Affichage des articles dont le libellé est figaro. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est figaro. Afficher tous les articles

lundi 16 mai 2016

Bory, Naulleau, Besson et Loulou ...


Jean-Louis Bory est un double maudit. Son premier roman, Mon village à l'heure allemande, obtient le prix Goncourt, en 1945. Il a alors 26 ans. Puis, bien avant le moderne coming out, il évoque son homosexualité dans Ma moitié d'orange en 1973. Deux best-sellers qui encagent, tuent lentement. Bory, pédé superstar, entre reconnaissance gay et insultes seventies ? Ca ne pouvait durer. A Jean-Louis Curtis, il glisse : “Je suis las d'être devenu le gugusse de l'homosexualité militante.” Le spleen devient son compagnon de mauvaise fortune. Dépression au dessus du jardin de sa maison de Méréville. Il achète une carabine. On ne sait jamais. Une nuit de juin 1979, on a su.

Bory, trop rarement, revient sur le devant d'une scène littéraire minuscule. Une biographie, signée Daniel Garcia. Un anniversaire. Un avant-propos, ou un article, d'Eric Neuhoff. Un best-of du « Masque et la plume », dont il a fait les belles heures radiophoniques en ferraillant avec Georges Charensol. Le ton montait très vite. Ce s'énervait, se bousculait, se réconciliait. Ils étaient les Sartre et Aron du 7e art. En plus drôles. Il était préférable d'avoir tort avec Bory que raison avec Charensol. Pour s'en convaincre, une merveille oubliée : ses chroniques cinématographiques publiées chez 10/18 dans les années 70.

Si Bory était un beau parleur des ondes et des plateaux TV, le meilleur de son style, ce qui restera quand les années auront tout balayé, il l'offre chaque semaine au Nouvel Observateur, après s'être fait la main dans Arts. Les papiers de cinéma de Bory sont un roman édité dans le journal de Jean Daniel et recueillis, en plusieurs tomes : Des yeux pour voir (1971), La nuit complice (1972), Ombre vive (1973), L'écran fertile (1974), La lumière écrit (1975), L'obstacle et la gerbe (1976), Rectangle multiple (1977). Des volumes à ouvrir après avoir consulté l'index, ou au hasard. On corne des pages. On souligne des morceaux de bravoure. On y revient.

Bory nous raconte une histoire de France, décalque en 24 images/seconde de celle de Michelet, à travers les regards de Godard, Chabrol et Claude Sautet. Une autre époque et une certaine idée de notre « cher et vieux pays ». Pas de Luc Besson dans les pages de Bory, ni de danybooneries. Pasolini s'invite, Bunuel aussi. Frontières ouvertes aux génies. La vulgarité est prise en grippe. Il y a des partis-pris, des emballements et des cibles. Vadim est maltraité. « Le véritable Et Dieu créa la femme, c'est Godard qui l'a tourné, et cela s'appelle Le Mépris» Ce n'est rien, en comparaison du traitement réservé à Michel Audiard : « A propos du cinéma supportable ou insupportable, les films de monsieur Audiard sont hors de ma compétence. Beaucoup trop subtils pour moi. Monsieur Audiard, nul ne l'ignore, est le Molière du Hurepoix. Il est même le seul Molière du Hurepoix à filmer directement en audiard. J'ai déjà marché dans de l'audiard. Comme c'était du pied gauche, ça m'a porté chance. Il ne faut pas abuser des bonnes choses. » La réponse d'Audiard sera cinglante. Duel à coups de plumes aiguisées.


D'une oeuvre l'autre, Bory dessine son univers. Le charme discret de la bourgeoisie n'est pas détesté. Des jeunes filles embrassent des ouvriers. Les garçons hésitent entre les mamans et les putains. Il commence à y avoir trop de flics dans les rues et sur les écrans. La joie et la mélancolie jouent au ping-pong. Chaque chronique est un enchantement. Le cinéma y était à la fête. C'était avant. Francis Ford Coppola acquiesce : « Il n'y a plus de cinéma: il y a des films. » Et Bory est mort.

