Après en avoir beaucoup parlé ici, c'est dans Schnock #6, dirigé par les excellents ALister et Laurence Remila, que nous évoquerons, la semaine prochaine, Jean-Michel Gravier et son livre Les Héros du peuple sont immortels. Dans le même numéro : un dossier Gainsbourg, Jean Seberg, des espions, le TOP 15 des apéros, que du bon.
Le même jour, en librairie, on pourra trouver l'éducation sentimentale et très érotique de Lysa S. Ashton : De Cuir et de Soie. On a quelque peu oeuvré pour que le livre soit édité à L'Archipel/ Les Presses du Chatelet. Loin des 50 Nuances de gris, plus claires ou plus sombres, c'est écrit, parfaitement traduit, un vrai roman de styliste, profond et léger, comme une longue caresse. Si Lysa Ashton n'était pas le pseudonyme, semble-t-il, d'une chroniqueuse mondaine américaine en vue, on penserait à un nouveau Pieyre de Mandiargues, une Série Blonde de Cecil Saint-Laurent ou à une déclinaison d'un de ces bijous que Pierre Mac Orlan signait Pierre Dumarchey, Pierre du Bourdel ou Sadie Blackeyes.
samedi 2 mars 2013
lundi 25 février 2013
L'Adieu aux espadrilles
On est passé par la fin de la terre, par la Savoie aussi : maisons de famille à l'écart du monde. Toujours, le plaisir de la fugue.
Avec Louise, avec Miss K.
On a presque achevé notre saison gégauvienne.
Il y a encore, ce mois-ci, un beau papier dans Service Littéraire, signé Pascal Praud.
Il y a eu également une itévé vidéo, au Jeu de quilles et dans un grand appartement du XIVe, où de talentueux jeunes gens nous ont interrogé sur Une âme damnée. C'est à voir ici :
On a aussi édité, à L'Archipel/Ecriture, le beau roman de notre ami Franck Maubert (prix Renaudot Essai 2012 pour Le dernier modèle - Mille et une nuits) : Ville Close. C'est à rapter, à commander, à acheter, peu importe, mais c'est à lire.
On a lu Libérati, Montaigu, l'infâme R.J. (Ma vie et autres trahisons), le très drôle et percutant Puta Madre de Patrick Besson, et quelques autres encore : le Stendhal de Gérard Guégan, Oscar Coop-Phane, Killian Arthur.
On a écrit, enfin : une préface pour notre réédition de Caroline Chérie de Jacques Laurent, alias Cecil Saint-Laurent (toujours à L'Archipel) ; un papier, dans l'excellente revue Schnock (numéro #6 à paraître le 6 mars), sur Jean-Michel Gravier et son livre culte Les Héros du peuple sont immortels. Et puis, les mots ayant infusé, on écrit toujours, au fond de la mine comme si on était sur la plage ou en terrasse : un roman court, d'amour et d'été. Ca devrait s'appeler L'Adieu aux espadrilles.
Avec Louise, avec Miss K.
On a presque achevé notre saison gégauvienne.
Il y a encore, ce mois-ci, un beau papier dans Service Littéraire, signé Pascal Praud.
Il y a eu également une itévé vidéo, au Jeu de quilles et dans un grand appartement du XIVe, où de talentueux jeunes gens nous ont interrogé sur Une âme damnée. C'est à voir ici :
On a aussi édité, à L'Archipel/Ecriture, le beau roman de notre ami Franck Maubert (prix Renaudot Essai 2012 pour Le dernier modèle - Mille et une nuits) : Ville Close. C'est à rapter, à commander, à acheter, peu importe, mais c'est à lire.
On a lu Libérati, Montaigu, l'infâme R.J. (Ma vie et autres trahisons), le très drôle et percutant Puta Madre de Patrick Besson, et quelques autres encore : le Stendhal de Gérard Guégan, Oscar Coop-Phane, Killian Arthur.
On a écrit, enfin : une préface pour notre réédition de Caroline Chérie de Jacques Laurent, alias Cecil Saint-Laurent (toujours à L'Archipel) ; un papier, dans l'excellente revue Schnock (numéro #6 à paraître le 6 mars), sur Jean-Michel Gravier et son livre culte Les Héros du peuple sont immortels. Et puis, les mots ayant infusé, on écrit toujours, au fond de la mine comme si on était sur la plage ou en terrasse : un roman court, d'amour et d'été. Ca devrait s'appeler L'Adieu aux espadrilles.
dimanche 10 février 2013
Voir Zanzibar et mourir ...
Thibault
de
Montaigu
est
l’écrivain
des
peuplades
bizarres
et
des
contrées
difficiles.
