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jeudi 4 septembre 2014

Name-dropping #5 : Fabrice Gaignault, Anne Berest, Laurent de Sutter, Claudia Cardinale


Fabrice Gaignault:

On a failli ne pas s'en rendre compte. Nous étions parti quelques jours fin de la terre, face à la mer ; entouré de livres à lire, d'autres à écrire. Ça nous est tombé dessus en passant sur Causeur.fr. Alain Paucard, qui écrit bien et pense mal, ou l'inverse, a éreinté Vies et mort de Vince Taylor (Fayard), beau livre que Fabrice Gaignault a consacré au chanteur de « Brand New Cadillac ». On ne comprend pas trop ce que Paucard reproche à Gaignault, hormis l'absence d'une bibliographie et d'une discographie. Peut-être d'avoir rédigé l'ouvrage que lui, Alain, aurait aimé écrire ? Avec Vince Taylor, Gaignault ajoute un chapitre à ses mythologies, après Égéries sixties et Aspen Terminus – où il sondait le cœur et les reins de la charmante Claudine Longet, accusée d'avoir refroidi son mari. Gaignault n'est jamais aussi bon que dans ces textes mêlant récit, enquête en costume sur mesure et flânerie intime. Ultime touche d'élégance : Gaignault a lu les écrivains rares, donc précieux. La réédition de son Dictionnaire de littérature à l'usage des snobs (Le Mot et le Reste) nous enchante. On y croise grands cramés, héroïnes et dandys des lettres. Au milieu de notices sur Albert Cossery, Henry Jean-Marie Levet, Dorothy Parker, Guy Dupré, Sunsiaré de Larcône, Frédéric Berthet ou encore Jean-Jacques Schuhl, cette réponse d'Edna Ferber au dramaturge Noel Coward l'apostrophant « Edna, vous ressemblez presque à un homme » : « Vous aussi, Noel. »

Anne Berest:

Nous nous étions promis de parler d'Anne Berest. Pas seulement parce qu'elle est née en 1979, année de naissance des plus jolies apparitions. On pense à une brune demoiselle que notre ami Cornelius surnomme « La grande fille », clin d'oeil à un roman de Félicien Marceau. Mais Anne Berest a tout pour nous plaire. Ses deux premiers romans – La fille de son père et Les patriarches – étaient des réussites. Elle avait également adapté, pour le théâtre et Edouard Baer, Pedigree de Patrick Modiano. Elle a surtout suivi, telle une flâneuse sentimentale, les pas de Françoise Sagan. Sagan 54, paru au printemps chez Stock, mêle la vie de Françoise au moment de la parution de Bonjour tristesse et les éclats d'âme d'Anne Berest partie à la recherche du « charmant petit monstre ». La tête ailleurs, nous allions oublier de saluer les qualités de son texte : liberté, légèreté et volupté. C'était avant de lire, la gorge serrée, une touchante nouvelle, titrée « Ma tante Zelda » qu'elle a offerte à Madame Figaro. Une phrase, au hasard : « Nous sommes entrées dans une chambre sous les toits, comme un nid aux couleurs de champagne et aux murs dorés. » Il est recommandé, en août, de glisser dans vos bagages Sagan 54 et, tel le plus chic des marque-pages, les feuilles volantes de « Ma tante Zelda ».

Laurent de Sutter:

Depuis son premier livre, Pornostars – Fragments d'une métaphysique du X, on a plaisir à lire Laurent de Sutter. C'est un philosophe pop, belge et dandy ; « sachant écrire », aurait précisé le Général de Gaulle. Il peut évoquer avec la même délicatesse Deleuze, les films de Jean Eustache, son indifférence à la politique ou les plus belles scènes des hardeuses Zara White, Mélanie Coste ou Sasha Grey. Ce n'est pas rien. De Sutter a jadis été publié par notre ami Roland Jaccard, dont il a pris la suite, aux PUF, à la tête de la collection « Perspectives critiques ». Métaphysique de la putain est au catalogue de Léo Scheer, maison élégamment tenue par Angie David. De Sutter, on le voit, a l'art de choisir ses éditeurs. Il a l'art, surtout, de signer des textes de haute tenue. La première et la dernière variations, deux balades bukowskiennes, de sa déclaration d'amour aux prostituées, « les actrices de la vérité », sont d'une classe folle. Entre les deux – d'une évocation de Godard à Joyce en passant par les BD de Chester Brown ou Crepax - , on se régale tout autant. De Sutter s'intéresserait aujourd'hui à l'actrice et playmate, au destin tragique, Anna Nicole Smith. Il nous tarde de le lire sur le sujet.