***

37bis Boulevard de la Chapelle, le froid et des forces de l'ordre. Une figure imposée depuis un triste vendredi 13. Pour réchauffer l'air d'automne, Eric Naulleau et Graham Parker mêlent littérature et rock n' roll. Etincelles promises dès l'invitation : « On les emmerde le 23 novembre aux Bouffes du Nord. » Inutile de préciser la cible visée. Avant de gagner leurs strapontins, Cyril Montana et son amie, Jeanne, se mettent en condition. Prendre garde, toutefois, à l'abus de vin rouge portugais. Cyril avoue ne guère connaître Graham Parker. On se rappelle son apparition, filmée par Judd Apatow, dans 40 ans: Mode d'emploi et une phrase de Bruce Springsteen : « Il est le seul rockeur pour lequel j'achèterais une place de concert. » Du balcon du théâtre, Parker a la voix de Bob Dylan jeune et le visage de Dennis Hopper vieux. Ses lunettes fumées aux reflets jaunes font leur effet. Sur scène, Naulleau fait les présentations : « 40 ans de rock vous contemplent. » Nous pensions connaître Eric. Ex-terreur cathodique du samedi soir, lettré camarade de joutes de Zemmour et fan de beau jeu footballistique. Nous nous trompions. Eric est un éternel adolescent dont l'idole se nomme Graham Parker. Une addiction qui donne son titre au texte dont il lit des morceaux choisis : Parkeromane. Sa voix est en place; son émotion, à fleur de peau tannée. A chaque titre interprété par Parker - « Watch the moon come down », « Between you and me », « Don't ask me Questions » -, le regard de Naulleau se perd dans les souvenirs. Les années défilent; on voyage. De la France de Giscard d'Estaing à Minneapolis. En guest-star : Yves Calvi circa 1977, Philippe Manoeuvre, Ken et Barbie, et le poète Henri Cole. On pense à un beau roman de Philippe Lacoche : Tendre rock. A la fin d'un long rappel, mots et notes sont enlacés dans les têtes. Ca donne envie de trinquer. Au bar, le sourire de Tristane Banon fait plaisir. Un certain Patrick Lefebvre, absent, est épinglé avec drôlerie. Sylvie Le Bihan-Gagnaire oublie une blessure au genou en badinant avec « un jeune homme prometteur »: Gautier Battistella. Gaspard Proust est évoqué. Son prochain spectacle et la sortie de L'Idéal, film de Frédéric Beigbeder dont il tient le premier rôle, sont attendus en 2016. Nathalie, silhouette brune et bronzée venue de la Côte d'Azur, s'amuse à faire l'autruche dans son sac Chanel. Naulleau et Parker apprécient, d'un éclat de rire partagé. Ils sont heureux; ont réussi leur coup. Douceur des choses pas morte.

***

C'est une histoire d'amitié, d'amour et de vengeance : deux hommes et des femmes en banlieue rouge. Patrick Besson, le gamin de Montreuil de 28 Boulevard Aristide Briand, nous amène à Malakoff entre juillet 1989 et la fin de l'année 93. Notre révolution contemporaine : « Quand les français apprirent à marcher et à téléphoner en même temps. »

Philippe, malade du coeur en attente d'un greffon, et Vincent, professeur de lettres, sont voisins d'immeuble. Ils se retrouvent au café Le Carrefour ou au Kémia, aujourd'hui Café M. De quoi parlent deux camarades qui ne le sont pas vraiment ? Ils refont le monde en train de se défaire et passent en revue les filles de leur vie, comme des militaires. Il y a le bicentenaire de la prise de la Bastille et des mères très présentes, la volée de revers de Stefan Edberg et Monica Seles, des murs qui tombent et des petites amies. Vincent, qui tient la plume du roman, aimait à l'époque autant la bicyclette que les femmes. Les femmes de Philippe, surtout, auxquelles il offrait des bicyclettes : Vanessa, Sonia, Karima. Il les fait rire sans être drôle : « Vous n'avez pas d'animal domestique ? Non: une aide ménagère ». Technique de drague imparable. Elles se donnent assez facilement, vont et viennent, avant de s'enfuir. Vincent n'est pas fréquentable: « Être la cocue d'un cardiaque : la honte. » Elles savent qu'il finira mal. C'est-à-dire : mort.

Besson ne s'embarrasse pas d'un mauvais suspens. Préfère une chute finale, qui ressemble à une fugue. On pense à Une femme riche; également à Accessible à certaine mélancolie et Belle-soeur. Des romans où les enfants tristes des présidences Chirac et Mitterrand tentent de ne pas se perdre. Ne mets pas de glace sur un coeur vide est dans cette ligne douce et dure. Temps suspendu à la pointe sèche des dialogues et fulgurances. Besson a réussi son coup. Il date nos joies et notre spleen. On en redemande. Ca tombe bien. Pense-bête – suivi de Sorties est déjà en librairie.

Patrick Besson, Ne mets pas de glace sur un coeur vide, Plon
Patrick Besson, Pense-bête – suivi de Sorties, Mille et une nuits

