samedi 22 septembre 2012

Une âme damnée, Paul Gégauff, une semaine après ...

On ne savait pas trop à quoi s'attendre pour Une âme damnée. Tout le monde ne s'intéressait qu'à Richard Millet et Christine Angot et personne ne connaissait Paul Gégauff. On a donc été très heureux d'entendre Eric Naulleau parler à merveille de notre flânerie, de miss K et des nuits parisiennes dans Ca balance à Paris. Il paraîtrait par ailleurs qu'un article, signé Naulleau, est dans les tuyaux de Paris-Match. Nous verrons. L'Express, sous la plume de Jérôme Dupuis, a été le premier des niouses magazines à dégainer : un long papier, une belle photo, quelques erreurs - le scénariste Raoul-Duval s'appelle Roland Duval - et une réserve ("une ferveur un peu excessive par endroits"). c'est à (re)lire ici : http://www.lexpress.fr/culture/livre/une-ame-damnee-paul-gegauff_1162001.html. Autres réserves, sur le blogue de L'Editeur singulier : la couverture et, surtout, le fait que le livre n'a pas été publié chez lui. On se souvient d'un excellent déjeuner au Comptoir du relais avec L'Editeur singulier, JCN, arrosé de Cheverny blanc de chez Villemande. C'était charmant et plein d'esprit. JCN avait très bien lu ce Gégauff et fait part de son envie d'en être l'éditeur. On lui avait répondu que nous étions sur le point de signer avec une autre maison et que nous lui donnerions notre réponse une semaine plus tard. Ce qui a été fait : Une âme damnée paraîtrait chez l'excellent Pierre-Guillaume de Roux. On peut comprendre une certaine déception de JCN. Il est par contre faux de dire que le livre lui a "curieusement filé sous le nez" : http://lediteursingulier.blogspot.fr/#!/2012/09/une-ame-damnee-paul-gegauff-arnaud-le.html. Alors que nous déjeunions avec Franck Maubert à l'Ami Chemin, Paris 14e, nous apprenions que, contrairement à Franck pour son mélancolique Dernier modèle (Mille et une nuits), une sélection au Renaudot essai nous échappait d'un rien. Peu importe puisque, grâce à Roland Jaccard, Une âme damnée obtient le prix Chabrol 2012. Pour en savoir plus sur les âpres délibérations, c'est ici (http://www.causeur.fr/rentree-litteraire-les-prix-que-jattribuerais,19135#)  et là : http://www.rolandjaccard.com/blog/?p=3189. On signale toutefois une petite erreur à Roland : Alain Bonnand ne peut pas avoir obtenu le prix Albert Londres pour Le Testament syrien (Ecriture). A la rigueur, le prix Gainsbourg : le petit homme à la tête de chou, c'est lui. L'homme élégant, en effet, ne s'appelle pas Bonnand, mais Frédéric Schiffter - philosophe sans qualités, surfeur et dandy de l'HP - qui nous envoie une carte postale sentimentale et stylée, "A la recherche du cinéma d'avant" : http://lephilosophesansqualits.blogspot.fr/2012/09/a-la-recherche-du-cinema-davant.html. L'élégance est aussi la parure de notre ami Jérôme Leroy : qu'il tienne avec nous le comptoir du Jeu de quilles, meilleur table de la rue Boulard et de Paris, invité sur le vif par les tauliers Benoït Reix et Guillaume Clauss, trinquant avec des vignerons et des vivants hors-normes jusque tard dans la nuit ; qu'il lise, sur une terrasse matinale, la chronique de Patrick Besson dans Le Point ; que nous le prenions en photo, lors d'un coquetèle tristounet, à côté de Reinette, héroïne de Rohmer (http://feusurlequartiergeneral.blogspot.fr/2012/09/reinette-et-jerome-mais-sans-mirabelle.html) ; ou qu'il salue, une nouvelle fois, notre flânerie gégauvienne : http://feusurlequartiergeneral.blogspot.fr/2012/09/piqure-de-rappel-une-ame-damnee-darnaud.html. De la même manière, on est aux anges et aux diables quand on lit les mots de Christian Authier dans L'Opinion indépendante. C'est un régal de délicatesse et de précision - ce qui n'étonnera aucun des lecteurs des romans de Christian, notamment son dernier : Une certaine fatigue (Stock) - que l'on peut retrouver sur le site de Pierre-Guillaume de Roux, dans la revue de presse d'Une âme damnée : http://www.pgderoux.fr/fr/Livres/Une-ame-damnee-Paul-Gegauff/51.htm. On a apprécié également, cette semaine, la chronique d'Alexandre Le Dinh, sur le magazine onlaïne De Nécessité Vertu, qui commence par "C'est le livre le plus chic du moment" : http://www.denecessitevertu.fr/2012/09/19/une-ame-damnee-paul-gegauff-darnaud-le-guern-2/. On nous a dit, enfin, que Frédéric Beigbeder a parfaitement présenté Une âme damnée et Paul Gégauff à la fin du Cercle Cinéma, sur Canal Plus Cinéma, ce vendredi 21. On n'a pas pu voir l'émission mais on ne doute pas de la qualité de l'évocation : Frédéric est un homme de goût et le marquis de Verdiani était de la partie.