Claudia Cardinale:

L'été est la saison de la dolce vita, que nous pouvons également nommer Dolce Claudia, pour reprendre le titre de l'album édité par les éditions Contrejour, dirigées avec style par Isabelle et Claude Nori. Thomas Morales en a déjà parlé, ici, avec talent. Il nous tarde, d'ailleurs, de lire les Lectures vagabondes de Morales : son plaisir en littérature. Ce sera en octobre. En attendant, on admire Claudia Cardinale, alors inconnue, shootée sous tous ses angles beaux par un photographe tout aussi inconnu. Elle a le naturel au galop, à la caresse. Les photographies dormaient loin de nous. C'était un crime contre la grâce, qu'Isabelle et Claude Nori ont réparé. Pour achever de nous enchanter, le crooner balnéaire Frédéric Schiffter joint ses mots aux photos de Claudia, signant un poétique « Éloge de la starlette ». Sur la plage, on se perdra dans les pages de Dolce Claudia et on lira, de Schiffter, Petite philosophie du surf, que réédite Atlantica. En attendant de découvrir, en septembre, son Dictionnaire chic de philosophie, préfacé par Frédéric Beigbeder qui, lui, publiera un nouveau roman, Oona & Salinger (Grasset), dont nous reparlerons, ici ou ailleurs.

Texte paru sur Causeur.fr, août 2014

dimanche 6 juillet 2014

Du rosé et des mots d'été


Cet été, fin de la terre ou sur les rives du Léman, avec miss K., nous boirons des vins rosés aux noms qui enchantent - L'Anglore, La Ritournelle, Le Canon, L'Apostrophe, entre autres. Nous dégusterons aussi d'autres excellents crus, littéraires, dont nous reparlerons, ici ou là, à la fin du mois d'août :

. L'Ange gardien (Gallimard/Série Noire) de Jérôme Leroy;
. Visible la nuit (Fayard) de Franck Maubert;
. Oona & Salinger (Grasset) de Frédéric Beigbeder;
. Gueule de bois (Denoël) d'Olivier Maulin;
. De chez nous (Stock) de Christian Authier;
. La Mémoire de Clara (Le Rocher) de Patrick Besson;
. Et rien d'autre (L'Olivier) de James Salter.

Nous oublions peut-être certains titres. Nous n'oublierons pas, par contre, de vous recommander de rapter les livres qu'il nous a plu d'éditer, chez L'Archipel/Ecriture ou chez Fayard :

. Les fils de rien, les princes, les humiliés (Fayard), roman à vif et mélancolique de Stéphane Guibourgé;
. Usage de faux (Ecriture), où Philippe Cohen-Grillet se joue des faux-semblants, amuse et émeut;
. Ronan et Loïza (Ecriture) d'Eric Tellenne - rencontre improbable dans une Bretagne moyennageuse de Games of Thrones et de la délicatesse française de Rohmer;
. Nous ne vieillirons pas ensemble (Archipoche) de Maurice Pialat, que nous préfaçons;
. Dictionnaire chic de philosophie (Ecriture), récital de fusées, fulgurances et flâneries du crooner balnéaire Frédéric Schiffter, préfacé par Frédéric Beigbeder.