***

Nous n'avons pas encore lu Loulou Robert. C'est compliqué : on ne parle que d'elle. Ce qui donne l'impression de tout savoir, déjà, sur Bianca. En lice pour le prix Goncourt du premier roman. La concurrence est sévère chez Drouant. Face à Loulou, Olivier Bourdeaut est favori avec En attendant Bojangles. Au festival « Lire à Limoges », il a séduit sans forcer lectrices et libraires. Uniquement les lectrices ? Les hommes, on le sait, ne lisent pas. Les armes imparables d'Olivier : disponibilité, sourire et humilité. La rançon de la gloire et du succès. Dans le désordre. Loulou n'était pas à Limoges. Normal : elle est partout ailleurs. Fille de Denis, journaliste préféré de Clearstream et Philippe Val, et soeur de Nina, elle a imposé son prénom. Il faut s'y faire. Quand on reçoit, par exemple, un sms de Baptiste Liger : « You're in love with Loulou ? » Un aveu : nous nous sommes demandé qui était Loulou. C'était, comme dans la publicité, avant. On ne jure désormais que par elle. Loulou a eu droit à son portrait pleine page dans Libération, à la colonne de Frédéric Beigbeder dans le Figaro Magazine. Les magazines féminins, non plus, ne l'ont pas manquée. Top modèle et écrivain : une jolie carte de visite pour une brune sensuelle d'1m72 née à Metz, passée par Paris et New York avant retour dans la capitale. Plus sexy que les écrivains-éditeurs, espèce en voie de disparition, ou que Christine Angot, qui bouge encore. Une mode pourrait être lancée. Ce ne serait pas pour nous déplaire. Il y avait Géraldine Maillet; il y a Loulou. Ses lignes fines et claires; ses courbes douces. Un esprit stylé dans une silhouette longiligne. Notre premier souvenir d'elle : dans les pages de Lui. Le numéro de l'été 2015. Marie de Villepin était en couverture, sein gauche en liberté et guitare entre ses doigts érotiques. Loulou : la fille de la porte d'à côté. Légèreté des mots et chic des photos signées Leïla Smara. Un autre souvenir : son évocation par Franck Maubert, à la sortie d'un déjeuner à la Cantine du Troquet, rue du Cherche-midi. Au menu : couteaux à la provençale, lottes, un coteau d'Aix et Loulou. Franck a lu Bianca, a aimé, le conseille. Les beaux goûts de Maubert. La mise en bouche du roman de Loulou est enfin sous nos yeux : « Je m’appelle Bianca. C’est ma mère qui a choisi ce prénom. C’est son côté « Américaine » même si l’Amérique, elle connaît pas. Il y a un mois jour pour jour, assise dans mon salon en compagnie de Teddy, le chat de la maison, je regardais la télévision. Teddy dormait, les lignes de ses lèvres supérieure et inférieure me souriaient. Il avait l’air bien. Je me suis dit que si je fermais les yeux et laissais tout aller, je sourirais peut-être comme lui. Les lignes bleues qui sillonnent mes poignets ont été inondées de rouge, du rouge sur le sol, sur mes vêtements. Au moins, ce n’était plus tout noir. Au moins il y avait de la couleur. » Se suicider à 16 ans, on n'a pas idée. Littérature suit, quelques années plus tard. Nous sommes sous le charme.

Loulou Robert, Bianca, Julliard

Textes parus dans Schnock, le Figaro, Service littéraire et Technikart

samedi 25 avril 2015

Où es-tu Emmanuelle ?


Nous n'avons rien contre Dakota Johnson. L'actrice possède le charme d'une voisine que nous croiserions, d'une semaine l'autre, à la caisse d'un supermarché. On la voit, on l'oublie, jusqu'au prochain hasard. Sans doute n'a-t-elle pas lu attentivement le scénario tiré du roman de E.L. James. Ce passage, notamment, où Christian Grey met en garde Anastasia : « Je ne fais pas dans le romantisme. Mes goûts sont très particuliers. » Le riche homme d'affaires attache les poignets de ses conquêtes, leur bande les yeux, les cravache. Le film serait « hot » ; il contiendrait un pourcentage précis de scènes de sexe. Des chiffres sans les lettres, sans la chair. Pour un peu, nous nous croirions dans la salle d'audience d'un tribunal du Nord, entre filles de joie à la figure fatiguée et Dodo la Saumure. L'érotisme tendance menottes et fouet n'est plus une idée neuve.

A notre rescousse, des noms et des silhouettes de jadis s'imposent. On pense à Michèle Mercier, « marquise des anges » pour laquelle ont oeuvré Pascal Jardin et Daniel Boulanger ; à Jacqueline Sassard prenant son bain et s'amusant avec la mousse dans Les Biches, des duettistes Chabrol et Gégauff ; à Corinne Cléry découvrant la banquette en cuir d'une Traction luxueuse dans Histoire d'O, adaptation par Sébastien Japrisot du roman de Pauline Réage. On revoit bien sûr BB filmée par Roger Vadim ou par Godard dans la scène inaugurale du Mépris. Son corps alangui, la marque blanche de son intime étoffe tout juste ôtée, son murmure à l'oreille de Michel Piccoli : « Et mes fesses, tu les aimes, mes fesses ? » La réponse coule de source. Dans B.B. 60, François Nourissier a trouvé la juste formule : « De toutes les armes que nous offre la vie quotidienne pour régler ses comptes à la sottise, la jeunesse et l’impudeur d’une femme sont les plus douces. » On ne saurait mieux dire.