Dès
son
premier
roman,
Les anges
brûlent,
il
s’est
intéressé
à
la
jeunesse
dorée
d’Auteuil
qu’il
a ensuite emmenée,
dans
Un jeune homme
triste,
sur
la
côte
Normande,
déguster des
fruits
de
mer
en
buvant
du
Pouilly
fumé.
Plus
tard,
Les grands
gestes la
nuit nous
a
tout
dit
de
la
vie
des
play-boys
français
et
des
minettes
délurées
de
bonne
famille,
au cœur des sixties,
entre
Paris,
Megève
et
Saint-Tropez.
Avec
Zanzibar,
Montaigu
va
plus
loin :
il
suit
les
traces
de
deux
journalistes,
Vasconcelos
et
Klein,
dont
la
ligne
de
vie
– insolente,
flamboyante
et
hasardeuse
– se
brise
sur
l’archipel
de
l’océan
indien.
L’un
a
été
retrouvé
pendu
au
ventilateur
de
la
chambre
de
sa
luxueuse
villa ;
l’autre,
ligoté
à
un
poteau
maritime,
s’est
fait
grignoter
les
entrailles
par
des
barracudas.
Une vie de patachon
Vasconcelos
écrivait
des
articles
touristiques ;
Klein
était
photographe.
Ils
possédaient
un
certain
charme :
lunettes
noires,
mots
à
l’assaut,
filles
faciles
à
leur
cou.
Klein,
notamment,
avait
rencontré
une
très
jeune
Islandaise :
sur
le
ouèbe,
ils
échangeaient
mots
doux
et
coquineries.
Dans
les
gazettes,
les
premiers
reportages
des
duettistes
avaient
la
cote.
Il
y
avait
une
langue,
un
style,
des
angles
de
vues.
Klein
et
Vasconcelos
ont
très
vite
compris,
pourtant,
que
ça
ne
payait
guère.
Leur
idée
de
génie :
quitte
à
toucher
une
misère
pour
écrire
beaucoup
et
prendre
de
trop
nombreux
clichés,
autant
paresser
à
l’oeil
dans
des
palaces.
Avec
leurs
cartes
estampillées
L’officiel
Voyage,
Tourisme Magazine
ou
même
New York
Times,
et
quelques
attachés
de
presse
dans
leur
poche
et
ailleurs,
ils
promettaient
des
merveilles.
Il
leur
fallait
juste
avoir
le
temps
de
s’imprégner
des
lieux,
dans
le
confort
et
l’abondance
de
cadeaux.
Ca
a
marché
un
temps.
Ils
ont
passé
des
mois
entre
l’île
de
Jura
en
Ecosse,
le
Grand
Hotel
Europe
de
Saint-Pétersbourg,
la
Mamounia
ou
le
Lake
Palace
d’Udaipur.
Ils
ont
joué
aux
rock-stars :
mangeant,
buvant,
baisant
sans
fin.
Un
jour,
on
s’est
rendu
compte
qu’aucun
texte
ne
paraissait.
Ca
a
énervé
les
payeurs.
Des
plaintes
ont
été
déposé.
Vasconcelos
et
Klein
ont
fait
la
Une
des
magazines :
des
escrocs,
la
honte
de
leur
noble
profession.
Les
intellectuels
se
sont
écharpés
autour
de
leur
cas.
Des
livres,
des
films
ont
vu
le
jour.
Pour
certains,
ils
avaient
dynamité
de
l’intérieur
le
système
pourri
du
gagnant-gagnant
touristique :
je
t’invite,
tu
m’encenses.Ultime
touche
de
mystère :
la
fin
tragique
des
deux
gandins
qui
voulaient
voir
la
vie
comme
une
partie
de
plaisir
loin
des
figures
imposées
du
quotidien :
Meurtres
ou
suicides :
chacun
ses
goûts.
Montaigu
ne
choisit
pas :
« Peu
importent
les
livres,
les
voyages :
on
en
revient
toujours
au
même
point.
Et
la
seule
gloire
qui
nous
est
échue
est
celle
d’avoir
essayé
quand
bien
même
nous
savions
que
tout
était
vain
et
perdu
d’avance. »
On
le
voit,
Montaigu est
un
lointain
petit
cousin
des
dandys
de
la
bande
à
Vadim.
Il
a
le
goût
des
titres
qui
claquent
au
vent,
un
style
chic
et
dilettante
comme
un
costume
de
lin
froissé,
au
petit
matin,
un
jour
d’été.
Il
nous
offre,
avec
Zanzibar,
un
roman
de
soleil
pâle,
de
fugue
et
de
mélancolie
sur
le
rebord
des
tombes.
Tout
ce
que
nous
aimons,
pour
matadorer
l’hiver.
Thibault de
Montaigu, Zanzibar, Fayard,
2013
Papier paru dans Causeur Magazine, février 2013
mardi 15 janvier 2013
Les sortilèges de Simon Liberati
Pour bien commencer l'année, on a lu Simon Liberati et on en parle dans Causeur Magazine, ce mois-ci ...
