Affichage des articles dont le libellé est dolce vita. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est dolce vita. Afficher tous les articles

jeudi 18 juillet 2013

Mon Abécédaire foutraque des écrivains français (en espadrilles ou en bikini) à lire sur la plage, en terrasse et à la belle étoile


Avant de fuguer un long mois- dolce vita amoureuse, soleil, plage, nage, terrasse, Adieu aux espadrilles à achever et tutti belli -, on s'est amusé à rédiger un Abécédaire des écrivains français vivants qu'on aime lire et relire. Une occasion sans doute, pour quelques-uns de passage ici, de nous reprocher tel nom ou tel autre. Ce sera notre plaisir.

A
Armanet, François; Authier, Christian
B
Banier, François-Marie; Bedel, Cyril; Beigbeder, Frédéric; Besson, Patrick; Bied-Charreton, Solange; Boisséson, Matthieu (de); Boussaa, Natacha
C
Cérésa, François; Chapuis, Bernard; Coatalem, Jean-Luc; Coop-Phane, Oscar; Cornette-de-Saint-Cyr, Amandine; Coulomb, Jean-François
D
David, Angie; Dancourt, Thierry; Debureaux, Matthias; Denis, Stéphane; Déon, Michel; Des Horts, Stéphanie; Di Nota, David; Dreyfus, Pauline; Duteurtre, Benoît
E
Echenoz, Jean; Errer, Emmanuel
F
Forestier, François
G
Geille, Annick; Guégan, Gérard; Guibourgé, Stéphane; Guilbert, Cécile; Guillon, Arnaud
H
Hoffmann, Stéphane; Holder, Eric
I
Iommi-Amunategui, Antonin
J
Jaccard, Roland; Jeancourt-Galignani, Oriane
K
Klossowski de Rola, Thadée
L
Laborde, Christian; Lacoche, Philippe; Lapaque, Sébastien; La Rochefoucauld, Louis-Henri (de); Leroy, Jérôme; Liberati, Simon; Lucovich, Jean-Pierre (de)
M
Marchand, François; Marignac, Thierry; Marpeau, Elsa; Martin, Bénédicte; Martinez, Frédéric; Maubert, Franck; Maulin, Olivier; Mazzella, Léon; Modiano, Patrick; Montaigu, Thibault (de); Montana, Cyril; Morales, Thomas
N
Neuhoff, Eric; Nori, Claude
O
Ovidie
P
Palou, Anthony; Page, Alain; Pirotte, Jean-Claude; Pons, Maurice
Q
Quadruppani, Serge; Quiriny, Bernard
R
Resenterra, Olivia; Richard, Thierry
S
Saint-Vincent, Bertrand (de); Schiffter, Frédéric; Schuhl, Jean-Jacques; Simon, François; Straniero, Céline; Sutter, Laurent (de);
T
Tellenne, Eric
UV
Verdiani, Gilles; Vilain,Philippe; Villiers, Gérard (de)
XYZW
Walker, Aude; Weyergans, François