samedi 7 septembre 2013

Un crooner nommé Schiffter


Loin des philosophes du « chichi » et du « blabla », Frédéric Schiffter a choisi le chemin des fugues. Depuis sa Lettre sur lélégance, en 1988, les titres de ses livres esquissent un art délicat de la flânerie : Pensées dun philosophe sous Prozac, Métaphysique du frimeur ou Petite philosophie du surf. Ses phrases vagabondent, nous enchantent : « Jaimerais être un crooner, roucouler de vieux standards de jazz dans les salons des grands palaces du monde, en maccompagnant au piano. »
Crooner, Schiffter l’est, tendance « penseur de charme ». Sur le bord de la piscine de l’Hôtel du Palais, à Biarritz, ou trinquant à la grâce de Paul-Jean Toulet, entouré de son ami photographe Claude Nori et de jolies naïades en bikini, il laisse infuser ses mots avant de les poser, selon ses envies et son ennui, dans des carnets à la reliure élégante. De ces carnets, Schiffter extrait des aphorismes – Traité du Cafard et Délectations moroses – et des études très personnelles, où le journal intime se mêle à la biographie, sur quelques écrivains indispensables. Il nous avait offert Philosophie sentimentale, des braconnages entre les lignes de Pessoa, Proust ou Schopenhauer qui obtinrent le prix Décembre 2010. Il publie aujourd’hui, manière d’enrichir une panoplie tout autant littéraire que philosophique, Le charme des penseurs tristes.
Dès sa préface, Schiffter tient sa blue note : « Jai derrière moi un demi-siècle de tristesse, ce qui représente une honnête carrière de philosophe sentimental. » Très jeune, Schiffter a perdu son père. Orphelin et enfant unique, il s’est fait, pour suspendre le temps, une certaine idée de la mélancolie : elle ne sera que petits luxes et volupté. Hors de question, pour lui, de laisser ses éclats d’âme abîmer par les apôtres du bonheur obligatoire ou par des « bonnes femmes » revendicatrices. Il s’agit de choisir la meilleure des compagnies.
Dans Le charme des penseurs tristes, Schiffter fait les présentations. Il se balade dans les impasses avec Socrate. Madame du Deffand est baptisée « la marquise du cafard » tandis que Hérault de Séchelles, playboy de la Révolution, est « le terroriste à leau de rose ». Avec L’Ecclésiaste, il commence fort : « A mes yeux, outre sa brièveté, la grande qualité du livre de lEcclésiaste, cest quil est un faux, un canular, un numéro de ventriloque littéraire. » On imagine aisément les soirées passées à badiner, par delà le temps, avec Cioran, Henri Roorda – auteur de Le rire et les rieurs et de Mon suicide – et Roland Jaccard. Quand apparaissent le « gentleman » Albert Caraco et Nicolàs Gomez Dàvila, ça se corse. Mise au point à l’usage des pieds-pensants du progressisme : « Contrairement à ce que simagine lhomme de gauche, le réactionnaire na rien de commun avec lhomme de droite. Sans doute arrive-t-il à ce dernier de se définir lui-même de la sorte, mais ce nest pour lui quun déguisement avec lequel il cherche à exaspérer son adversaire. » A la fin de son envoi, Schiffter, homme de goût et d’élégance, cite Françoise Sagan : « Haïr la vie dans le fond pour laimer sous toutes ses formes. » Touché : Bonjour tristesse, évidemment.

Frédéric Schiffter, Le charme des penseurs tristes, Flammarion, 2013
VO de notre papier publié dans Causeur, septembre 2013

samedi 22 septembre 2012

Une âme damnée, Paul Gégauff, une semaine après ...