C’est un livre improbable, de ceux qui plaisent aux derniers esthètes, permettent de se perdre entre les lignes et de se retrouver. Quand chacun ne jure que par le roman calibré, Simon Liberati prend le chemin des fugues. 113 études de littérature romantique est ce que Montherlant appelait un « machin ». Ca tient du journal intime, des journées de lecture, du carnet de notes, de la poésie en prose, des études savantes. Dans le désordre précis de sa mémoire, Liberati retrouve pourtant, sur presque 500 pages, tous les charmes précieux d’Anthologie des apparitions, Nada exist, L’Hyper Justine et de Jayne Mansfield 1967, prix Fémina 2011. Pour les approcher, on a envie de lister ses titres de chapitre : « Brummel en Normandie », « Rêverie sur la Revue d’études latines », « California girls », « Elégances négligées » ou, le plus beau, « Vendredi 16 décembre 2011 – 10h45 hôtel Hermitage – Monte Carlo ». On recopie également, au hasard, des phrases qui touchent : « La mythologie moderne contient des épisodes fameux et d’autres plus secrets qu’il faut aller chercher dans les biographies, la presse à scandale, les télévisions spécialisées. Prenons les divinités féminines du dernier rang, les héroïnes de mythes locaux, de légendes urbaines à qui aucune histoire sérieuse ne rendra culte. Il s’agit de petits cultes privés, de santeria, de palo mayombe à usage quasi familial. »
Tout l’art de Liberati tient dans
cette langue, à la fois très classique et absolument moderne.
Funambule dandy sur le fil de ses souvenirs, il nous ouvre des portes
donnant sur autant de petites histoires à faire rêver, à faire
peur. On se croirait dans un manoir hanté. Il y a des chambres à
Saint-Tropez et des maisons de famille à la campagne, du name
droping décadent et des digressions lumineuses sur des
écrivains oubliés, des actrices assassinées et des putains de
Babylone, des exorcistes et des enchanteurs. Paul Léautaud revient
souvent : son Journal littéraire
est pris et repris ; le Journal inutile
de Paul Morand aussi. Un personnage, le Fantôme, ressemble beaucoup
à Jean-Jacques Schuhl. Liberati et lui dialoguent des choses intimes
de la vie et de Marcel Proust. Lentement, le temps retrouve des
couleurs passées qu’illuminent les silhouettes nues et bronzées
de Traci Lords, dans un film interdit, et de Jackie Kennedy-Onassis,
sur une plage grecque. De vieux numéros du Nouveau
Détective traînent par terre à l’heure où
les dealers se pointent. Un poème de Paul-Jean Toulet évoque la
nuit sur les trottoirs de Paris.
La nuit, justement, Liberati nous y
fait voyager. On croise Francis Scott et Zelda Fitzgerald, fous et
amoureux, une adolescente manouche dans un train, la Nadja de Breton
et même « une ordure biscornue »,
Lucien Rebatet, sauvé de l’exécution parce qu’il s’appelait
parfois François Vinneuil et signait, dans Spectacle
du Monde, des
éloges de Visconti, Le Guépard
et Les Damnés. La nuit, on
se replonge dans 113 études
de littérature
romantique, sans omettre la sinueuse merveille
finale - l’Index des personnes, personnages, figures, marques,
lieux, œuvres et périodiques cités -, histoire de laisser infuser
sans fin les sortilèges de Liberati en attendant, un jour, la
parution d’un bijou érotique d’été : Le
soleil noir
de Nikki
Beach.
Simon Liberati, 113
études de
littérature romantique,
Flammarion, 2013.
Papier paru dans Causeur magazine, janvier 2013
vendredi 28 décembre 2012
Les godelureaux des lettres
C’est
le mot qui passe : à l’heure où Bernard Pivot twitte,
Nicolas Bedos et Nicolas Rey ne seraient pas sérieux. Le genre à
affoler les étudiantes, passer des soirées frivoles, célébrer les
amours dilettantes et le temps des copains. Ne pas en parler, donc,
dans les colonnes sévèrement tenues par les « professionnels
de la profession »
littéraire.
Pour
exciter encore plus les jaloux, Bedos et Rey s’affichent sur les
plateaux télé, chroniqueur ou invité vedette, parfois même sur
grand écran. Ils pourraient d’ailleurs sortir des Godelureaux,
un Chabrol millésime 61, où des gandins troussent leur vie avec
légèreté et provocation.