dimanche 10 mars 2013

Roland Jaccard voyage léger


Roland Jaccard a le dilettantisme d’un éternel jeune homme. C’est une qualité qui préserve de la lourdeur. Les titres de ses livres, d’ailleurs, esquissent encore plus une singulière carte du tendre et du cynique : Journal dun oisif, Flirts en hiver, Lhomme élégant ou, notre préféré, Une fille pour lété.
A l’inverse de Beckett, Jaccard n’est pas « bon qu’à ça ». Il écrit à sa guise et selon les saisons. Suisse de Paris, il s’envole volontiers pour Tokyo et conseille à ses vieux compagnons un camp d’entraînement chez les survivalistes américains. Il semble que, loin des mots, quelques demoiselles l’occupent. Il les couchera plus tard sur la page blanche. Les journaux du jour lui donnent l’occasion de se moquer joyeusement de ses contemporains. Il ne déteste pas, l’après-midi, badiner avec un ami, offrant une photo oldscoule de Catherine Spaak et buvant des cafés très serrés, au zinc d’un bistrot du boulevard Raspail. Ca lui permet de charmer des serveuses prénommées Stéphanie. Pour dîner, les tables asiatiques ont ses faveurs, surtout quand elles sont fréquentées par Marie-José Croze et une poignée de gandins.
Quand on aime les petits luxes de la vie, on le voit, il y a des priorités. Histoire de donner le change, Jaccard a pourtant longtemps chroniqué la philosophie au Monde et publié les livres des autres aux PUF. Le Monde étant devenu illisible, il a cessé d’écrire dedans ; les PUF ayant mis Paul Gégauff à la porte, il l’a claquée à son tour. Dégagé de ces obligations, Jaccard n’offre désormais ses carnets et ses mots – mal-pensants et parfaitement ciselés – qu’à Causeur et Grasset, qui vient déditer Ma vie et autres trahisons.
Sous-titré « Récit », Ma vie et autres trahisons tient autant du journal intime que du roman, du recueil d’aphorismes que des « choses vues ». Paré de Ray-Ban et posant au loser magnifique - « Il m’est pénible de l’avouer, mais je suis un pauvre type » -, Jaccard est surtout un flâneur en fugue du côté ses obsessions, de ses plaisirs, de ses fantômes aussi. Il met à l’honneur les Lolitas et les poètes japonais. D’une ligne l’autre, Dexter Morgan dialogue avec Cioran et Bukowski. Sur l’écran noir des nuits blanches, Candy de Christian Marquand lui rappelle la silhouette d’un amour enfui. Des noms défilent : Mélanine, Rachel, Vijak, Shade. Les souvenirs, souvent, se teintent de mélancolie. Des morts parlent avec grâce ; trop de vivants, malheureusement, racontent toujours autant de bêtises. Ne pas oublier, parfois, que les gangsters sont de chics types, même quand ils ont enlevé un baron, lui coupant un doigt. Ca rassure presque, ça patine les trahisons premières.
A la fin de la balade, on a envie de relire en boucle les chapitres de Ma vie et autres trahisons. On dirait des chansons, une petite musique qui ne nous quitte pas, comme un haïku de Brautigan, comme une Physiologie des lunettes noires qui, pour Jaccard, annonce l’été. Rien ne dépasse, Roland a raison, la promesse des plages.

Roland Jaccard, Ma vie et autres trahisons, Grasset 2013
Papier paru dans Causeur Magazine, mars 2013

vendredi 21 septembre 2012

De quoi les "Hussards" sont-ils le nom ?

Dans Causeur Magazine de septembre, notre texte autour de Nimier et des "Hussards" a été quelque peu charcuté, une grossière erreur s'ajoutant par ailleurs : Le Grand d'Espagne de Nimier n'étant en rien, évidemment, un roman. On publie ici la version originale de notre papier :

Le drame appartient à la légende des années 60, époque où il était recommandé de cramer sa vie en roulant trop vite dans des bolides toujours plus rapides. Nous sommes le 28 septembre 1962. Roger Nimier meurt dans un accident de voiture. A ses côtés, la blonde romancière Sunsiaré de Larcône. Ils se rendaient dans la maison de campagne de la famille Gallimard, éditeur pour lequel Nimier oeuvrait. Roger et Sunsiaré n’arriveront jamais à destination. Ils se retrouveront dans les pages de Paris-Match, cadavres extirpés de la tôle froissée de l’Aston Martin DB4. Nimier, ailleurs, a droit à quelques nécrologies fielleuses : il a eu ce qu’il méritait, il se suicidait à grand feu, en « Hussard » qu’il était.