Nous parlons d'un temps où les écrivains étaient les invités permanents du 7e art. Ils ne forçaient pas leur talent, en usaient avec insouciance. Pour esquisser « la jeunesse et l'impudeur » des héroïnes, ne pas leur faire dire trop de bêtises, ils savaient jouer leur partie de plaisir. L'érotisme, finalement, est une histoire de peau en liberté et de mots à la caresse. L'histoire a commencé au moment où les femmes ont deviné que tout, très vite, leur appartiendrait : nos jours, nos nuits. Elles s'en sont données à cœur joie et à corps tendre. Avec des hommes, avec leurs amies aussi. Un prénom est resté dans nos mémoires : Emmanuelle. Paru sous la signature d'Emmanuelle Arsan, pseudo de Marayat Bibidh, le roman aurait été écrit par son mari, le diplomate Louis-Jacques Rollet-Andriane. En juin 1974, le film révèle la beauté de Sylvia Kristel : des yeux « de niveau d'eau pour boire en prison », un long corps venu des Pays-Bas, un art unique de se vêtir et se dévêtir au gré de ses envies. Nous ne sommes pas prêt de l'oublier. Elle s'ennuie, s'interroge sur l'amour, cède aux tentations. Il est impossible désormais de prendre un vol long-courrier Paris-Bangkok sans penser à elle. Sur une mélodie de Pierre Bachelet, on rêve de la vie d'ambassade et de coquetèles au bord d'une piscine de villa. Marivaudages exotiques à fleur de peau. La jeune et bronzée Christine Boisson, en short en jean, connaît les questions et les réponses :« Tu sais pourquoi je mange des suçettes ? Parce que ça excite les vieux. » Les dialogues d'Emmanuelle hésitent entre du Rohmer classé X et les productions kitsh de Jean-Luc Azoulay. Jean-Louis Richard, auteur de La Peau douce, le meilleur Truffaut, s'y est attelé. Il frôle le ridicule, l'évite de peu, ce qui n'est pas sans charme. Un dilettantisme moite, qui aiguise les sens et l'imagination, emplit l'atmosphère. On en redemande, même si le film connut trop de suites. C'est sans prétention, d'une folle légèreté, telle une carte postale où Sylvia Kristel nous ferait de l'oeil, alanguie sur un fauteuil en rotin. Le monde en fuite du dernier sex-symbol des Trente Glorieuses.


La chair, aujourd'hui, est triste et nous ne lisons plus tous les livres. Sur les tables de nuit, 50 nuances de Grey a pris la place d'Emmanuelle. Smartphones et twitter complètent le tableau. Nulle émotion ne peut naître de mots pauvres et de technologies qui déclinent la passion en images laides ou en 140 caractères. La provocation selon Anastasia et mister Grey ne provoque que des ricanements dans les open-space. A la vie de bureau, définitivement, nous préférons la vie d'ambassade et l'air de ne pas y toucher de BB, Corinne Cléry et Sylvia Kristel. Ne pas oublier leurs petites sœurs des années 80 : Valérie Kaprisky, Marushka Detmers, Ornella Muti (liste non exhaustive). Avec elles, l'érotisme ne se prend pas au sérieux ; il incarne toujours un art de vivre, manière de dolce vita qui ne veut pas mourir. Il se prolonge là où on ne l'attend pas forcément. Filmée par Pascal Thomas, l'incandescente silhouette brune de Marie Gillain, nue au détour d'un couloir, nous touche. La même actrice, en couverture et dans les pages intérieures d'un magazine, qui fut celui de « l'homme moderne », pose avec une sensualité inouïe. Dans un remake de Emmanuelle, on ne doute pas qu'elle serait parfaite. Affaire à suivre ...

Version uncut d'un texte paru dans le Figaro, le 10/02/2015

lundi 22 décembre 2014

Oona & Salinger & Beigbeder & Sakespeare and Company ...