Aggravant
leur cas, ils écrivent aussi dans les journaux des papiers forcément
superficiels. Longtemps, Nicolas Rey en a profité pour signer de
beaux portraits d’actrices de Brisseau ou de traductrices de
Dorothy Parker. Nicolas Bedos, lui, tient dans Marianne
son Journal d’un mythomane
où il castagne Copé, suit Jean Dujardin à Hollywood, envoie des
fleurs à Anne Sinclair et Laure Sainclair. Dernièrement, il a salué
L’Amour est déclaré,
« le
formidable roman de la gueule de bois »
de Nicolas Rey : « Françoise
Sagan n’est donc pas morte, puisque Nicolas Rey revit. »
Bedos
a raison : L’Amour est déclaré
est un joli texte à l’imparfait, feuilles arrachées au temps.
Rey, après avoir énuméré ses défaites de l’alcool dans Un
léger passage à vide,
nous raconte sa vie de Patachon grisonnant et fragile. Une Maud
sensuelle, fille d’un acteur célèbre, apparaît. Un psychanalyste
et un agent déjanté sont de la partie. Michel Platini et John
McEnroe, aussi. Un père parle à son fils. Ca hésite entre la
passion et la retenue, trouvant son parfait déséquilibre.
Bedos
a raison, encore, quand il vante, d’une parenthèse, les mérites
du premier volume de son propre Journal,
paru en 2011 :
« Lis-le, ça peut
changer ta vie. »
Dans Marianne,
d’ailleurs, Bedos est désormais le seul à avoir raison,
c’est-à-dire à avoir du style. Une année
particulière, deuxième
tome de son Journal, en apporte la preuve, par-delà les figures
imposées de l’actualité- ce gros mot – et quelques facilités.
D’une zébrure de plume, Bedos offense une blonde diaphane et
blessée : « Euthanasie
ta mère et termine ton bouquin. »
Il saisit, sur le vif et par la grâce de dialogues au couteau, les
affres d’une campagne présidentielle. Il défend Patrick Besson,
coupable d’avoir mis l’accent sur Eva Joly. Il peut surtout
suivre les méandres de sa ligne de cœur, l’appeler Pom, et offrir
des phrases qui, quelle que soit la saison, touche pleine cible
mélancolique : « Je
me balade, seul, dans cette maison bondée de fantômes de mes amours
ratées […] Je
revois chacune d’entre elles, à quelques années d’intervalle,
débarquant début juillet par la même baie vitrée, sur la même
terrasse, une valise d’enthousiasme à la main
[…] Je revois C. me
quitter dans le jardin, N. m’engueuler près des rochers, E.
s’endormir sur le hamac et ma Pom adorée planter du basilic à
deux heures du matin. Pour vous, c’est quelques lettres dans une
chronique bavarde, pour moi, c’est un carambolage de vies, un
mille-feuilles de gonzesses remariées qui font de ce paradis un
cimetière sentimental
[…] Demain, elles me
poursuivront sans doute jusque sur la plage (E. qui dit « fuck »
au soleil sous son large chapeau de paille, C. qui se calcine à
coups de monoï et Pom, seins nus dans l’eau glacée). J’aurais
beau nager, nager vers le large, elles m’accompagneront. Au fond,
je suis resté fidèle à toutes les femmes que j’ai trompées. »
C’est le
problème avec les têtes à claques : ils écrivent mieux qu’un
Goncourt de l’année ou qu’une recalée du prix Décembre.
Nouveau mot à faire passer : littérature pas morte, talent non
plus, les godelureaux Bedos et Rey cisèlent la langue française.
Nicolas Bedos, Une année
particulière, Robert Laffont, 2012
Nicolas Rey, L’amour est
déclaré, Au Diable Vauvert, 2012
Papier paru dans Causeur magazine, décembre 2012
Une âme damnée, Paul Gégauff, c'est (presque) fini ...
Avant de prendre le large, plein ouest et au coeur des montagnes de Savoie, on se dit que, décidément, notre Gégauff, Une âme damnée, a eu pendant plus de trois mois le plus beau des accueils. L'excellent Paul Vacca - lire sa Société du Hold-up (Mille et une nuits) - nous apprend que ce n'est pas fini : quelques mots devraient encore être consacrés à notre flânerie, en janvier, dans La Revue des Deux Mondes. On n'oublie pas, non plus, et on aime bien réécouter la chronique de Lisa Vignoli, la plus talentueuse journaliste de Marianne, sur Le Mouv' : http://www.lemouv.fr/diffusion-desir-sur-l-ecran
On va pouvoir maintenant laisser infuser les mots de demain, continuer à boire des bouteilles d'exception avec miss K, au Cornichon et au Jeu de quilles, avec notre ami Leroy aussi, on va lire Simon Liberati - 113 études de littérature romantique (Flammarion)- et Thibault de Montaigu - Zanzibar (Fayard) - et puis on est très heureux, surtout, d'éditer, chez Ecriture, le nouveau roman de Franck Maubert : Ville Close. Franck, qui a reçu le prix Renaudot Essai 2012 pour son Dernier modèle, est un dandy, un homme délicat, un exquis compagnon de bonnes tables et un grand écrivain à la plume mélancolique. Ville Close, dont la couverture est illustrée par Pierre Le Tan, sort le 8 janvier :
mercredi 12 décembre 2012
Quand Naulleau parle d'Une âme damnée et de Paul Gégauff, c'est dans Paris-Match
On avait aimé les mots de Beigbeder dans le FigMag, saluant Gégauff et notre Ame damnée, on aime ceux de Naulleau dans Paris-Match. Son papier est titré : "Diable d'homme". On l'illustre, ici, d'un cliché oldscoule, et par le trou de la serrure, de Bernadette Lafont.
