi 4 avril 2012

Des lèvres de mélancolie qui quêtent le beau


A l’heure des petits et des grands journaux, des comiques ta mère et des « On n’demande qu’à en rire », le rire a du plomb dans les ailes.
Le rire est lourd, le rire pue, idiotie utile de larbins aux ordres de l’absence de talent.
Au rire, je préfère le sourire : des lèvres de mélancolie qui quête le beau.
Le sourire est le rire blessé des tristes temps où nous vivons. Le sourire appartient à l’intimité du temps des copains et des belles apparitions. Il s’accorde à l’été indien, aux lunettes noires, aux terrasses - celle du Jeu de quilles rue Boulard ou chez Casimir rue Belzunce -, à un Cheverny blanc – Les Acacias – ou rouge – Les Ardilles - de chez Villemade, aux gestes câlins, aux envolées sur les socialistes utopiques, les maisons dans les films d’horreur ou les poèmes de Paul-Jean Toulet, aux derniers verres à la santé de la lune.
Le sourire, on le voit, contrairement au rire, est l’éclat d’âme des ultimes rejetons de la dolce vita.

Dans 4 SEMAINES AVANT L'ELECTION, l'hebdo éphémère de Frédéric Pajak, je réponds à la question : "Qu'est-ce qui vous fait rire ?" J'en profite pour parler du sourire. Et je me dis qu'il est agréable de poser quelques mots élégants à côté des amis Jaccard, Schiffter, Ficat, Noguez et Di Nota. 4 SEMAINES AVANT L'ELECTION : à rapter, dès aujourd'hui, en kiosque et dans les maisons de la presse.

jeudi 19 mai 2011

François Simon, voyageur sentimental

Les Simon, dans les lettres françaises, c'est comme les Besson, les Jardin ou les Leroy: le talent a choisi son camp. Si Yves S. incarne le vieux matuvu pour rombières en chaleur – variante du gai pinson Philippe B., de l'idiot de la famille Alexandre J. et du Goncourt falot Gilles L. -, François Simon est un flâneur mélancolique qui nous enchante à la manière d'un Patrick Besson, Pascal Jardin ou Jérôme Leroy. Le chroniqueur gastronomique masqué du Figaro et de Direct 8 ne connaît pas les genres. Qu'il signe un roman – Toscane –, qu'il nous fasse découvrir une petite table de haute tenue – « Le jeu de quille », rue Boulard, Paris XIVe – ou qu'il nous invite à dîner avec un exquise jeune femme à la grâce très française, il n'en fait qu'à sa fête, tantôt triste tantôt joyeuse, toujours stylée. Pars ! - sous-titré Voyager est un sentiment - est ainsi un petit précis de la douceur de vivre loin de la vulgarité des temps présents : « Rien n'est plus trompeur qu'une ville étouffée sous le tourisme. Elle couve. Elle cache des vipères et des frelons. » De Kyoto à Berlin, de Paris à Sao Paulo, de la route 66 à l'Afrique du sud en passant par New-York et la Sicile, sans oublier une Petite Reine qu'il suit dans le sillage du dandy des sprint Mario Cipollini, François Simon se souvient, écoute, aime, marche, sieste, mange, boit, prend des taxis et note ses émotions sur un carnet Moleskine ou sur du papier à en-tête d'hôtel. A Londres, il écrit : « J'aime bien cette ville lorsqu'elle est glaciale et les filles à moitié nues. » Ailleurs, le long du Rio Grande : « Une jeune fille, surgie de l'inattendu, court en tee-shirt bleu pétrole et pantalon mandarine. » Entre les pages, la jeune fille croisera les ombres de Paul Morand et John Lennon, Truman Capote et Elizabeth Craig, Louis-Ferdinand Céline et Marlene Dietrich. Une dernière phrase ? « Le bonheur est comme un train partant à des heures irrégulières. » On dirait du Blondin, du Larbaud ou le Frank de Géographie universelle. C'est du François Simon, voyageur vagabond à la langue qui incite à la fugue.
François Simon, Pars ! Voyager est un sentiment, Robert Laffont, 2011
Article paru dans Service littéraire, mai 2011

dimanche 20 mars 2011

Soral, Ardisson et "Petits acacias"



Sur Causeur , je frustre avec joie les pro et les anti Alain Soral.
Les pro veulent qu'on leur explique pourquoi leur maître est un génie ; les anti ne supportent pas la simple évocation de l'essayiste et de son amie Marine.
Il aurait fallu, en outre, parler du "fond" de Comprendre l'Empire et le faire, à la manière lourdingue et ennuyeuse d'un Fine quelle crotte ou de Soral lui-même.
Le "fond", je suis tombé dedans et j'ai tiré à vue sur la forme du petit livre noir d'un Soral grande gueule et très mauvais à l'écrit.
C'est à lire ici : http://www.causeur.fr/comprendre-soral,9226
Happé, toujours, par le "plaisir aristocratique de déplaire", je salue comme il se doit, dans les pages de Service littéraire de François Cérésa, la mort du présentateur télé Thierry Ardisson.
Son Dictionnaire des provocateurs, écrit par le sinistre Joseph Vebret, aura été son avis de décès.
Dans Service littéraire, journal d'écrivains comme l'étaient Arts, La Parisienne ou L'Idiot international, les mots sont à la fête et signés : Roland Jaccard, Frédéric Schiffter, Eric Neuhoff, Christian Millau, Christian Authier, François Bott, Frédéric Vitoux, Jacques Aboucaya, Anthony Palou, Philippe Lacoche.
Du beau, du bon, du dispersé "façon puzzle", du classieux.
Pour lire sur le ouèbe, pour s'abonner, pour tout savoir, c'est ici : http://www.servicelitteraire.fr/
Loin de Soral, d'Ardisson et tutti merdi, il sera bientôt question, sur ce blogue et ailleurs, de Frédéric Berthet, du Come baby de Patrick besson, de Tout Paris de Bertrand de Saint-Vincent. La langue française telle que nous sommes quelques-uns, encore, à l'aimer. Le style à l'assaut, à la caresse. Le style à l'oeuvre en pleine fin du monde, fronts japonais, libyen ou stupidement "Viiip". Le style qui, par exemple, à la suite de la soirée d'inauguration du salon du livre, a allumé la mèche de la nuit.
Il y avait - au Jeu de Quilles, rue Boulard, Paris XIVe - les camarades Leroy et Serafini, ma belle amoureuse et une exquise Chinoise à Paris. Benoît Reix, chef hautement talentueux, cuisina Carpaccio de veau sous la mère au parmesan et agneau de chez Desnoyer. Guillaume servit Arbois pupillin de Pierre Overnoy, Cheverny Villemade, cuvée "Les petits acacias" et quelques autres bouteilles, merveilles naturelles qui font tourner les tables.
Jusqu'au petit matin, dans l'ivresse légère et la fumée : amour fou et socialisme utopique, mélancolie et Mélenchon, dolce vita et cul de Marine, lunettes noires et Paul Gégauff, Flirts en hiver et monde d'avant, ouiquendes plein soleil et vulgarité des tristes temps où nous vivons, Jean-Pierre Enard et DSK, fulgurances des moralistes français et poésie de la peau des jeunes femmes, La Haine et feux follets ...
La beauté, définitivement, beau soucis et antidote.