Rue de la bûcherie, devant Shakespeare and Company, la pluie fait claquer ses stilettos. Une foule joyeuse prend l'eau. Tout le monde ne rentrera pas. Sylvia Whitman, âme blonde des lieux, nous guide jusqu'à la salle bondée. Au premier rang, Christine – maman de Frédéric Beigbeder – et Lara, brune héroïne. L'écrivain est bien entouré. Il commence, en anglais et en douceur, sa lecture. Oona O'Neill apparaît dans la fumée du Stork Club ; J.D. Salinger n'a d'yeux que pour elle. On le comprend. Truman Capote s'invite. Fusées mondaines et railleries haut perchées sont au rendez-vous. A chaque mot, Beigbeder rafle la mise. Son élégance touche à l'oral comme à l'écrit. Il répond à des questions, digresse autour de l'idée de « love story » : « Dans la vie, c'est toujours mieux quand l'amour est réciproque ; dans un livre, surtout pas ! » Un moment de grâce : la plus charmante des actrices anglaises, Lola Peploe, lit une nouvelle de J.D. Salinger : « The heart of a broken story ». Parue dans Esquire en 1941, elle n'a jamais été republiée. La voix de Lola épouse au plus près les phrases de Salinger : elle caresse et elle cogne. Nous n'avons pas le temps de regretter la fin du texte. Annie Chaplin, fille de Oona et Charlie Chaplin, se lève. Elle est heureuse, émue. Entre ses mains : une lettre, datée de 1940, de Salinger à Oona. Un cadeau pour Frédéric, après avoir été séduite par son roman. La lettre est une merveille de drôlerie poétique : "Tu es une menteuse. Les menteuses ne vont pas au paradis. Seules les filles avec des bagues sur les dents vont au paradis. Et Rita Hayworth" ; "Dans l'avenir, je serai gay, je descendrai Park Avenue sur un cheval blanc en jetant des bouteilles de champagne sur les mendiants aveugles." La lecture achevée, personne ne veut partir. Des bulles, de la maison Ruinart, permettent de prolonger le plaisir. Lola Peploe, elle, préfère un verre de vin. On le lui sert volontiers. Les conversations s'envolent. Alain Kruger évoque Pascal Thomas et Jean-Yves Katelan ; Fabrice Gaignault regrette que The Way We Lived Then, de Dominick Dunne, ne soit pas édité en France. Nous flânons entre les fantômes d'Hemingway et de Fitzgerald. Un lit, dans une pièce remplie de livres, attend qu'on s'y allonge. Les vagabonds de la littérature, appelés « tumbleweeds », sont ici chez eux. Alors que Frédéric Beigbeder récite, en trinquant, un poème de Paul-Jean Toulet, une ultime pensée s'impose : « la douceur des choses ».

Papier paru dans Le Figaro, "Ca c'est Paris", décembre 2014

dimanche 13 juillet 2014

Flâneries figaresques : Krug, Régine, Punk, Méditerranée, Fès, Oiseaux de nuit ...


Depuis presque un an, Bertrand de Saint-Vincent et François Aubel nous invitent, de temps à autres, à déambuler dans quelques soirées, ici et là, et à poser nos mots dans les pages Culture du Figaro. Voici nos dernières flâneries. Ca, c'est du grand reportage ...

Krug sentimental
Le 2 avril, célébration de Krug Grande Cuvée

Les bulles rendent heureux. Quand il s'agit de Krug Grande cuvée, le doute n'est pas permis. Jean-Pierre de Lucovich comparait la marque à un « club privé » : « le cercle des Krugistes célèbres comprend Paul Morand, Alec Guiness, Jackie Onassis, Mort Schuman et Ernest Hemingway qui buvait deux bouteilles de son champagne favori chaque matin au bar du Ritz. » Ne pas oublier John Le Carré qui, après la publication d'un de ses romans, s'est vu offrir un magnum par Rémi Krug.
Dans le lobby marbré du London Edition, les journalistes étaient au rendez-vous. Hemingway, jamais sans son verre, s'en serait donné à cœur joie. Une grande blonde prenait des mines de Marilyn.  Les Français, à leur habitude, étaient légèrement canaille. Un air de Valls ? La politique n'incite guère au sérieux. On en apprenait de belles sur certains anciens ministres. Nous n'ébruiterons rien. Guest stars, Ole Hansen, fumeur de saumon, et Alex Probyn, Maître de thé, ont présenté leur art. Les écoutant, l’œuvre d’Éric Lebel, maestro de Krug Grande Cuvée, apparaît dans tout son génie. L'élaboration d'un flacon nécessite plus de vingt ans de travail et l'assemblage de 142 vins. Nous pensons à la « Blue Note », cette quête sans cesse réinventée, par les jazzmen, de la note parfaite.
Alors que la nuit tombe, les filles brillent en robe et stilettos assortis ; les hommes arborent smoking et cravate. Une performance musicale, autour du « Sacre du printemps » interprété par le London Philarmonia Orchestra, est un enchantement de saison. Sous le charme, Maggie Henriquez, PDG de Krug, livre une anecdote : le péché mignon de Madonna est le Krug rosé, qu'elle boit le matin en mangeant des frites. Chacun ses goûts douteux. Nous préférons le déguster à la lumière tamisée des bougies, au marché couvert de Shoreditch. Le chef Greg Marchand – son Frenchie fait fureur à Paris – a imaginé un menu de haute tenue. Un foie gras royal aux cerises sauvages caresse les papilles. La soirée sera longue et délicate en bouche : Krug rosé, Krug Clos du Mesnil, Krug Vintage 2000 et Krug Grande Cuvée. Séverine, notre voisine de table au diamant ancré au cœur du cou, nous souffle les mots parfaits pour suspendre le temps : « Krug sentimental ». Nous n'aurions pas dit mieux. Il y a des mélodies qui ne ne sont pas prêtes de s'achever.
*
Danse avec Régine
Soirée guinguette au Balajo