Des écrivains dégagés
Les « Hussards », justement, quelle affaire. Pour certains, ils existent ; pour d’autres, ce n’est qu’une invention de Bernard Frank. En 1952, Frank est un des factotums de Jean-Paul Sartre. Dans Les Temps modernes, il sonne la charge contre une poignée d’écrivains que, « par commodité », il nomme « fascistes » : Roger Nimier, Jacques Laurent et Antoine Blondin – Michel Déon venant s’ajouter plus tard à la fine équipe. Leurs torts sont multiples : ils aiment la vitesse, l’alcool et les jeunes filles ; ils n’écrivent que pour divertir ; ils ont un certain succès ; ils sont de droite. Si Frank se moque, en dilettante, de cet art de vivre qui est d’ailleurs le sien, Sartre a des comptes à régler. Jacques Laurent l’a épinglé dans Paul et Jean-Paul, un pamphlet qui a fait rire et fait mouche. Assimiler le penseur révolutionnaire à Paul Bourget, incarnation XIXe de la bien-pensance bourgeoise : une horreur. Nimier, Laurent et Blondin seront donc infréquentables : des « Hussards » - Nimier a publié Le Hussard bleu – et des fascistes, puisqu’ils lisent des écrivains honnis tels que Morand, Montherlant et Chardonne et que leurs romans mettent en scène des miliciens, des femmes légères, des gandins à l’idéologie floue.
Une certaine idée du style
Les ouvrages qui paraissent, à l’occasion du cinquantenaire de la mort de Nimier, apportent la plus belle des réponses à Sartre. La littérature n’est ni de droite ni de gauche : elle est le style, autre nom de la pensée qui braconne sur le fil des mots. Le style : Nimier, Laurent, Blondin, Déon en ont, chacun selon son art ; Sartre n’en a pas. Il faut lire, dans le Cahier de l’Herne consacré à Nimier, le texte de Gérard Guégan, homme qui n’a jamais oublié la rage à son cœur « rouge ». Il raconte sa découverte de Nimier – Le Grand d’Espagne - à l’ombre des bastons l’opposant à l’extrême-droite des sixties : par-delà les coups de barre de fer, la littérature considérée comme un mot de passe entre ennemis. Alain Dugrand, qui signa longtemps les meilleurs papiers de Libération, ne dit pas autre chose dans sa contribution : « Fasciste, disaient-ils ». Qu’il s’agisse du Cahier de l’Herne, de la revue Bordel ou du collectif édité par Pierre-Guillaume de Roux, on espère que ces publications vont permettre une redécouverte des œuvres de Nimier, de Laurent – sous son nom ou sous le pseudo de Cecil Saint-Laurent - et de Blondin, mais encore d’écrivains qui partageaient avec eux une passion de la langue française à l’assaut, à la caresse : Jacques Perret, Stephen Hecquet, Pierre Boutang, Pol Vandromme ou Philippe Héduy. Tous écrivaient dans des revues, dans des journaux aux noms enchanteurs : Arts, Opéra ou La Parisienne. En clin d’oeil, sans doute, quelques demoiselles cavalières se jettent à l’eau, ces jours-ci, et publient La Hussarde. Le mot de désordre de leur premier numéro : « Il n’y a pas de femmes artistes ». On a envie de les lire et, aussi, de voir ou revoir les films scénarisés par Nimier, dont parlent Eric Neuhoff dans le Cahier de l’Herne, Alexandre Astruc et Philippe d’Hugues dans  Nimier, Blondin, Laurent et L’esprit Hussard. Infréquentables, les « Hussards » ? Quand ils n’écrivaient pas ou ne charmaient pas de jeunes romancières, ils trinquaient avec Maurice Ronet, Paul Gégauff et Louis Malle. Et, même morts, des plumes comme Christian Authier, Claire Debru, Florian Zeller ou Thibault de Montaigu, sans oublier notre camarade Jérôme Leroy, leurs offrent des mots classieux. On comprend la peine de Jean-Paul Sartre.