On ne savait pas trop à quoi s'attendre pour Une âme damnée. Tout le monde ne s'intéressait qu'à Richard Millet et Christine Angot et personne ne connaissait Paul Gégauff. On a donc été très heureux d'entendre Eric Naulleau parler à merveille de notre flânerie, de miss K et des nuits parisiennes dans Ca balance à Paris. Il paraîtrait par ailleurs qu'un article, signé Naulleau, est dans les tuyaux de Paris-Match. Nous verrons. L'Express, sous la plume de Jérôme Dupuis, a été le premier des niouses magazines à dégainer : un long papier, une belle photo, quelques erreurs - le scénariste Raoul-Duval s'appelle Roland Duval - et une réserve ("une ferveur un peu excessive par endroits"). c'est à (re)lire ici : http://www.lexpress.fr/culture/livre/une-ame-damnee-paul-gegauff_1162001.html. Autres réserves, sur le blogue de L'Editeur singulier : la couverture et, surtout, le fait que le livre n'a pas été publié chez lui. On se souvient d'un excellent déjeuner au Comptoir du relais avec L'Editeur singulier, JCN, arrosé de Cheverny blanc de chez Villemande. C'était charmant et plein d'esprit. JCN avait très bien lu ce Gégauff et fait part de son envie d'en être l'éditeur. On lui avait répondu que nous étions sur le point de signer avec une autre maison et que nous lui donnerions notre réponse une semaine plus tard. Ce qui a été fait : Une âme damnée paraîtrait chez l'excellent Pierre-Guillaume de Roux. On peut comprendre une certaine déception de JCN. Il est par contre faux de dire que le livre lui a "curieusement filé sous le nez" : http://lediteursingulier.blogspot.fr/#!/2012/09/une-ame-damnee-paul-gegauff-arnaud-le.html. Alors que nous déjeunions avec Franck Maubert à l'Ami Chemin, Paris 14e, nous apprenions que, contrairement à Franck pour son mélancolique Dernier modèle (Mille et une nuits), une sélection au Renaudot essai nous échappait d'un rien. Peu importe puisque, grâce à Roland Jaccard, Une âme damnée obtient le prix Chabrol 2012. Pour en savoir plus sur les âpres délibérations, c'est ici (http://www.causeur.fr/rentree-litteraire-les-prix-que-jattribuerais,19135#)  et là : http://www.rolandjaccard.com/blog/?p=3189. On signale toutefois une petite erreur à Roland : Alain Bonnand ne peut pas avoir obtenu le prix Albert Londres pour Le Testament syrien (Ecriture). A la rigueur, le prix Gainsbourg : le petit homme à la tête de chou, c'est lui. L'homme élégant, en effet, ne s'appelle pas Bonnand, mais Frédéric Schiffter - philosophe sans qualités, surfeur et dandy de l'HP - qui nous envoie une carte postale sentimentale et stylée, "A la recherche du cinéma d'avant" : http://lephilosophesansqualits.blogspot.fr/2012/09/a-la-recherche-du-cinema-davant.html. L'élégance est aussi la parure de notre ami Jérôme Leroy : qu'il tienne avec nous le comptoir du Jeu de quilles, meilleur table de la rue Boulard et de Paris, invité sur le vif par les tauliers Benoït Reix et Guillaume Clauss, trinquant avec des vignerons et des vivants hors-normes jusque tard dans la nuit ; qu'il lise, sur une terrasse matinale, la chronique de Patrick Besson dans Le Point ; que nous le prenions en photo, lors d'un coquetèle tristounet, à côté de Reinette, héroïne de Rohmer (http://feusurlequartiergeneral.blogspot.fr/2012/09/reinette-et-jerome-mais-sans-mirabelle.html) ; ou qu'il salue, une nouvelle fois, notre flânerie gégauvienne : http://feusurlequartiergeneral.blogspot.fr/2012/09/piqure-de-rappel-une-ame-damnee-darnaud.html. De la même manière, on est aux anges et aux diables quand on lit les mots de Christian Authier dans L'Opinion indépendante. C'est un régal de délicatesse et de précision - ce qui n'étonnera aucun des lecteurs des romans de Christian, notamment son dernier : Une certaine fatigue (Stock) - que l'on peut retrouver sur le site de Pierre-Guillaume de Roux, dans la revue de presse d'Une âme damnée : http://www.pgderoux.fr/fr/Livres/Une-ame-damnee-Paul-Gegauff/51.htm. On a apprécié également, cette semaine, la chronique d'Alexandre Le Dinh, sur le magazine onlaïne De Nécessité Vertu, qui commence par "C'est le livre le plus chic du moment" : http://www.denecessitevertu.fr/2012/09/19/une-ame-damnee-paul-gegauff-darnaud-le-guern-2/. On nous a dit, enfin, que Frédéric Beigbeder a parfaitement présenté Une âme damnée et Paul Gégauff à la fin du Cercle Cinéma, sur Canal Plus Cinéma, ce vendredi 21. On n'a pas pu voir l'émission mais on ne doute pas de la qualité de l'évocation : Frédéric est un homme de goût et le marquis de Verdiani était de la partie.

samedi 25 août 2012

Le feu follet de Guéthary

Cet été, les flâneurs de la Cote basque ont pu lire, dans un supplément du Point, quelques mots buissonniers sur notre ami Frédéric Schiffter - "Il se définit lui-même comme « un philosophe sans qualités ». La sieste, pour lui, est un art majeur. Il préfère le surf et les jeunes filles à Kant. Ses journées, surtout, ne peuvent se concevoir sans un verre dégusté à l’hôtel du Palais, à Biarritz." - et sur Frédéric Beigbeder, écrivain qu'on nous reprochera sans doute d'apprécier. Ce à quoi, comme maître Vergès, nous répondons par un sourire et quelques volutes de fumée.

