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mardi 19 mai 2015

Adieu aux espadrilles


Notre roman "Adieu aux espadrilles" (éditions du Rocher) paraîtra le 20 août. Amour, petits luxes sur les rives du Lac Léman et mélancolie plein soleil ...

dimanche 6 juillet 2014

Du rosé et des mots d'été


Cet été, fin de la terre ou sur les rives du Léman, avec miss K., nous boirons des vins rosés aux noms qui enchantent - L'Anglore, La Ritournelle, Le Canon, L'Apostrophe, entre autres. Nous dégusterons aussi d'autres excellents crus, littéraires, dont nous reparlerons, ici ou là, à la fin du mois d'août :

. L'Ange gardien (Gallimard/Série Noire) de Jérôme Leroy;
. Visible la nuit (Fayard) de Franck Maubert;
. Oona & Salinger (Grasset) de Frédéric Beigbeder;
. Gueule de bois (Denoël) d'Olivier Maulin;
. De chez nous (Stock) de Christian Authier;
. La Mémoire de Clara (Le Rocher) de Patrick Besson;
. Et rien d'autre (L'Olivier) de James Salter.

Nous oublions peut-être certains titres. Nous n'oublierons pas, par contre, de vous recommander de rapter les livres qu'il nous a plu d'éditer, chez L'Archipel/Ecriture ou chez Fayard :

. Les fils de rien, les princes, les humiliés (Fayard), roman à vif et mélancolique de Stéphane Guibourgé;
. Usage de faux (Ecriture), où Philippe Cohen-Grillet se joue des faux-semblants, amuse et émeut;
. Ronan et Loïza (Ecriture) d'Eric Tellenne - rencontre improbable dans une Bretagne moyennageuse de Games of Thrones et de la délicatesse française de Rohmer;
. Nous ne vieillirons pas ensemble (Archipoche) de Maurice Pialat, que nous préfaçons;
. Dictionnaire chic de philosophie (Ecriture), récital de fusées, fulgurances et flâneries du crooner balnéaire Frédéric Schiffter, préfacé par Frédéric Beigbeder.

samedi 25 août 2012

Le feu follet de Guéthary

Cet été, les flâneurs de la Cote basque ont pu lire, dans un supplément du Point, quelques mots buissonniers sur notre ami Frédéric Schiffter - "Il se définit lui-même comme « un philosophe sans qualités ». La sieste, pour lui, est un art majeur. Il préfère le surf et les jeunes filles à Kant. Ses journées, surtout, ne peuvent se concevoir sans un verre dégusté à l’hôtel du Palais, à Biarritz." - et sur Frédéric Beigbeder, écrivain qu'on nous reprochera sans doute d'apprécier. Ce à quoi, comme maître Vergès, nous répondons par un sourire et quelques volutes de fumée.

Frédéric Beigbeder est rarement là où on l’attend. Ecrivain en vogue, il réalise avec succès L’Amour dure trois ans, son premier film. Critique littéraire, il joue au DJ dans les night-clubs de Moscou et au mannequin pour des marques branchées. On l’imagine en terrasse du Flore ou au Montana, lieux à la mode de Saint-Germain-des-prés : il est déjà loin. Un SMS, comme un éclat de rire face à la mer, confirme la fugue : « Cheers from Guéthary ! »
Un été 1972
Beigbeder et Guéthary, c’est avant tout une histoire d’enfance des années 70. Gamin, il passe ses vacances dans cette petite station basque, à quelques kilomètres de Biarritz. Ses grands-parents ont une villa, Patrak Enéa, qui donne sur le sentier Damour. Ses parents s’y sont rencontrés, mariés, avant de se séparer. A Guéthary, Frédéric est un garçon solitaire dans une famille décomposée. Il quête l’Espagne à l’horizon. Ses paysages préférés se trouvent sur la route menant de Sare à Ainhoa. Sur la plage de Cénitz, son grand-père lui apprend l’art du ricochet et de la pêche à la crevette. Au club Mickey, des demoiselles lui refusent de chastes baisers. Même sanction avec les filles du garde-barrière : elles préfèrent regarder Charles, son frère. Frédéric se rattrapera plus tard.
Une fenêtre sur le monde
Longtemps, Beigbeder s’est tenu éloigné de la cote Basque. La tourbillon de sa vie l’amenait ailleurs. Puis il est revenu, a acheté une ancienne fermette, pour se reposer des nuits trop blanches de Paris : « À partir d’un certain âge, il y a des endroits où l’on se sent bien. Ils fonctionnent comme des antidépresseurs. » Accompagné de sa fille Chloé, il suit les traces de son grand-père, sur la plage de Cénitz. La Rhune dans son dos et l’océan devant lui, Frédéric se souvient de l’art de lancer des cailloux qui filent sur les flots. La pêche à la crevette, elle, est interdite depuis 2003. Dans Un roman français (Pris Renaudot 2009) Beigbeder touche, avec légèreté et mélancolie, quand il fait revivre Guéthary et les personnages de l’enfance, quand il restitue l’atmosphère des maisons de famille. Avec L’amour dure trois ans, filmant Gaspard Proust et Louise Bourgoin, il ajoute quelques couleurs au tableau : le vert du jour qui tombe, hors-saison, sur le port.
La dolce vita
Beigbeder, désormais, partage ses semaines entre Paris et Guéthary où, il le dit en riant : « Je mange, je bois et je dors. » Il se déplace en pick-up sans permis, déjeune dans des paillotes – le Blue Cargo à Ilbaritz -, porte des espadrilles comme Françoise Sagan. Des amis écrivains lui rendent visite : Simon Liberati ou Michel Houellebecq qui, ivre, s’endort au pied d’un escalier. Un journaliste, venu faire un reportage sur la Cote basque, titre : « Beigbeder se la coule douce. »  Au bord de sa piscine, sa fiancée en bikini noir à ses côtés, il lit les Contrerimes de Paul-Jean Toulet. A Guéthary, Frédéric est au plus près de Toulet, dandy dilettante à son image, grand vivant de la Belle époque venu mourir ici après une existence de plaisirs. Chaque année, à la Toussaint, Frédéric se recueille sur la tombe de ses grands-parents et sur celle de Toulet, dont le nom est presque effacé. Beigbeder, feu follet aux basques du temps qui passe, fait ainsi œuvre de mémoire vive.