Au dernières nouvelles, Régine voulait représenter la France au concours de l'Eurovision. On comprend mieux pourquoi de nombreux sosies de Conchita Wurst  nous accueillent. L'une d'entre elles, en robe rose bonbon, s'exclame : « La première femme à barbe, c'était moi ! » Il serait malpoli de la contredire. Derrière le bar, les serveuses savent attirer l'attention. On pense à une publicité fameuse : « Regardez-moi dans les yeux ... » Coquetèles Hemingway – Rhum, Pamplemousse, jus de citron - et vodka-red bull ont la cote. Sur la piste, Régine esquisse des pas de danse. Sa belle idée : célébrer le guinguette, un lundi par mois, au Balajo. En rousse et noir, elle flamboie, nous glisse qu'elle retrouve l'atmosphère de ses 15 ans, quand les femmes venaient s'encanailler après le marché. Chanteurs et chanteuses se succèdent sur scène. L'accordéon donne le tempo, Piaf est reprise. Quel est ce garçon au foulard rouge autour du cou ? Un taxi boy. C'était le titre de l'unique film réalisé par Alain Page, au milieu des années 80. Pour une modeste somme, il fera valser dames et demoiselles jusqu'au bout de la nuit. L'un des charmes de la soirée : les enfants sont venus avec leurs parents. Les uns quêtent leurs souvenirs perdus ; les autres s'en créent pour les lendemains de gueule de bois. Le temps de quelques volutes, Lisa et Anne, brunes inséparables, nous confient qu'elles espéraient plus de « people ». Il suffisait de le dire pour tomber sur Michou. D'un souffle las, il murmure : « Nous sommes les derniers dinosaures ! » Laura Smet, paraît-il, est passé. Nous l'avons manquée. Bernard de La Villardière, lui, est bien présent, hésitant à enflammer le dancefloor. A 23h30, la voix de Régine retient la nuit. Les vivas saluent La Grande Zoa et Les Petits papiers. La diablesse est aux anges, malgré la fatigue que quelques coupes de champagne éloigneront. Une apparition suspend notre départ. Zahia ressemble à la plus délicate des poupées. Elle allume une cigarette fine comme sa taille et ses attaches, nous en offre une. De belles âmes veillent sur elle. Sa table est convoitée par tous. Faut-il prendre rendez-vous ? Non. Accroupi à ses côtés, prenant garde à la douceur des choses, il nous reste à écouter Fly me to the moon. Régine, Sinatra, Zahia : Paris est toujours une fête.
*
Déjeuner de soleil
Le prix Méditerranée tient salon à la Closerie des Lilas

Nous avons craint le pire. Sous la verrière de la Closerie des Lilas, le soleil tapait davantage que le vin, qui tardait à être servi. Les remerciements des lauréats ont duré des plombes. Premier à s'exprimer, Lorant Deutsch, Prix du livre incorrect, a fait la promotion de son prochain film. Dans les rangs, des silences et quelques rires. Étions-nous à la cérémonie des Césars ou sur la croisette ? Le doute était permis. Emmanuelle Béart, charmant coup de vent, passait d'ailleurs embrasser son père, Prix Nikos Gatsos. Micro en main, Guy Béart ne s'arrête jamais. On n'a pas bien compris ce que François Hollande, « le plus honnête des socialistes », venait faire dans son discours fleuve. Encore une référence cinématographique, peut-être. Abd Al Malick, prix Spiritualités d'Aujourd'hui, a vanté « la tolérance », « les identités mosaïques » et le « partage d'humanité ». Tout le monde était beau, tout le monde était gentil, à l'image de François Pérol, mécène du Prix. Il a déclaré sa flamme à Javier Cercas, qui lui a répondu : « Je suis ivre, mais pas que de champagne. » Michel Delpech, également lauréat, n'a pu se déplacer, souffrant. Nous n'aurions pas été contre une ritournelle : Le chasseur ou Pour un flirt ? Patrick Poivre d'Arvor, à son habitude, faisait des jaloux. Il avait la meilleure place : face à Gérard de Cortanze, primé pour L'an prochain à Grenade, et à la droite de la romancière Léonor de Recando. Jolie brune aux bras nus et au sourire qui adoucit les mœurs, elle s'est vue attribuer un prix spécial. Sans l'avoir lue, nous ne doutons pas de ses qualités. D'un carpaccio de Saint-Jacques aux fraises à un poulet fermier, plats et convives ronronnaient. Les verres se remplissaient enfin ; les langues se déliaient. Jean-Jacques Bedu, Délégué Général du Prix, annonçait la parution de Moi, Empereur du Sahara. Nous tenions un scoop : une danseuse étoile, qui fut carmélite pendant dix ans, se proclamait « l'épouse de Jésus ».  Bruno Nougayrede, lui, racontait son récent rachat des éditions du Rocher. Il saluait la mémoire de Jean-Paul Bertrand, parlait du prochain roman de Patrick Besson. Carla Bruni, d'un coup, était sur toutes les lèvres. En août, elle sera entre les mains des lecteurs. Au café, on nous a promis qu'Hervé Vilard allait chanter. Nous n'étions pas dupe. Capri, c'est fini depuis longtemps.
*
Punk pas mort
Alain Gardinier signe au Monte-en-l'air

