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dimanche 6 juillet 2014

Du rosé et des mots d'été


Cet été, fin de la terre ou sur les rives du Léman, avec miss K., nous boirons des vins rosés aux noms qui enchantent - L'Anglore, La Ritournelle, Le Canon, L'Apostrophe, entre autres. Nous dégusterons aussi d'autres excellents crus, littéraires, dont nous reparlerons, ici ou là, à la fin du mois d'août :

. L'Ange gardien (Gallimard/Série Noire) de Jérôme Leroy;
. Visible la nuit (Fayard) de Franck Maubert;
. Oona & Salinger (Grasset) de Frédéric Beigbeder;
. Gueule de bois (Denoël) d'Olivier Maulin;
. De chez nous (Stock) de Christian Authier;
. La Mémoire de Clara (Le Rocher) de Patrick Besson;
. Et rien d'autre (L'Olivier) de James Salter.

Nous oublions peut-être certains titres. Nous n'oublierons pas, par contre, de vous recommander de rapter les livres qu'il nous a plu d'éditer, chez L'Archipel/Ecriture ou chez Fayard :

. Les fils de rien, les princes, les humiliés (Fayard), roman à vif et mélancolique de Stéphane Guibourgé;
. Usage de faux (Ecriture), où Philippe Cohen-Grillet se joue des faux-semblants, amuse et émeut;
. Ronan et Loïza (Ecriture) d'Eric Tellenne - rencontre improbable dans une Bretagne moyennageuse de Games of Thrones et de la délicatesse française de Rohmer;
. Nous ne vieillirons pas ensemble (Archipoche) de Maurice Pialat, que nous préfaçons;
. Dictionnaire chic de philosophie (Ecriture), récital de fusées, fulgurances et flâneries du crooner balnéaire Frédéric Schiffter, préfacé par Frédéric Beigbeder.

La preuve est faite ...


Nous avons laissé, depuis quelques mois, ce blogue en friches. Pas envie d'y poser des mots. Ca arrive. Il y a eu notre Adieu aux espadrilles dans les sales draps d'une maison d'édition en petite forme; des travaux de nègre qui usent; des papiers figaresques et des nuits trop courtes; une flânerie - "Les Garçons de Playboy" - dans Schnock; la course à l'argent de poche; des petits luxes d'éditeur dilettante, dont nous reparlerons. Mais ne cherchons pas d'excuses à notre absence. Au contraire, un extrait d'une lettre de Truman Capote, cité par Frédéric Beigbeder dans un chronique du Figaro Magazine, dit tout de notre état d'esprit de saison :

« J’ai repris mon roman, et c’est vraiment tout ce que j’aime, et je viens d’en écrire deux pages, et oh ! Bob, je veux que ce livre soit très beau, parce qu’il me paraît essentiel, aujourd’hui plus que jamais, qu’un écrivain cherche à très bien écrire, le monde a perdu la tête, l’art seul est sain d’esprit, et une fois dispersées, une à une, les ruines des anciennes civilisations, la preuve est faite qu’il ne demeure que les poèmes, les tableaux, les sculptures et les livres. »

mardi 12 novembre 2013

Snob est la nuit - prix de Flore 2013




Depuis 1994, c’est le plus snob des prix littéraires. A l’entrée du Flore, prière de montrer patte blanche. Sur le bristol d’invitation, on peut lire : « Tenue très tenue exigée ». Une certaine élégance est de mise : longues jambes sur stilettos pour les filles ; vestes ajustées pour les messieurs. La pluie ajoute une touche canaille aux « élus » qui patiente et bloque la rue Saint-Benoît. Un automobiliste énervé manque de renverser une demoiselle parée de noir. Il a dû la confondre avec la nuit, qui s’étire en tenue étoilée. A l’intérieur, la foule s’amasse. Les coupes de champagne, de la maison Roederer, sont sifflées à la vitesse grand V. De charmantes hotesses offrent un mystérieux breuvage, du même rouge que leur robe. Sur le palais : un grisant parfum de crèpe suzette. Côté buffet, il y en a pour tous les goûts : huîtres, pata negra découpé à la demande, foie gras, fromages. Yann Moix préfère picorer des fraises tagada. Il digère les 1143 pages de Naissance, prix Renaudot poids lourd. A 22 heures, une jeune femme allume une Vogue, gracile comme sa silhouette. Elle a un air de Françoise Sagan, millésime Bonjour tristesse. Sa blondeur et son sourire illuminent les volutes. Elle est la lauréate 2013 du prix de Flore, avec son roman Tout cela n’a rien à voir avec moi. Au micro, Frédéric Beigbeder, président du jury, l’appelle. Monica Sabolo fend les corps agglutinés qui, à son passage, la félicitent. Un zeste taquin, Beigbeder précise que toutes les personnes présentes verront, d’office, leur signature parapher le « Manifeste des 343 salauds ». Nicolas Bedos, la tête ailleurs et migraineuse, n’est pas venu. Au chant du coq, il n’aura pas à se renier une seconde fois. Les remerciements de Monica se perdent dans le brouhaha. Une femme, plus éprise de son chirurgien esthétique que de littérature, demande : « Qui a eu le prix ? » Son clone lui répond : « Monique quelque chose ... » La fête peut vraiment commencer.
Aux platines, en attendant DJ Cut Killer, Lou et Marine font grimper la température. Leur nom de scène, inscrit sur leurs T-Shirts blancs : La chatte de Françoise. Au son des Stooges, Gonzague Saint-Bris met le feu à la piste de danse. Jérôme Kerviel semble se demander ce qu’il fait là. Il aurait pu s’exiler au premier étage, où Laurence Remila, de la revue Schnock, parlait de Paul Gégauff. A deux heures du matin, les lumières se rallument. « Tous au Montana ! », crie Beigbeder. Une artiste italienne, mutine, préférerait se replier chez Lipp ; d’autres se verraient plutôt chez Moose, rue des Quatre-vents, à déguster une bouteille de Dilettante de Catherine et Pierre Breton. On les comprend : rentrer au Montana s’avère un combat autrement plus féroce qu’obtenir le prix de Flore.
 
Texte paru dans Le Figaro, le 12/11/2013