Texte paru dans le supplément d'été du Point "La Côte basque", juillet 2012

lundi 20 août 2012

Romy, Yves, Sami et les autres ...


C’est une époque, le début des années 70, où la quête d’une certaine douceur de vivre entraîne les parisiens à Noirmoutier. L’océan atlantique offre un climat propice à la petite musique des sentiments : deux amis, César et David, aiment une femme, Rosalie, qui ne parvient pas à choisir l’un ou l’autre. Il n’est pas étonnant que Claude Sautet, familier de la côte vendéenne et orfèvre des choses intimes de l’existence, installe l’intrigue de César et Rosalie sur la plage des Mardi-gras, dans le quartier du Vieil.
Les volets bleus
Sur les traces des héros de Sautet, la nostalgie ne cesse d’être ravivée, mêlant hier et aujourd’hui. Des enfants en chandail font du vélo sur le sable. Une barque rouillée prend l’air marin. Bien sûr, quand une voiture s’arrête, ce n’est plus la SM ou l’Autobianchi Primula du film. Pourtant, en tendant l’oreille, on entend encore l’écho de la voix d’Yves Montand, qui joue César, présentant les lieux à son rival Sami Frey, l’interprète du ténébreux David : « La maison, la mer ... » La maison aux murs blancs et aux volets bleus est toujours là. Elle semble abandonnée, gravée à jamais dans un temps lointain. La municipalité ne s’en préoccupe guère. Aucune plaque ne signale sa place dans la patrimoine du 7e art. Des curieux la prennent en photo, l’exposent sur les réseaux sociaux avec une légende : « Où sont Romy, Sami et Yves ? » Devant la porte cadenassée de la maison, on ne peut s’empêcher, en effet, de se rappeler du sourire de Romy Schneider – Rosalie, c’est elle - alors que César et David la rejoignent.
Les possibilités d’une île
Dans César et Rosalie, les heures se suspendent le temps d’un été à Noirmoutier. Peu importe que Montand affiche, lors des prises de vue, sa mauvaise humeur, craignant que Sami Frey lui vole le vedette. Dans l’esprit de tous, il ne reste qu’une succession de cartes postales des petits bonheurs balnéaires. La maison se remplit du rire des enfants. Des amis arrivent de Paris pour manger une soupe de poisson et jouer aux cartes. Les femmes, telle Romy, portent des cirés jaunes et des bottes pour ramasser des coquillages à marée basse. Quand le vent se lève, elles parent leurs cheveux d’un foulard. Pour se rendre sur le port ou sur la jetée de Jacobsen, elles conduisent une 4L. Les hommes, eux, se laissent prendre au jeu de l’amitié, entament une partie de volley-ball sur la plage. Des adolescents de l’île font office de figurants. L’un d’eux, smashant le ballon, vise sans le vouloir Romy Schneider. Plus de peur que de mal : Au Puits de Lorraine, le restaurant à la mode où l’équipe appréciait de se retrouver, la douleur est oubliée.
Coeurs perdus sur l’Atlantique
Sur la jetée du port de Noirmoutier, on a toujours envie d’attendre le retour de César et David. Dans le film, ils partent en bateau accompagner un pêcheur en pleine mer. Quand ils reviennent, le temps des piques-niques sur la plage s’achève, comme l’harmonie des amours d’été. Les volets bleus de la maison sont désormais fermés. On a beau savoir que Rosalie s’est enfuie, sans prévenir, impossible de s’y habituer. Elle ne nous quitte pas d’ailleurs, aujourd’hui, sur la plage des Mardi-gras, dans le quartier du Vieil. Devant la maison abandonnée, tous les clichés des photographes amateurs permettent d’imaginer, sans fin, son visage mélancolique.