vendredi 21 septembre 2012

De quoi les "Hussards" sont-ils le nom ?

Dans Causeur Magazine de septembre, notre texte autour de Nimier et des "Hussards" a été quelque peu charcuté, une grossière erreur s'ajoutant par ailleurs : Le Grand d'Espagne de Nimier n'étant en rien, évidemment, un roman. On publie ici la version originale de notre papier :

Le drame appartient à la légende des années 60, époque où il était recommandé de cramer sa vie en roulant trop vite dans des bolides toujours plus rapides. Nous sommes le 28 septembre 1962. Roger Nimier meurt dans un accident de voiture. A ses côtés, la blonde romancière Sunsiaré de Larcône. Ils se rendaient dans la maison de campagne de la famille Gallimard, éditeur pour lequel Nimier oeuvrait. Roger et Sunsiaré n’arriveront jamais à destination. Ils se retrouveront dans les pages de Paris-Match, cadavres extirpés de la tôle froissée de l’Aston Martin DB4. Nimier, ailleurs, a droit à quelques nécrologies fielleuses : il a eu ce qu’il méritait, il se suicidait à grand feu, en « Hussard » qu’il était.
Des écrivains dégagés
Les « Hussards », justement, quelle affaire. Pour certains, ils existent ; pour d’autres, ce n’est qu’une invention de Bernard Frank. En 1952, Frank est un des factotums de Jean-Paul Sartre. Dans Les Temps modernes, il sonne la charge contre une poignée d’écrivains que, « par commodité », il nomme « fascistes » : Roger Nimier, Jacques Laurent et Antoine Blondin – Michel Déon venant s’ajouter plus tard à la fine équipe. Leurs torts sont multiples : ils aiment la vitesse, l’alcool et les jeunes filles ; ils n’écrivent que pour divertir ; ils ont un certain succès ; ils sont de droite. Si Frank se moque, en dilettante, de cet art de vivre qui est d’ailleurs le sien, Sartre a des comptes à régler. Jacques Laurent l’a épinglé dans Paul et Jean-Paul, un pamphlet qui a fait rire et fait mouche. Assimiler le penseur révolutionnaire à Paul Bourget, incarnation XIXe de la bien-pensance bourgeoise : une horreur. Nimier, Laurent et Blondin seront donc infréquentables : des « Hussards » - Nimier a publié Le Hussard bleu – et des fascistes, puisqu’ils lisent des écrivains honnis tels que Morand, Montherlant et Chardonne et que leurs romans mettent en scène des miliciens, des femmes légères, des gandins à l’idéologie floue.
Une certaine idée du style
Les ouvrages qui paraissent, à l’occasion du cinquantenaire de la mort de Nimier, apportent la plus belle des réponses à Sartre. La littérature n’est ni de droite ni de gauche : elle est le style, autre nom de la pensée qui braconne sur le fil des mots. Le style : Nimier, Laurent, Blondin, Déon en ont, chacun selon son art ; Sartre n’en a pas. Il faut lire, dans le Cahier de l’Herne consacré à Nimier, le texte de Gérard Guégan, homme qui n’a jamais oublié la rage à son cœur « rouge ». Il raconte sa découverte de Nimier – Le Grand d’Espagne - à l’ombre des bastons l’opposant à l’extrême-droite des sixties : par-delà les coups de barre de fer, la littérature considérée comme un mot de passe entre ennemis. Alain Dugrand, qui signa longtemps les meilleurs papiers de Libération, ne dit pas autre chose dans sa contribution : « Fasciste, disaient-ils ». Qu’il s’agisse du Cahier de l’Herne, de la revue Bordel ou du collectif édité par Pierre-Guillaume de Roux, on espère que ces publications vont permettre une redécouverte des œuvres de Nimier, de Laurent – sous son nom ou sous le pseudo de Cecil Saint-Laurent - et de Blondin, mais encore d’écrivains qui partageaient avec eux une passion de la langue française à l’assaut, à la caresse : Jacques Perret, Stephen Hecquet, Pierre Boutang, Pol Vandromme ou Philippe Héduy. Tous écrivaient dans des revues, dans des journaux aux noms enchanteurs : Arts, Opéra ou La Parisienne. En clin d’oeil, sans doute, quelques demoiselles cavalières se jettent à l’eau, ces jours-ci, et publient La Hussarde. Le mot de désordre de leur premier numéro : « Il n’y a pas de femmes artistes ». On a envie de les lire et, aussi, de voir ou revoir les films scénarisés par Nimier, dont parlent Eric Neuhoff dans le Cahier de l’Herne, Alexandre Astruc et Philippe d’Hugues dans  Nimier, Blondin, Laurent et L’esprit Hussard. Infréquentables, les « Hussards » ? Quand ils n’écrivaient pas ou ne charmaient pas de jeunes romancières, ils trinquaient avec Maurice Ronet, Paul Gégauff et Louis Malle. Et, même morts, des plumes comme Christian Authier, Claire Debru, Florian Zeller ou Thibault de Montaigu, sans oublier notre camarade Jérôme Leroy, leurs offrent des mots classieux. On comprend la peine de Jean-Paul Sartre.