Scénariste pour René Clément (« Plein soleil ») ou Claude Chabrol (« Que la bête meure »), modèle du tueur en cavale interprété par Belmondo dans « A bout de souffle », auteur d’une poignée de romans salués par Nimier, poète à découvrir, dandy milieu de siècle, anar de droite et de gauche, intime de Maurice Ronet et copain de Johnny (qui a dit de lui : « C’est l’homme qui m’a fait le plus rire et le plus pleurer de ma vie »), il se nommait Paul Gégauff. Sa trajectoire de feu follet s’interrompit quelque part en Norvège, durant la nuit de Noël 1983, lorsqu’il fut poignardé par sa compagne et quitta la rubrique cinéma pour celle des hommages posthumes : «
C’est ainsi que je le vois, mi-poète, mi-fou, égoïste et vulnérable à la façon des enfants, avide d’aventures et de plaisirs, curieux, atteint de tous les dons mais, finalement, d’une grande rigueur intellectuelle dans les désordres de la vie. » Oraison signée Roger Vadim dans les pages de Paris Match. Cerner pareil personnage, qualifié de « Brian Jones de la profession » par Bernadette Lafont et de « libertin du XVIIe siècle » par Jérôme Lindon, relevait en soi de l’exploit littéraire. Avec « Une âme damnée », Arnaud Le Guern, décidément inspiré par les irréguliers (on lui doit des textes sur Jean-Edern Hallier et Richard Virenque), fait mieux encore.
A l’évocation d’une carrière où la désinvolture le disputait à l’efficacité – plus d’une quarantaine de films au compteur en qualité de dialoguiste, scénariste, adaptateur, interprète ou réalisateur, au portrait d’un homme tissé de contradictions assumées, libre en un mot, à la résurrection d’une époque dont la nostalgie touche même, et peut-être surtout, ceux qui ne l’ont pas connue, l’auteur mêle le récit de ses propres amours, une célébration du cour-cheverny de chez Villemade et des nuits passées à guetter l’aurore sur un tabouret de bar.
Bref, notre biographe (lequel réfute ce mot) se laisse envahir, mais jamais submerger, par son sujet : « J’écris sur Gégauff comme il écrivait ses scénarios, ses dialogues. Je commence par ne rien faire, pendant longtemps. […] Je déstructure les journées, matinées légères et non grasses, heures suspendues. D’un baiser, je sors de la nuit, je goûte l’aube sur les lèvres de miss K. Je la regarde choisir des étoffes que j’aime, tracer dans la ville endormie. Je sniffe l’air encore froid par la fenêtre. » Une fois la dernière page tournée, le critique se prend à hésiter. Aller dénicher sur les quais un exemplaire des « Mauvais plaisants », paru aux Editions de Minuit en 1951 ? Se procurer la filmographie intégrale de notre homme, chefs-d’œuvre et nanars confondus ? Plutôt relire « Une âme damnée », l’affaire d’une heure ou deux, le temps d’une parenthèse enchantée où « la vie, finalement, ressemble à un film de Rohmer dialogué par Gégauff ».
Scénariste pour René Clément (« Plein soleil ») ou Claude Chabrol (« Que la bête meure »), modèle du tueur en cavale interprété par Belmondo dans « A bout de souffle », auteur d’une poignée de romans salués par Nimier, poète à découvrir, dandy milieu de siècle, anar de droite et de gauche, intime de Maurice Ronet et copain de Johnny (qui a dit de lui : « C’est l’homme qui m’a fait le plus rire et le plus pleurer de ma vie »), il se nommait Paul Gégauff. Sa trajectoire de feu follet s’interrompit quelque part en Norvège, durant la nuit de Noël 1983, lorsqu’il fut poignardé par sa compagne et quitta la rubrique cinéma pour celle des hommages posthumes : «
C’est ainsi que je le vois, mi-poète, mi-fou, égoïste et vulnérable à la façon des enfants, avide d’aventures et de plaisirs, curieux, atteint de tous les dons mais, finalement, d’une grande rigueur intellectuelle dans les désordres de la vie. » Oraison signée Roger Vadim dans les pages de Paris Match. Cerner pareil personnage, qualifié de « Brian Jones de la profession » par Bernadette Lafont et de « libertin du XVIIe siècle » par Jérôme Lindon, relevait en soi de l’exploit littéraire. Avec « Une âme damnée », Arnaud Le Guern, décidément inspiré par les irréguliers (on lui doit des textes sur Jean-Edern Hallier et Richard Virenque), fait mieux encore.