Texte paru dans le supplément "Vendée" du Point, été 2012

samedi 28 juillet 2012

Rohmer à la plage

Les vacances devraient toujours ressembler à un film d’Eric Rohmer, son Conte d’été par exemple. On débarque en bateau, un lundi de juillet, sur le port de Dinard. Pointe du Moulinet, le ciel a cette couleur qu’on ne trouve pas ailleurs, un bleu nuageux mêlé de soleil. Les maisons de maîtres, sur la corniche surplombant la mer, imposent leur style XIXe. En terrasse de la crêperie du Clair de lune, un garçon mange une glace et boit un verre de vin blanc. Sur la plage de L’Ecluse, les filles portent des maillots de bain rouge ou bleu, des lunettes noires qu’elles remontent parfois dans leurs cheveux. Elles tomberaient volontiers amoureuses d’un musicien dilettante, avec lequel elles badineraient sur le sentier des Douaniers, alors que le soir tombe, leurs sandales à la main, vêtues d’une jupe courte et d’un caraco.
Au milieu des années 90, après le Saint-Tropez de La Collectionneuse puis la Normandie de Pauline à la plage, Rohmer voulait un lieu neuf pour son Conte dédié à la plus belle des saisons. Il lui fallait des rochers, des vues profondes sur l’océan, le bruit du vent, un arrière-pays aussi : « Ce qui m’intéressait, c’était les grandes étendues à marée basse. J’aimais cette idée que les personnages soient enfermés entre la terre et la mer. » Rohmer s’est souvenu aussi des récits de son ami Paul Gégauff, l’âme damnée de la Nouvelle vague : « Tu adoreras ce coin de Bretagne: les filles sont délicieuses ; l’air du large te fouette l’esprit et les paysages sont magnifiques ! » Il avait envie surtout, lui qui aime tant les corps et les mots en liberté, de plages « vivantes » où les cœurs peuvent jouer leur petite musique, « des plages où l’on ne verrait pas le travail du cinéaste. »
Pour raconter son Conte d’été, Rohmer a donc posé sa caméra à Dinard, entre la fin du mois du juin et le début juillet 1995. Il filme longuement la plage de l’Ecluse et ses cabines d’un autre siècle. Les chemins côtiers ne sont pas encore surchargés de touristes. Une ballade emmène les flâneurs sentimentaux sur les remparts de la ville close de Saint-Malo. De jolies filles sont au rendez-vous. De retour à Dinard, sur la promenade du Clair de lune, un peu de bruine coupe la douceur des choses, mouille les bancs publics où les amants se cherchent, ne se trouvent pas. Les soirées s’achèvent à La Chaumière, une boîte de nuit de Saint-Lunaire. Avec grâce, Rohmer saisit au vif les vacances et esquisse une certaine idée de la dolce vita balnéaire, qui lui est chère.
Quand Conte d’été est diffusé, en avant-première, au cinéma Aux deux Alizés de Dinard, les spectateurs découvrent, sous le plus beau des jours, leur ville. Des habitants se reconnaissent en tenue de bain, figurants d’occasion heureux d’apparaître sur la photo. Voici donc ce que préparaient Rohmer et sa petite équipe. On les avait vus  sur la plage de L’Ecluse, avenue Yves Verney devant le bar La Croisette ou sur la route départementale 168 menant à Saint-Malo. On s’interrogeait sur le résultat en images. Il est à la hauteur des espérances, prolongeant les étés de la vie. Rohmer l’avait dit : « Chacun de mes films pourrait avoir pour titre le nom d’une ville. » Conte d’été, ainsi, se serait appelé Dinard ou Saint-Malo.

Texte paru dans le supplément d'été du Point "Dinard/Saint-Malo", juillet 2012