Roger Nimier, collectif, Les Cahiers de l’Herne, éditions de l’Herne, direction Marc Dambre
Le Bal du gouverneur, Roger Nimier, éditions de l’Herne
Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent et L’esprit Hussard, collectif, éditions Pierre-Guillaume de Roux, direction Pierre-Guillaume de Roux et Philippe Barthelet
Les Hussards, revue Bordel, éditions Stéphane Million
Il n’y a pas de femmes artistes, revue La Hussarde, n°1, éditions Rue Fromentin

samedi 15 septembre 2012

Une âme damnée, Paul Gégauff, c'est à rapter dès maintenant ...

Depuis le temps qu'on en parle ici et ailleurs, Une âme damnée - Paul Gégauff est enfin dans nos librairies. C'est édité chez l'exquis Pierre-Guillaume de Roux, qui ne publie pas que Richard Millet. C'est une flânerie, un roman, un essai, ce que chacun voudra. On aime décidément beaucoup la visage frondeur de Gégauff sur la couverture :
On aime aussi toujours regarder la photo très BB de Claude Nori, inspiration Frédéric Schiffter, prise au bord de la piscine de l'HP de Biarritz :
On a déjà écrit tout le plaisir pris à la lecture des papiers, consacrés au livre, de Christian Laborde. Celui-là notamment : http://www.pau.fr/magazine/chroniques/20120830_124649
On a apprécié également l'évocation de Gégauff par Christophe Bourseiller, lors de la Matinale de France Musique, le 7 septembre - http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/musique-matin/emission.php?e_id=70000039&d_id=515002372 - et surtout les mots parfaits de Sébastien Le Fol, sur France Culture, dans son Tout feu, tout flamme, le 11 septembre : http://www.franceculture.fr/emission-tout-feu-tout-flamme-de-sebastien-le-fol-tout-feu-tout-flamme-de-sebastien-le-fol-en-part-1
Dans le Figaro littéraire, Sébastien Lapaque a profité du peu de place qu'on donne encore aux écrivains pour parler, avec style, d'Une âme damnée, sous le titre "Gégauff le désinvolte" :