A l’évocation d’une carrière où la désinvolture le disputait à l’efficacité – plus d’une quarantaine de films au compteur en qualité de dialoguiste, scénariste, adaptateur, interprète ou réalisateur, au portrait d’un homme tissé de contradictions assumées, libre en un mot, à la résurrection d’une époque dont la nostalgie touche même, et peut-être surtout, ceux qui ne l’ont pas connue, l’auteur mêle le récit de ses propres amours, une célébration du cour-cheverny de chez Villemade et des nuits passées à guetter l’aurore sur un tabouret de bar.
Bref, notre biographe (lequel réfute ce mot) se laisse envahir, mais jamais submerger, par son sujet : « J’écris sur Gégauff comme il écrivait ses scénarios, ses dialogues. Je commence par ne rien faire, pendant longtemps. […] Je déstructure les journées, matinées légères et non grasses, heures suspendues. D’un baiser, je sors de la nuit, je goûte l’aube sur les lèvres de miss K. Je la regarde choisir des étoffes que j’aime, tracer dans la ville endormie. Je sniffe l’air encore froid par la fenêtre. » Une fois la dernière page tournée, le critique se prend à hésiter. Aller dénicher sur les quais un exemplaire des « Mauvais plaisants », paru aux Editions de Minuit en 1951 ? Se procurer la filmographie intégrale de notre homme, chefs-d’œuvre et nanars confondus ? Plutôt relire « Une âme damnée », l’affaire d’une heure ou deux, le temps d’une parenthèse enchantée où « la vie, finalement, ressemble à un film de Rohmer dialogué par Gégauff ».
samedi 17 novembre 2012
Quand Frédéric Beigbeder parle d'Une âme damnée : Gégauff est le Hussard de minuit
Notre plaisir de cette fin de semaine : les mots de Frédéric Beigbeder, dans sa chronique du Figaro Magazine, sur Une âme damnée et Paul Gégauff. Sur la photo ci-dessus, Frédéric est accompagné d'un autre dandy de la Cote Basque : le "philosophe sans qualités" et surfeur stylé, Frédéric Schiffter. La photo provient d'ailleurs du blogue dilettante, balnéaire et sexy de Schiffter : http://lephilosophesansqualits.blogspot.fr/. Les mots de Beigbeder, c'est ici :
"Arnaud Le Guern s'est pris de passion pour Paul Gégauff, après Jean-Edern Hallier (Stèle pour Edem, 2001). Il l'admire pour de mauvaises raisons, mais lit-on pour de bonnes ? Une génération perdue succède à l'autre... et la nouvelle se cherche des modèles parmi les morts qui la précèdent. Paul Gégauff (1922-1983) : scénariste inégal, romancier méconnu, fêtard extravagant et séducteur assassine. Sa vie semble fasciner Le Guem davantage que son œuvre. Cet esprit impertinent fut tué par sa petite amie de trois coups de couteau, en Norvège, le soir de Noël 1983. Il faut dire qu'il l'avait bien cherché : « Tue-moi si tu veux, disait-il, mais arrête de rn 'emmerder. » Certaines phrases ne se prononcent pas à la légère.
Arnaud Le Guern a retrouvé la meurtrière, aujourd'hui quinquagénaire et nostalgique... C'est un des moments les plus émouvants de son portrait. Burroughs et Althusser ont tué leur femme, mais je ne connais pas d'autres écrivains assassinés par leur épouse (à part Pasolini) (non je déconne). Gégauff savait qu'il finirait mal. Il se déguisait en nazi dans les surprise-parties bien avant Sid Vicious et le prince Harry d'Angleterre. Il était un Pascal Jardin en plus alcoolique, drogué et misogyne. Son caractère flamboyant et excentrique manque à notre époque. Il publia quatre romans saganiens aux Editions de Minuit dans les années 50, rata son unique long-métrage (Le Reflux),mais donna des dialogues géniaux à seize films de Claude Chabrol, deux d'Eric Rohmer et à Plein soleil de René Clément. Ses facéties, sa liberté de ton, sa folie inspirèrent le Michel Poiccard d'A bout de souffle de Godard (interprété par son ami Belmondo). Il joua des petits rôles chez Vadim, quand Vadim était au sommet de sa gloire. Il fut un feu follet, comme son ami Maurice Ronet. Il troussait des phrases cyniques de libertin désespéré à la Vailland : « Toutes les femmes sont laides dès qu'on n'en a plus envie, et le monde est rempti de jolies filles devenues laides pour un homme qui a cessé de les aimer. »
Arnaud Le Guern aussi a du style : « il organise des fêtes où la débauche est une muse », « les quais de Seine sont le territoire des délaissés de l'aube ». Son livre est allègre comme celui de Frédéric Martinez sur Paul-Jean Toulet. Il donne envie de revoir ces films insolents : Les Bonnes Femmes, Les Godelureaux, Les Biches... et de lire Les Mauvais Plaisants ou Une partie de plaisir, les romans d'un homme qui se disait de droite par provocation. Une manie qui pourrait bien revenir à la mode."