Le Monte-en-l'air sait se faire désirer. Cachée derrière l'église de Ménilmontant, la librairie paraît à l'autre bout du monde. A peine arrivé, nous nous retrouvons d'ailleurs à Mont-de-Marsan. Retour vers le futur ou No future ? La question n'est pas permise. Le premier festival punk de l'histoire s'est tenu, en 1976, dans la préfecture des Landes. A l'affiche : The Police, The Jam, The Clash, the Damned, sans oublier Bijou ou Little Bob Story. Avec Punk sur la ville, Alain Gardinier célèbre l'événement en textes et en images. Ancienne plume de Rock & Folk, il connaît la chanson comme personne et signe des exemplaires sur le couvercle d'une poubelle municipale. Ses amis sont au rendez-vous, sifflent des bières. Parmi eux, des visages familiers : Jackie Berroyer, Elliot Murphy ou le leader des Avions, Jean-Pierre Morgand. On n'a pas oublié « Nuit sauvage », tube millésimé été 86. Tina, mademoiselle Gardinier, aurait pu le reprendre d'une voix léoparde, en accord avec le motif de ses escarpins. Elle a préféré chanter un titre en anglais pour fêter les deux ans de son fils. Un absent de marque : Jean Le Gall, boss d'Atlantica. Son mot d'excuse indique qu'il travaille sous le soleil d'Italie. Il nous a laissé entre de jolies mains. On remarque la présence de l'éditrice Éléonore de La Grandière. Sa maison se nomme Daphnis et Chloé. On ne fait pas plus charmant. Slavka, fume-cigarette et volutes aux lèvres, converse avec le romancier Stéphane Guibourgé. Il publie, en août, Les fils de rien, les princes, les humiliés, texte de grand style sur la dérive d'un skinhead parisien. Stéphane constate que le punk, aujourd'hui, se reconnaît surtout au port du perfecto. Les épingles à nourrices, elles, ne font plus partie du dress-code. Tout se perd. Sylvie, longue brune à la pointe d'accent basque, a l'art d'écarter en douceur les importuns. Ne pas trop exagérer tout de même. Tandis que la voix de Johnny Rotten secoue les enceintes, Alain Gardinier nous invite à un after singulier, deux jours plus tard : « Viens chez nous ! Ça se passe à Guéthary ! » Jean Le Gall sera revenu d'Italie. Le DJ s'appellera Frédéric Beigbeder. Frédéric Schiffter, le plus chic des philosophes, posera quelques aphorismes sur des riffs saturés. Le fantôme de Pacadis fera-t-il une apparition ? C'est certain : « Punk is not dead ! »
*
Oiseaux de nuit
Le festival « Musiques sacrées du monde » a 20 ans

L'automobile, à Fès, est un sport à haut risque. On s'en est sorti à coups de klaxon, juste à temps pour assister à la soirée inaugurale. Bab Al Makina, la foule se presse à ciel ouvert.  Malgré la chaleur, les garçons n'ont pas tombé la veste de smoking. Lin et espadrilles ont notre préférence. Les filles, elles, auraient plu à François Truffaut : « Les jambes de femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. » Un cortège de limousines fait son entrée. Les services de sécurité écartent un petit chat noir du tapis rouge. SAR la Princesse Lalla Salma apparaît. Elle préside l'ouverture du Festival, est ovationnée. A-t-elle apprécié « Conférences des Oiseaux », beau spectacle mis en scène par Thierry Poquet ? Le lendemain, au musée Batha, Rokia Traoré enchante l'après-midi. A côté de la scène, Dounia, Rémoise de Liège, ondule sur les rythmes électriques de l'artiste malienne. On la retrouve, le soir, Bab el Makina. D'un éclat de rire, elle fait oublier le récital de Roberto Alagna. Le maestro a fait court, avec entracte ; c'était pourtant trop long. Au Palais Farraj, que dirige l'élégant Khaled Souli, des musiciens interprètent « Zina », tube marocain de l'année. Dounia boit du champagne rosé et fume une Camel, dont les volutes parent sa peau et son caraco caramel. En l'écoutant, on repense aux mots d'Abderrafia Zouitene, Directeur de la fondation « Esprit de Fès » et de l'Office National Marocain du Tourisme : « Je souhaite ancrer davantage le festival dans la ville, que la population se l'approprie dans un esprit de fête et de culture, comme elle s'appropriera, à Rabat, le grand théâtre conçu par Zaha Hadid. » Alors que Dounia évoque la Maison Blanche, « plus belle table de Fès, donc du Maroc », le propriétaire des lieux nous rejoint. Nous sommes invités à une visite privée du restaurant. Il y a quelques mois, Mick Jagger a dîné à la Maison Blanche. Une idée : inviter les Rolling Stones, l'an prochain, en ouverture du Festival. On imagine Mick chanter « Memory Motel », la chanson des oiseaux de nuit, Bab Al Makina. La jeunesse de Fès sera au rendez-vous. Abderrafia Zouitene appréciera, Dounia dansera encore. Notre place est déjà réservée.