"Qui se souvient de Paul Gégauff (1922-1983), scénariste du Journal d’un scélérat (Rohmer), de Plein soleil (Clément) et des Godelureaux (Chabrol, d’après le roman d’Éric Ollivier), auteur d’une poignée de romans parus chez Minuit ? Homme couvert de femmes, génial touche-à-tout portant sa désinvolture en boutonnière, rebuté par ce qui était fade, attiré par ce qui était âpre, Gégauff a cristallisé la féerie d’une époque d’insouciance souveraine où l’important était de ne pas se laisser impressionner par les longues figures de l’Existentialisme et du Nouveau Roman. Dans un livre aux harmoniques romanesques qui tient à la fois de l’exercice d’admiration et de la dérive amoureuse, Arnaud Le Guern lui rend hommage en l’évoquant comme un grand frère trop tôt disparu. "

Ce samedi 15 septembre, Eric Naulleau fera de notre flânerie son "coup de coeur" de rentrée dans Ca balance à Paris, à 18h15 sur Paris Première. La semaine prochaine, le vendredi 21, Frédéric Beigbeder présentera quant à lui le livre dans Le Cercle, sur Canal Plus cinéma.

dimanche 9 septembre 2012

Eloge littéraire de Florian Zeller

En cette rentrée, Florian Zeller cumulerait de nombreuses tares : il n’a pas écrit un « roman geek », autrement appelé « roman wikipedia », permettant à un barbant Bourmeau de s’extasier sur l’avènement du « non-style » ; il n’est pas non plus Christine Angot, dont la Semaine de vacances (Flammarion) serait « le chef d’oeuvre » du moment selon le même bourreau barbotant de la littérature ; il est l’incarnation du bobo, cette vieillerie ; il plagie Kundera ; pire, il a changé de coupe de cheveux, tignasse blonde désormais aussi lisse, paraît-il, que La jouissance, texte qu’il publie chez Gallimard.
On se souvient avoir acheté, dans une gare, un poche signé Zeller. Ca devait être La fascination du pire ou Les amants du n’importe quoi. Lecture sans grand intérêt, vite oubliée. On a ouvert La jouissance : « L’histoire commence là où toutes les histoires devraient finir : dans un lit. » Nicolas est un apprenti scénariste qui vit avec Pauline, fantasme sur Eva, une jolie Polonaise : l’amour, toujours, ce chien de l’enfer. Il y a de belles évocations d’André Breton et Kubrick, de Jean-Luc Godard et Beethoven. Cioran est également cité à propos de l’événement le plus important de la seconde partie du XXe siècle : le rétrécissement progressif des trottoirs. Une petite fille s’appelle Louise, prénom plaisant. On a envie de souligner des phrases, qui prolongent nos étés, en écoutant Perfect Day de Lou Reed : « Pour l’instant, la voiture roule sur cette nationale ensoleillée, mais on le sait, cela ne pourra pas durer éternellement – viendra le moment où le morceau finira, et où les corps devront fatalement se séparer. » Ou celle-là – que nous envoyons à un ami nous demandant : « Le dernier Zeller, c’est quand même très mauvais ? » : « Serrés l’un contre l’autre, je les vois sur l’embarcadère vide de Sorrento. Ils regardent sans regret le bateau disparaître dans le lointain ; ils prendront le prochain, car rien ne presse, et tout leur appartient – ils ont le présent devant eux. »
Dans une époque où les mots sont pâlots et où Libération titre « Le sexe de l’inceste », lisons Florian Zeller et sa Jouissance, roman imparfait, parfois fumeux quand il tente de raconter l’Europe de l’Après-guerre. Restent une histoire sentimentale à la française, comme un film de Sautet, et une langue qui joue d’une certaine volupté. On se rappelle alors que Zeller a écrit des pièces de théâtre pour Laetitia Casta et Catherine Frot, des chansons pour Christophe et une adaptation télévisuelle d’Un château en Suède de Sagan : que des œuvres réussies. Ce ne serait en rien un argument pour lire son dernier opus ? Si, et on rajoute que sa femme est une actrice charmante : ne jamais faire de peine à Marine Delterme.