Figaro Magazine, le 16/11/2012
dimanche 11 novembre 2012
Une âme damnée, Paul Gégauff : ne pas oublier Bertrand de Saint-Vincent
On a évoqué les derniers papiers parus sur Une âme damnée et Paul Gégauff. On avait oublié de citer un petit bijou signé Bertrand de Saint-Vincent qui, dans son texte, mêle notre flânerie et Patrick Modiano. C'est dans Le Spectacle du Monde d'octobre et c'est ici :
"Par coïncidence, paraît au même moment (que L'Herbe des nuits) le récit de la vie d'Une âme damnée, Paul Gégauff, personnage sombre dont les fêlures font songer à l'univers de Modiano. Cet irrégulier, "terriblement doué, mais socialement peu compatible", confia Claude Chabrol dans ses Mémoires posthumes, fut poignardé le 25 décembre 1983 par sa jeune compagne. Egoïste, paresseux, provocateur, cet ami de Maurice Ronet, scénariste de Chabrol, Rohmer, René Clément cultiva jusqu'à l'excès une mauvaise réputation d'alcoolique mysogine et de salaud facho : "C'était un homme de l'amer, des paysages, un buveur, un amant des Lolitas et des femmes fatales", écrit Arnaud Le Guern. D'une plume légère et dansante, semblable à la fumée de la cigarette que son modèle arbore en couverture, ce vagabond littéraire a "braconné autour de sa silhouette et de ses mots" : "Gégauff est ma Dora Bruder", clame-t-il. Une herbe folle dont il dédie cette élégante et nonchalante peinture à la femme de sa vie, Miss K, qui, dans sa chambre de l'Hotel Flaubert, à Trouville, lit Claire, de Jacques Chardonne."
"Par coïncidence, paraît au même moment (que L'Herbe des nuits) le récit de la vie d'Une âme damnée, Paul Gégauff, personnage sombre dont les fêlures font songer à l'univers de Modiano. Cet irrégulier, "terriblement doué, mais socialement peu compatible", confia Claude Chabrol dans ses Mémoires posthumes, fut poignardé le 25 décembre 1983 par sa jeune compagne. Egoïste, paresseux, provocateur, cet ami de Maurice Ronet, scénariste de Chabrol, Rohmer, René Clément cultiva jusqu'à l'excès une mauvaise réputation d'alcoolique mysogine et de salaud facho : "C'était un homme de l'amer, des paysages, un buveur, un amant des Lolitas et des femmes fatales", écrit Arnaud Le Guern. D'une plume légère et dansante, semblable à la fumée de la cigarette que son modèle arbore en couverture, ce vagabond littéraire a "braconné autour de sa silhouette et de ses mots" : "Gégauff est ma Dora Bruder", clame-t-il. Une herbe folle dont il dédie cette élégante et nonchalante peinture à la femme de sa vie, Miss K, qui, dans sa chambre de l'Hotel Flaubert, à Trouville, lit Claire, de Jacques Chardonne."
samedi 10 novembre 2012
En novembre, Une âme damnée et Paul Gégauff bougent encore ...
On était un peu ailleurs ces derniers temps. Il y avait l'océan, la campagne, le vent violent, la pluie et ce soleil pâle qui, toujours, nous touche au plus près. Le jour des morts, c'est au Conquet, extrême fin de la terre, que nous avons acheté Libération. Dans les pages "Livres", le très talentueux Antonin Iommi-Amunategui qui, quand il écrit, parle de nos amis Leroy et Lapaque, et qui aime la bonne chère et les bons vins, signe un papier classieux sur Une âme damnée :
"Arnaud Le Guern, 36 ans, a composé ce livre nyctalope, entre balade biographique, autour d’un homme disparu en 1983, délicieusement méconnu, Paul Gégauff, et digressions personnelles. Lui-même, Le Guern, buveur exigeant de livres et de films «oldscoule», écrivain presque jeune, demi-dandy paumé en 2012, soupèse sa vie en regard de celle de Gégauff. Pas évident, quand Paul Gégauff a été le scénariste de Chabrol, de Rohmer, de Schroeder, l’ennemi goguenard de Truffaut (à qui il aurait directement inspiré le personnage principal d’A bout de souffle, écrit par Truffaut avant d’être tourné par Godard, autre bon copain de Gégauff). Que la bête meure et Plein soleil, c’est encore Gégauff ; cet homme pour qui Sagan ou Vadim avaient beaucoup d’estime, des amitiés particulières. Et que même un Johnny Hallyday appelait son «maître à penser». Gégauff qui jouait du piano pour Mick Jagger ou Marlon Brando. La liste est longue comme les jambes de Caroline Grimaldi, l’autre princesse de Monaco, que Gégauff refusera de draguer un soir, parmi d’autres.