Roger Nimier, collectif, Les Cahiers de l’Herne, éditions de l’Herne, direction Marc Dambre
Le Bal du gouverneur, Roger Nimier, éditions de l’Herne
Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent et L’esprit Hussard, collectif, éditions Pierre-Guillaume de Roux, direction Pierre-Guillaume de Roux et Philippe Barthelet
Les Hussards, revue Bordel, éditions Stéphane Million
Il n’y a pas de femmes artistes, revue La Hussarde, n°1, éditions Rue Fromentin

samedi 25 août 2012

Le feu follet de Guéthary

Cet été, les flâneurs de la Cote basque ont pu lire, dans un supplément du Point, quelques mots buissonniers sur notre ami Frédéric Schiffter - "Il se définit lui-même comme « un philosophe sans qualités ». La sieste, pour lui, est un art majeur. Il préfère le surf et les jeunes filles à Kant. Ses journées, surtout, ne peuvent se concevoir sans un verre dégusté à l’hôtel du Palais, à Biarritz." - et sur Frédéric Beigbeder, écrivain qu'on nous reprochera sans doute d'apprécier. Ce à quoi, comme maître Vergès, nous répondons par un sourire et quelques volutes de fumée.

Frédéric Beigbeder est rarement là où on l’attend. Ecrivain en vogue, il réalise avec succès L’Amour dure trois ans, son premier film. Critique littéraire, il joue au DJ dans les night-clubs de Moscou et au mannequin pour des marques branchées. On l’imagine en terrasse du Flore ou au Montana, lieux à la mode de Saint-Germain-des-prés : il est déjà loin. Un SMS, comme un éclat de rire face à la mer, confirme la fugue : « Cheers from Guéthary ! »
Un été 1972
Beigbeder et Guéthary, c’est avant tout une histoire d’enfance des années 70. Gamin, il passe ses vacances dans cette petite station basque, à quelques kilomètres de Biarritz. Ses grands-parents ont une villa, Patrak Enéa, qui donne sur le sentier Damour. Ses parents s’y sont rencontrés, mariés, avant de se séparer. A Guéthary, Frédéric est un garçon solitaire dans une famille décomposée. Il quête l’Espagne à l’horizon. Ses paysages préférés se trouvent sur la route menant de Sare à Ainhoa. Sur la plage de Cénitz, son grand-père lui apprend l’art du ricochet et de la pêche à la crevette. Au club Mickey, des demoiselles lui refusent de chastes baisers. Même sanction avec les filles du garde-barrière : elles préfèrent regarder Charles, son frère. Frédéric se rattrapera plus tard.
Une fenêtre sur le monde
Longtemps, Beigbeder s’est tenu éloigné de la cote Basque. La tourbillon de sa vie l’amenait ailleurs. Puis il est revenu, a acheté une ancienne fermette, pour se reposer des nuits trop blanches de Paris : « À partir d’un certain âge, il y a des endroits où l’on se sent bien. Ils fonctionnent comme des antidépresseurs. » Accompagné de sa fille Chloé, il suit les traces de son grand-père, sur la plage de Cénitz. La Rhune dans son dos et l’océan devant lui, Frédéric se souvient de l’art de lancer des cailloux qui filent sur les flots. La pêche à la crevette, elle, est interdite depuis 2003. Dans Un roman français (Pris Renaudot 2009) Beigbeder touche, avec légèreté et mélancolie, quand il fait revivre Guéthary et les personnages de l’enfance, quand il restitue l’atmosphère des maisons de famille. Avec L’amour dure trois ans, filmant Gaspard Proust et Louise Bourgoin, il ajoute quelques couleurs au tableau : le vert du jour qui tombe, hors-saison, sur le port.
La dolce vita
Beigbeder, désormais, partage ses semaines entre Paris et Guéthary où, il le dit en riant : « Je mange, je bois et je dors. » Il se déplace en pick-up sans permis, déjeune dans des paillotes – le Blue Cargo à Ilbaritz -, porte des espadrilles comme Françoise Sagan. Des amis écrivains lui rendent visite : Simon Liberati ou Michel Houellebecq qui, ivre, s’endort au pied d’un escalier. Un journaliste, venu faire un reportage sur la Cote basque, titre : « Beigbeder se la coule douce. »  Au bord de sa piscine, sa fiancée en bikini noir à ses côtés, il lit les Contrerimes de Paul-Jean Toulet. A Guéthary, Frédéric est au plus près de Toulet, dandy dilettante à son image, grand vivant de la Belle époque venu mourir ici après une existence de plaisirs. Chaque année, à la Toussaint, Frédéric se recueille sur la tombe de ses grands-parents et sur celle de Toulet, dont le nom est presque effacé. Beigbeder, feu follet aux basques du temps qui passe, fait ainsi œuvre de mémoire vive.

Texte paru dans le supplément d'été du Point "La Côte basque", juillet 2012

vendredi 27 juillet 2012

Comme une photo balnéaire de Claude Nori ...

Après la fin de la terre, les rives du Léman nous attendent.
Au programme : la plage des Mouettes, des baignades, dîner à l'Hôtel des Cygnes, les corps amoureux, Miss K en monokini, en robe d'été, en dessous chics, des livres.
Ne rien faire, c'est-à-dire retrouver les plaisirs de l'essentiel et de l'inutile, est le seul art de vivre qui nous enchante.
On a déjà parlé de nos lectures d'août : Cecil Saint-Laurent, Eric Puchner, Marisha Pessl, Nicolas d'Estiennes d'Orves, La Beauté de Frédéric Schiffter, entre autres. On voudrait rappeler, également, que Franck Maubert a écrit un récit lumineux et mélancolique, à son image : Le dernier modèle  (Mille et une nuits). Il nous parle du monde d'avant, des rues et des bars de Montparnasse et, surtout de Giacometti et de Caroline, l'ultime amour du peintre qu'il a rencontré à Nice. C'est un petit livre à lire lentement, en dilettante, sur le sable ou en terrasse ombrée. Ne pas oublier non plus que, en attendant la parution d'Un Week-end en famille de François Marchand, le livre le lus drôle et stylé du moment est signé Gilles Verdiani. Son titre : Mon métier de père (JC Lattès). Scénariste de Frédéric Beigbeder, aimant Casanova et Orson Welles, Verdiani nous offre un récit burlesque, méchant, tendre, swiftien, délicat. On a envie de souligner des phrases, au hasard des pages, de les répéter en boucle :
"Jusqu'à présent, j'ai passé avec mes enfants plus d'heures que leur mère, ce qui n'est probablement pas très courant (sauf chez les veufs, naturellement)."
"Je suis un papa poule qui aurait trouvé un couteau."
"Une femme qui ne vous aime pas, on peut s'en détourner. Une réussite qui vous fuit, on peut changer d'orientation. Mais des enfants qui ont décidé de vous pourrir la vie, ça ressemble à 20 ans de bagne incompressibles."
On a enfin très envie de lire les prochains livres de Gilles, de voir ses films.
Avant la fugue, on va laisser ici, du côté de ces braconnages, quelques papiers que nous avons écrits pour des suppléments d'été du Point. On a évoqué les Conte d'été de Rohmer, à Dinard ; Anne Parillaud et Sophie Barjac à l'Hôtel de la plage de Locquirec ; un Feu follet à Guéthary ; Sagan et Sarah Bernardt à Belle-Ile ; Mitterrand à Hossegor. On en oublie. On s'est fait plaisir. Comme lorsqu'on regarde, encore et toujours, des photos balnéaires de Claude Nori.