Florian Zeller, La jouissance, Gallimard, 2012
Texte paru sur Causeur.fr le 09/09/2012

jeudi 6 septembre 2012

Prix Goncourt, erreur sur la liste


Fatigue de fin de repas, excès de grands crus servis chez Drouant ou plaisanterie potache de la Présidente Edmonde Charles-Roux, la première liste des romans sélectionnés pour le prix Goncourt n’est pas la bonne. Au regard des titres annoncés à la presse, on se doutait qu’il y avait un problème :

Vassilis Alexakis «L'enfant grec» (Stock)
Gwenaëlle Aubry «Partages» (Mercure de France)
Thierry Beinstingel «Ils désertent» (Fayard)
Serge Bramly «Orchidée fixe» (JC Lattes)
Patrick Deville «Peste et choléra» (Seuil)
Joël Dicker «La vérité sur l'affaire Harry Québert» (Fallois)
Mathias Enard «Rue des voleurs» (Actes Sud)
Jérôme Ferrari «Le sermon sur la chute de Rome» (Actes Sud)
Gaspard-Marie Janvier «Quel Trésor !» (Fayard)
Linda Lê «Lame de fond» (Bourgois)
Tierno Monenembo «Le terroriste noir» (Seuil)
Joy Sorman «Comme une bête» (Gallimard)

C’est en lisant les journaux que l’honorable jury s’est rendu compte de sa regrettable erreur. Un communiqué vient d’être envoyé, restituant les noms et les ouvrages des douze heureux nominés, que nous pouvons enfin révéler :

François Marchand « Un week-end en famille » (Le Cherche-Midi)
Christian Authier « Une certaine fatigue » (Stock)
Sébastien Lapaque « La convergence des Alizés » (Actes Sud)
Franck Maubert « Le dernier modèle » (Mille et une nuits)
Benoît Duteurtre « A nous deux, Paris ! » (Fayard)
Cécile Guilbert « Réanimation » (Grasset)
Jacques Braunstein « Loin du centre » (Nil)
Stéphane Michaka « Ciseaux) (Fayard)
François Cusset « A l’abri du déclin du monde » (POL)
Anne Berest « Les Patriarches » (Grasset)
François Bott « Avez-vous l’adresse du Paradis ? » (Le Cherche-Midi)
Thierry Dancourt « Les ombres de Marge Finaly » (La Table ronde)

Papier paru sur Causeur.fr le 06/09/2012

dimanche 2 septembre 2012

Une âme damnée, Paul Gégauff : Christian Laborde encore ...


Dans son Bastingage, qu'il donne chaque mois à la ville de Pau, Christian Laborde nous avait déjà enchanté de ses mots sur Une âme damnée - Paul Gégauff, la flânerie qu'on publie le 13 septembre chez Pierre-Guillaume de Roux. Dans La Nouvelle République des Pyrénées du samedi 1er septembre, "le journal le plus lu dans le Tourmalet" écrit-il, où il signe un Percolateur hebdomadaire, Laborde en remet une couche, royal comme l'était dans les cols pyrénéens et alpins Lance Armstrong - héros de la petite Reine qu'il aime et défend face aux salauds, à raison et à passion - quand il s'envolait au plus dur de la pente :

« Pourquoi l’art contemporain est-il si drôle alors que la littérature contemporaine est si triste ? » s’interroge Patrick Besson. Un livre qui n’est pas triste du tout, c’est celui qu’Arnaud Le Guern, consacre à Paul Gégauff, le scénariste préféré de Chabrol. Le livre, qui paraît aux Editions Pierre Guillaume de Roux,  a pour titre « Une âme damnée » et coûte 19,50 euros. C’est délicieux, empreint d’une douce mélancolie, les années 70 revivent à chaque paragraphe, Bardot, Sagan, Dutronc… Et la langue de Le Guern est vivante et racée : un régal. CL