Gégauff a ainsi frayé avec deux ou trois cliques fameuses, qu’il semblait dominer pourtant, et écrit des livres, des films ; il les écrivait très vite, pour pouvoir se consacrer à la vie, aux mille instants. Sans cesse «défaire l’immonde sur un coin de table». Pratiquant «un dandysme de fin du monde», il était surtout de ces rares nostalgiques du présent, «le bel aujourd’hui qui raye de sa mémoire les flamboyants et les insoumis». Ce présent sans éclat, que Gégauff s’échinait à bousculer, à électriser au moindre mot. A la manière d’un clown imprévisible, grossier avec talent, trop intelligent pour être triste. Quitte à passer parfois pour fou, fasciste, ou tout ce qu’on voudra. Quand 1968 bat le pavé, Gégauff écrit plutôt des scénarios de «révolution dans les chambres à coucher». Jamais dans le rang, quel qu’il soit, il préfère le plaisir au bonheur, fût-il collectif. Il est de cette «race de desperados n’ayant que mépris et coups tordus à jeter en pâture à [son] époque». Dernier anarchiste, dernier Mohican ? Homme libre, en fait, irrespectueux par principe. «Il est comme le ver dans le fruit de cette société délicieusement pourrie : à l’aise mais pas dupe.» Et surtout vivant, au point de se faire, enfin, à 61 ans, poignarder trois fois par son épouse de 25 ans, à qui il venait de donner un enfant. Bien sûr, il en meurt : il fallait ce finale, à hauteur de comète, comme le bonhomme.
D’ailleurs, une société moins lisse donnerait peut-être son nom à quelque ruelle. Voire à tout un boulevard. Pour l’emmerder un peu, Gégauff, le charrier à son tour, tendrement. Et parce que «la vie, finalement, ressemble à un film de Rohmer dialogué par Gégauff». Pas pour tout le monde, certes. Il n’empêche, «l’important, c’est la parole vivante, c’est le style». Et la vie de Gégauff, généreusement servie par Le Guern, déborde le livre, rappelle toutes nos monotonies à l’ordre, les éclabousse de puissantes couleurs. On risque d’être touché."
On a lu et relu Amunategui et puis on n'a pas oublié que, avant, il y avait eu un sourire très chic d'Elisabeth Quin dans son Agenda du Figaro Madame, un long texte de Laurence Biava sur La cause littéraire (http://www.lacauselitteraire.fr/una-ame-damnee-paul-guegauff-d-arnaud-le-guern.html), la langue précise de Bernard Morlino faisant, sur son blogue http://www.blogmorlino.com/, d'Une âme damnée "Un presque chef d'oeuvre", notre camarade Philippe Lacoche dans Le Courrier picard (http://blog-picard.fr/dessous-chics/non-classe/le-dandy-surdoue-du-cinema/), un Choix de Valeurs Actuelles (http://www.valeursactuelles.com/culture/guide-livres/une-%C3%A2me-damn%C3%A9e-d%E2%80%99arnaud-guern20121011.html) par Alfred Eibel ou encore des recensions très sympathiques sur Sens Critiques (http://www.senscritique.com/livre/Une_ame_damnee_Paul_Gegauff/8193708/critiques), Fury Magazine (http://www.furymagazine.fr/article-odd-111357710.html) et Senior Evasion (http://www.seniorevasion.fr/coups-coeur-coups-gueule/2012/11/01/une-%C3%A2me-damn%C3%A9e).
On les remercie tous, infiniment, pour leur salut à Gégauff et à notre flânerie. Et on remercie aussi un(e) certain(e) Agathe de Lastyns qui, sur Le Con Littéraire, nous fait la leçon pour une coquille et pour n'avoir pas écrit le livre que, elle ou lui, souhaitait lire : http://www.lelitteraire.com/?p=3471 Au boulot, donc, Agathe : troquez votre bic de plomb de critique pour rédiger la biographie gégauvienne de vos rêves sévères et tristes.
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