dimanche 6 juillet 2014

La preuve est faite ...


Nous avons laissé, depuis quelques mois, ce blogue en friches. Pas envie d'y poser des mots. Ca arrive. Il y a eu notre Adieu aux espadrilles dans les sales draps d'une maison d'édition en petite forme; des travaux de nègre qui usent; des papiers figaresques et des nuits trop courtes; une flânerie - "Les Garçons de Playboy" - dans Schnock; la course à l'argent de poche; des petits luxes d'éditeur dilettante, dont nous reparlerons. Mais ne cherchons pas d'excuses à notre absence. Au contraire, un extrait d'une lettre de Truman Capote, cité par Frédéric Beigbeder dans un chronique du Figaro Magazine, dit tout de notre état d'esprit de saison :

« J’ai repris mon roman, et c’est vraiment tout ce que j’aime, et je viens d’en écrire deux pages, et oh ! Bob, je veux que ce livre soit très beau, parce qu’il me paraît essentiel, aujourd’hui plus que jamais, qu’un écrivain cherche à très bien écrire, le monde a perdu la tête, l’art seul est sain d’esprit, et une fois dispersées, une à une, les ruines des anciennes civilisations, la preuve est faite qu’il ne demeure que les poèmes, les tableaux, les sculptures et les livres. »

mercredi 12 février 2014

Bonsoir tristesse



Un aveu : le concept de Raphaël Mezrahi nous paraissait flou. Une « Nuit de la déprime » ? Au 28 Boulevard des Capucines, on cherche en vain la moindre trace de spleen sur les visages. Pas de salariés en colère, ni de ministres socialistes à lhorizon. Un certain bonheur est de mise. LOlympia ressemble de plus en plus à une annexe des émissions dominicales de Michel Drucker. Le temple tiède du music-hall. En hiver, ça réchauffe. Des charentaises et des boîtes de Kleenex sont distribuées. On voit le genre : « Je prends tout à la dérision, surtout la déprime ». Autrefois connu pour ses interviews loufoques, Mezrahi est un parfait maître de cérémonie. Il présente le concertiste Alexandre Tharaud, qui promet une mélodie « ennuyeuse ». Elle est signée Satie. Combien sont-ils, dans la salle, à entrevoir lombre de Maurice Ronet derrière les notes gymnopédiques ? Tout le monde, par contre, reconnaît Raymond Domenech. Sa tête de Knysna provoque une ovation. Nous préférons Mathilde Febrer, violoniste dont les boucles, aux reflets blonds, aimantent le regard à chacune de ses apparitions. Des écrivains, également, sont de la partie. Yann Queffelec nous parle de « seins » et de « pouliche trempée ». Plus tard, Raphaël Enthoven récitera, convaincu et convaincant, un passage de Voyage au bout de la nuit. Parmi les spectateurs, quelques bâillements. Amel Bent ou Nolwenn Leroy ont davantage la cote. Après un long intermède doutre-tombe de Michel Berger, un moment de grâce : Christophe. Portant veste claire à carreaux, pantalon de corsaire et boots en cuir, le « dandy un peu maudit, un peu vieilli » sinstalle au Steinway. Sa voix de crooner nous touche. On regrette quil ne prolonge pas notre plaisir. Après Les Paradis perdus, la Dolce vita ? A la place, une minute de silence à la mémoire des « produits qui nous ont quitté » : Virgin, Léonarda, Valérie T. Applaudissements timides. Un vieux monsieur à moumoute, sosie de Guy Bedos ou dElton John, savance sur scène. Personne na reconnu Bruno Masure, ni ne lécoute. Il est temps de partir, emportant avec nous la silhouette et la voix de Natalie Dessay, quaccompagne Yvan Cassar : « Y en a qui voit la vie en rose / Moi c'est en noir, au septième ciel. » Satie, Christophe, Céline, Nougaro : la déprime est une belle idée neuve.
Texte paru dans Le Figaro, le 12/02/2014