mardi 5 juin 2012

Paul Gégauff, vous avez dit Paul Gégauff ? #5

Le 13 septembre, Paul-Jean Toulet, Pierre de Régnier, Jean de Tinan, Françoise Sagan, Eric Rohmer, Claude Chabrol, Bernard Frank, Louise de Vimorin, Cecil Saint-Laurent, Roger Nimier, Pierre Zucca, Maurice Ronet, Jean Yanne, Roger Vadim, Félicien Marceau et quelques autres, glisseront avec plaisir, dans leur poche revolver, un petit livre très dandy. Entre volutes et alcool fort, bikini et peau bronzée, une manière de prolonger les étés de la vie. Dolce vita pas morte, littérature suit ...

jeudi 24 mai 2012

Paul Gégauff, vous avez dit Paul Gégauff ? #4

- Gégauff, c'est donc ça : les plus belles actrices du monde d'avant ? BB, Stéphane, Jacqueline, Romy ? Les filles, toujours les filles, tu n'en sors pas ! Tu t'étonneras, après, que à gôche et à droite, on ne te prenne pas au sérieux !
- A droite, ils ne connaissent plus Cécil Saint-Laurent ; à gôche ils n'ont rien de Roger Vailland ...
- Il n'y a pas que le style, l'alcool, les volutes, la dolce vita et les belles apparitions, dans la vie !
- Il n'y a, justement, que ça dans la vie.
- Tu finiras seul, toi !
- Je finirai au soleil en bord de mer ou en terrasse avec miss K, quelques camarades précieux, avec Paul Gégauff et les plus belles actrices du monde d'avant, avec aussi une poignée d'hommes élégants qui, tous, ont usé des mots de Gégauff comme d'une arme de précision contre la laideur à l'oeuvre :




vendredi 18 mai 2012

C'est encore plus beau quand c'est introuvable (Petit abécédaire snob des auteur à (re)éditer #2)


Après Gretchen Moll, échappée de Forever mine de Paul Schrader (c'était ici : http://braconnages.blogspot.fr/2012/05/petit-abecedaire-snob-des-auteurs.html), c'est au tour de quelques héroïnes de la très bukowskienne série Californication, signée Tom Kapinos, de souhaiter nous faire part de leur petit abécédaire snob d'auteurs à lire et relire, cet été, en terrasse. Espiègles comme on peut le deviner, elles se sont amusées avec les livres en français, en anglais, avec des articles de presse, avec des pseudos. Les héroïnes, on le voit, sont irrésistibles ...
A
Arrabal Fernando
Audiard Michel
B
Boutang Pierre
Bostel Honoré
Bertrand Philippe
Bulteau Michel
Baby Yvonne
C
Chany Alain
Clément Paul
Cau Jean
Carella Philippe
D
Duhamel Betty
Duval Roland
Dutourd Jean
EF
Fallet René
Férou Michel
Franc Régis
G
Guégan Gérard
Galey Matthieu
Georges Jean-Pierre
Grall Xavier
H
Hardellet André
Hemsay Gilles
IJ
Jimenes Paul
Jay Salim
Janowitz Tama
KL
Labattu Laurent
Lafargue Freddie
Le Braz Yves
Lainé Pascal
M
Michel François
Monréal Guy
Musso Frédéric
McInerney Jay
N
Nagy Thomas
Norrit France
O
Ollivier Eric
P
Peyrefitte Roger
Parturier Françoise
Pilhes René-Victor
Pieyre de Mandiargues André
QR
Rivoyre (de) Christine
Rollin Jean
Roulet Dominique
Rochefort Christiane
Raphaël Maurice
S
Saint-Père (des) Guy
Serguine Jacques
Sigurd Jacques
Spens (de) Willy
Sagan Françoise
Schrader Paul
T
Tailhade Laurent
UV
Vilmorin (de) Louise
Vincentanne Stéphane
Varenne Albéric
Vandromme Pol
Vinneuil François
Veyron Martin
WXYZ
Wolfromm Jean-Didier