Frédéric Beigbeder est rarement là où on l’attend. Ecrivain en vogue, il réalise avec succès L’Amour dure trois ans, son premier film. Critique littéraire, il joue au DJ dans les night-clubs de Moscou et au mannequin pour des marques branchées. On l’imagine en terrasse du Flore ou au Montana, lieux à la mode de Saint-Germain-des-prés : il est déjà loin. Un SMS, comme un éclat de rire face à la mer, confirme la fugue : « Cheers from Guéthary ! »
Un été 1972
Beigbeder et Guéthary, c’est avant tout une histoire d’enfance des années 70. Gamin, il passe ses vacances dans cette petite station basque, à quelques kilomètres de Biarritz. Ses grands-parents ont une villa, Patrak Enéa, qui donne sur le sentier Damour. Ses parents s’y sont rencontrés, mariés, avant de se séparer. A Guéthary, Frédéric est un garçon solitaire dans une famille décomposée. Il quête l’Espagne à l’horizon. Ses paysages préférés se trouvent sur la route menant de Sare à Ainhoa. Sur la plage de Cénitz, son grand-père lui apprend l’art du ricochet et de la pêche à la crevette. Au club Mickey, des demoiselles lui refusent de chastes baisers. Même sanction avec les filles du garde-barrière : elles préfèrent regarder Charles, son frère. Frédéric se rattrapera plus tard.
Une fenêtre sur le monde
Longtemps, Beigbeder s’est tenu éloigné de la cote Basque. La tourbillon de sa vie l’amenait ailleurs. Puis il est revenu, a acheté une ancienne fermette, pour se reposer des nuits trop blanches de Paris : « À partir d’un certain âge, il y a des endroits où l’on se sent bien. Ils fonctionnent comme des antidépresseurs. » Accompagné de sa fille Chloé, il suit les traces de son grand-père, sur la plage de Cénitz. La Rhune dans son dos et l’océan devant lui, Frédéric se souvient de l’art de lancer des cailloux qui filent sur les flots. La pêche à la crevette, elle, est interdite depuis 2003. Dans Un roman français (Pris Renaudot 2009) Beigbeder touche, avec légèreté et mélancolie, quand il fait revivre Guéthary et les personnages de l’enfance, quand il restitue l’atmosphère des maisons de famille. Avec L’amour dure trois ans, filmant Gaspard Proust et Louise Bourgoin, il ajoute quelques couleurs au tableau : le vert du jour qui tombe, hors-saison, sur le port.
La dolce vita
Beigbeder, désormais, partage ses semaines entre Paris et Guéthary où, il le dit en riant : « Je mange, je bois et je dors. » Il se déplace en pick-up sans permis, déjeune dans des paillotes – le Blue Cargo à Ilbaritz -, porte des espadrilles comme Françoise Sagan. Des amis écrivains lui rendent visite : Simon Liberati ou Michel Houellebecq qui, ivre, s’endort au pied d’un escalier. Un journaliste, venu faire un reportage sur la Cote basque, titre : « Beigbeder se la coule douce. »  Au bord de sa piscine, sa fiancée en bikini noir à ses côtés, il lit les Contrerimes de Paul-Jean Toulet. A Guéthary, Frédéric est au plus près de Toulet, dandy dilettante à son image, grand vivant de la Belle époque venu mourir ici après une existence de plaisirs. Chaque année, à la Toussaint, Frédéric se recueille sur la tombe de ses grands-parents et sur celle de Toulet, dont le nom est presque effacé. Beigbeder, feu follet aux basques du temps qui passe, fait ainsi œuvre de mémoire vive.

Texte paru dans le supplément d'été du Point "La Côte basque", juillet 2012