jeudi 26 avril 2012

A l'ombre des jeunes filles en short


L’été, décidément, se fait attendre.
L’été me manque.
L’été, c’est souvent les bords du Lac Léman, comme dans un roman de Modiano.
L’été, c’est le soleil sur le balcon de la Villa familiale et sur la plage des Mouettes, l’ombre en terrasse de l’hôtel des Cygnes.
L’été, c’est la goutte d’eau douce qui caresse le grain de beauté entre les seins de miss K.
L’été, c’est Christophe chantant la Dolce vita, Sébastien Tellier nous invitant à déguster des Pépito bleus.
L’été, c’est les verres de rosé à l’heure de suspendre le temps, pas n’importe quels rosés : L’apostrophe de Jean-Christophe Comor, L’Anglore d’Eric Pfifferling ou L’Avis de vin fort de Catherine et Pierre Breton.
L’été, c’est ne rien faire, c’est-à-dire griffonner quelques mots sur un carnet Moleskine, paresser et lire Physiologie des lunettes noires, Traité des élégances, I ou Une fille pour l’été.
L’été, justement, c’est les filles, les jeunes filles, leur peau hâlée, leur caraco, leur haut de bikini, leur short en jean révélant de longues jambes où se lover. Il pourrait s’agir d’Eva Amurri allongée sur le bureau de Hank Moody dans Californication. Il s’agit surtout de la délicieuse anonyme posant, de dos, sur la couverture de Diane et autres stories en short, recueil de nouvelles de Christian Laborde.
Je tourne les pages de Diane, j’y retrouve la même grâce érotique que dans L’Os de Dionysos. Laborde est à l’assaut des émotions, il caresse et, sculptées par sa langue, apparaissent des héroïnes qui, toutes, portent un short, dont elles se parent ou qu’elles font glisser, avant, pendant, après l’amour. Il y a Rita, qui s’offre à son amant dans un grand appartement avec vue sur la mer ; Anne, qui aime les jeux coquins de Ladislas ; Lucie, lectrice de Carver, qui s’appelle aussi Luce, quand le désir se monnaye ; Laetitia, sensuelle comme une Lolita gainsbourgeoise découvrant le plaisir entre les cuisses d’une nageuse bronzée ; Irène, volleyeuse craquant pour la mousse au chocolat ; et Diane, bien sûr, Diane aux paupières bleues, Diane aimant Sagan et Paul-Jean Toulet, Diane en maillot de bain, Diane nue, Diane apeurée.
Je tourne les pages de Diane et autres stories en short, tout est beau, chaud, sexy : l’été est enfin là.
Christian Laborde, Diane et autres stories en short, Robert Laffont, 2012

mercredi 4 avril 2012

Des lèvres de mélancolie qui quêtent le beau


A l’heure des petits et des grands journaux, des comiques ta mère et des « On n’demande qu’à en rire », le rire a du plomb dans les ailes.
Le rire est lourd, le rire pue, idiotie utile de larbins aux ordres de l’absence de talent.
Au rire, je préfère le sourire : des lèvres de mélancolie qui quête le beau.
Le sourire est le rire blessé des tristes temps où nous vivons. Le sourire appartient à l’intimité du temps des copains et des belles apparitions. Il s’accorde à l’été indien, aux lunettes noires, aux terrasses - celle du Jeu de quilles rue Boulard ou chez Casimir rue Belzunce -, à un Cheverny blanc – Les Acacias – ou rouge – Les Ardilles - de chez Villemade, aux gestes câlins, aux envolées sur les socialistes utopiques, les maisons dans les films d’horreur ou les poèmes de Paul-Jean Toulet, aux derniers verres à la santé de la lune.
Le sourire, on le voit, contrairement au rire, est l’éclat d’âme des ultimes rejetons de la dolce vita.

Dans 4 SEMAINES AVANT L'ELECTION, l'hebdo éphémère de Frédéric Pajak, je réponds à la question : "Qu'est-ce qui vous fait rire ?" J'en profite pour parler du sourire. Et je me dis qu'il est agréable de poser quelques mots élégants à côté des amis Jaccard, Schiffter, Ficat, Noguez et Di Nota. 4 SEMAINES AVANT L'ELECTION : à rapter, dès aujourd'hui, en kiosque et dans les maisons de la presse.

dimanche 20 mars 2011

Soral, Ardisson et "Petits acacias"



Sur Causeur , je frustre avec joie les pro et les anti Alain Soral.
Les pro veulent qu'on leur explique pourquoi leur maître est un génie ; les anti ne supportent pas la simple évocation de l'essayiste et de son amie Marine.
Il aurait fallu, en outre, parler du "fond" de Comprendre l'Empire et le faire, à la manière lourdingue et ennuyeuse d'un Fine quelle crotte ou de Soral lui-même.
Le "fond", je suis tombé dedans et j'ai tiré à vue sur la forme du petit livre noir d'un Soral grande gueule et très mauvais à l'écrit.
C'est à lire ici : http://www.causeur.fr/comprendre-soral,9226
Happé, toujours, par le "plaisir aristocratique de déplaire", je salue comme il se doit, dans les pages de Service littéraire de François Cérésa, la mort du présentateur télé Thierry Ardisson.
Son Dictionnaire des provocateurs, écrit par le sinistre Joseph Vebret, aura été son avis de décès.
Dans Service littéraire, journal d'écrivains comme l'étaient Arts, La Parisienne ou L'Idiot international, les mots sont à la fête et signés : Roland Jaccard, Frédéric Schiffter, Eric Neuhoff, Christian Millau, Christian Authier, François Bott, Frédéric Vitoux, Jacques Aboucaya, Anthony Palou, Philippe Lacoche.
Du beau, du bon, du dispersé "façon puzzle", du classieux.
Pour lire sur le ouèbe, pour s'abonner, pour tout savoir, c'est ici : http://www.servicelitteraire.fr/
Loin de Soral, d'Ardisson et tutti merdi, il sera bientôt question, sur ce blogue et ailleurs, de Frédéric Berthet, du Come baby de Patrick besson, de Tout Paris de Bertrand de Saint-Vincent. La langue française telle que nous sommes quelques-uns, encore, à l'aimer. Le style à l'assaut, à la caresse. Le style à l'oeuvre en pleine fin du monde, fronts japonais, libyen ou stupidement "Viiip". Le style qui, par exemple, à la suite de la soirée d'inauguration du salon du livre, a allumé la mèche de la nuit.
Il y avait - au Jeu de Quilles, rue Boulard, Paris XIVe - les camarades Leroy et Serafini, ma belle amoureuse et une exquise Chinoise à Paris. Benoît Reix, chef hautement talentueux, cuisina Carpaccio de veau sous la mère au parmesan et agneau de chez Desnoyer. Guillaume servit Arbois pupillin de Pierre Overnoy, Cheverny Villemade, cuvée "Les petits acacias" et quelques autres bouteilles, merveilles naturelles qui font tourner les tables.
Jusqu'au petit matin, dans l'ivresse légère et la fumée : amour fou et socialisme utopique, mélancolie et Mélenchon, dolce vita et cul de Marine, lunettes noires et Paul Gégauff, Flirts en hiver et monde d'avant, ouiquendes plein soleil et vulgarité des tristes temps où nous vivons, Jean-Pierre Enard et DSK, fulgurances des moralistes français et poésie de la peau des jeunes femmes, La Haine et feux follets ...
La beauté, définitivement, beau soucis et antidote.

mardi 1 mars 2011

Vienne #3 - Bel-ami

Pour boire de nombreux derniers verres, après avoir dîné dans Vienne au calme très suisse, nous nous installons dans les fauteuils Voltaire du Bel-ami.
Les bars d'hôtel où K. et moi aimons ouvrir la nuit ont souvent des noms d'inspiration normande : Le Bel-ami au Radison Blue Palais, le Bovary au Flaubert, à Trouville.
Dans ces lieux de cuir et de bois, le temps se suspend à nos lèvres.
Au Bel-ami, une serveuse à jupe droite et aux talons sévères nous amène Margarita, vodka tonic, martini gin et un cendrier. Ici, la fumée n'est pas persona non grata.

_ Tu la trouves jolie ?
_ Je ne sais pas.

L'heure est à l'ivresse légère, aux caresses le long d'une cuisse, aux tables qui tournent.

_ J'ai envie de regarder Match point avec toi.
_ Je suis sûre que tu étais amoureux de Scarlett. C'est tout à fait ton genre de fille.
_ J'étais amoureux de Scarlett et de Emily Mortimer. Il en faut pas oublier Emily Mortimer. Jeune bourgeoise brune et lasse au visage de souris mutine.

Un pianiste costumé joue La mer de Trenet, Sway de Dean Martin. Il est Italien comme le héros de Smoking à la mer de Louis-Henri de La Rochefoucauld. De vieilles clientes s'acoudent à son Steinway, lui font de l'oeil. Lui préfère sourire à K.
_ Sinatra ?
_ Fly me to the moon !
Minuit passé, dernier verre, chambre 122, eau brûlante sur la peau, eau à la bouche, frissons au bout des doigts, amour, tout est beau

samedi 12 février 2011

Bernard Frank dixit

Entre quatorze et vingt ans, je me suis bricolé une existence avec des mots. L'enfance est un piège. S'il n'y avait pas l'enfance, personne n'accepterait de vivre. De mener une vie de con qu'est cette vie d'homme. Ce qu'on appelle les troubles de l'adolescence, c'est pourtant simple. Il y a de quoi être troublé quand on s'aperçoit qu'on va passer sa vie à travailler avec, pour seul salaire, la mort au bout.

jeudi 9 septembre 2010

Une fille pour l'été


Les jeunes filles, toujours les jeunes filles.
Que font-elles, sous le soleil des vacances, allongées sur leurs serviettes pleines de sable ?
Elles portent des lunettes noires, bronzent seins nus, remplissent des grilles de mots fléchés, laissent leur esprit dériver vers quelques envies inavouables – bel inconnu à embrasser, ivresse douce, nuit d’amour à la belle étoile.
Proposons leur un peu de son, des mélodies du monde d’avant à écouter sur leur Ipod ou autre Itruc: Sea sex and sun de Gainsbourg, J’aime regarder les filles de Patrick Coutin ou L’amour à la plage de Niagara.
Proposons leur aussi de découvrir l’art de la fessée tel que le raconte Jacques Serguine dans son roman coquin L’été des jeunes filles.
Parlons leur, surtout, de Roland Jaccard et de ce bijou qu’est Une fille pour l’été.
Sexe, sarcasmes et mélancolie
Homme des flirts en hiver, des escapades viennoises à la poursuite de Karl Kraus et du « rire du diable » quand le diable à la frange de Louise Brooks ou d’une lolycéenne du Soleil Levant, Jaccard fait sonner la langue avec la précision d’un sniper classieux : « Paris me pesait. Nous étions début juillet. Comme chaque année, je me demandais comment affronter le grand vide de l’été. » Pour éloigner, le temps d’une saison, son suicide programmé, Jaccard avance sa pièce maîtresse : « Une étudiante aux Beaux-Arts que je connaissais à peine, Shade, m’avait accompagné au cinéma Action Christine pour voir le film de Rokuro Mochikuzi : Onibi le démon. Nous avions distraitement échangé quelques baisers. Au moment de nous quitter, je lui avais dit : “Et si nous partions pour Tokyo ?” Pour seule réponse, j’avais senti sa langue frétiller dans ma bouche et ses doigts caresser mon sexe. ».
Direction Tokyo donc, où l’ombre érotique d’une certaine Asako est partout, où l’histoire d’amour ne commence pas. Chez Jaccard, l’amour est un échec et mat désabusé – « Je jouerai à être ton premier amour et toi à être mon dernier » – où les amants ne se retrouvent, bien plus tard à Paris, que pour voir Eyes wide shut de Stanley Kubrick. Le film ne plaît pas. La faute à Tom Cruise – Nicole Kidman fumant de l’herbe en caraco blanc est, quant à elle, d’une sensualité qu’elle n’offrira plus. La faute à Shade, qui oublie trop vite les mots de Pessoa tirés du Livre de l’intranquillité : « La vie m’écoeure comme un remède inutile. »
Incandescence triste
L’été s’en va, Shade aussi, laissant place à des « poupées frigides » et à des fantômes fragiles nommés Marie, Amélie, Mélanine ou Sylvia Plath qui écrivait : « J’ai besoin de ce qu’il y a de plus impossible, quelqu’un qui m’aime quand je me réveille la nuit. »
L’été s’en va, Jaccard croise ses vieux amis Louis Scutenaire, Charles Bukowski, Woody Allen et Ennio Flaiano, le scénariste de la Dolce vita et de Huit et demi.
L’été s’en va, il est l’heure, peut-être, du départ pour Vegas, ce voyage ultime qu’effectuait un Nicolas Cage ravagé, au plus près de l’incandescence lumineuse et triste d’Elisabeth Shue, dans le crépusculaire Leaving Las Vegas.
Pourquoi Las Vegas ? « Il y a des piscines, du soleil, de l’arnaque, de l’inanité, des jeux et ce grand jeu que nous jouons tous avec la mort. Vous le savez aussi bien que moi : la société a plus à voir avec une party de suicidaires à grande échelle qu’avec une organisation d’êtres rationnels. Ce désespoir tranquille qui nous bouffe ici, au moins dans le désert hystérico-orgiaque du Nevada nous y échapperons. »
Les jeunes filles, l’été, l’amour, la mort et, à la fin de l’envoi, Jaccard qui touche.

Roland Jaccard, Une fille pour l'été, Zulma, 2000
Papier paru sur Causeur.fr, été 2010.