On aime le Percolateur de Laborde et on aimera, on le sait, le livre illustré qu'il publie le 11 octobre aux éditions Hors Collection : une célébration de la petite Reine, de ses héros, titrée Tour de France Nostalgie. On aime, enfin, le clin d'oeil que nous adresse, annonçant la sortie de notre Ame damnée, les jeunes rédacteurs du magazine onlaïne De Nécessité Vertu : http://www.denecessitevertu.fr/2012/09/01/les-livres-de-la-rentree-litteraire-quon-attend-et-les-autres/

vendredi 31 août 2012

Une âme damnée, Paul Gégauff : Christian Laborde allume la mèche

Pour prolonger l'été, on va reparler très vite des heures douces et légères sur les rives du Léman, de la peau bronzée de miss K, de ses longues jambes, de nos baignades, du soleil qui ne lâche rien, des flâneries en espadrilles, de Cecil Saint-Laurent sur la plage des Mouettes, des dîners en terrasse. On va reparler de ces jours intimes et on va parler, encore, d'Une âme damnée, notre livre buissonnier autour des mots et de la silhouette de Paul Gégauff (https://www.facebook.com/PaulGegauffUneAmeDamnee) que publie, le 13 septembre, Pierre-Guillaume de Roux.
Une âme damnée sort donc le 13 septembre et, le premier, Christian Laborde allume la mèche, met l'eau à la bouche. Rappelons que Laborde est l'auteur, notamment, de L'Os de Dionysos et, cette année, de cette merveille de petit livre chaud et balnéaire : Diane et autres stories en short. Laborde a aimé Une âme damnée : il le dit, l'écrit de sa langue flamboyante. C'est pleine cible, plein coeur, c'est ici (http://www.pau.fr/magazine/chroniques/20120830_124649) et c'est là :

"Prenez le bus, le vélo, un tacot, un otage et filez chez votre libraire acheter le nouveau livre d'Arnaud Le Guern : « Une âme damnée ». Le Guern, il a du coeur, Le Guern, il sait écrire. Le Guern, il est là. Le Guern, il est entré en littérature avec un livre enflammé consacré à Jean-Edern Hallier, intitulé « Stèle pour Edern », paru chez Jean Picollec, en 2001. J'ajoute qu'Arnaud Le Guern est un ami de Jérôme Leroy. Ici-bas, il y a, d'un côté, ceux qui lisent Jérôme Leroy et, de l'autre, ceux qui ne le lisent pas. Ceux qui ne le lisent pas, je ne leur parle pas.
« Une âme damnée » d'Arnaud Le Guern paraît aux Editions Pierre Guillaume de Roux, compte 185 pages et coûte 19,50 euro. Le héros de ce livre, sans gras, ni lourdeur, sans mots morts, sans ce parti pris « réaliste » qui est le moteur poussif des ouvrages moyens, s'appelle Paul Gégauff. Il était écrivain. Il était scénariste. Moi, Gégauff, je ne connaissais pas. Arnaud Le Guern, dès les premières pages de son livre, m'apprend que l'oiseau était hors-normes, un vrai dandy. Il avait dit à son épouse : « Tue-moi si tu veux, mais arrête de m'emmerder ». Et elle, obéissante, de lui coller trois coups de couteau dans le buffet, dans la nuit du 24 au 25 décembre 1983, à l'heure où passe le Père Noël. Il avait 61 ans, elle en avait 25. Elle s'appelait Coco.
Paul Gégauff était le scénariste de René Clément, de Claude Chabrol, d'Eric Rohmer. « Plein soleil », « Le signe du lion », « Que la bête meure » ou « Docteur Popaul », c'est lui. Arnaud Le Guern n'a pas besoin de beaucoup de pages pour dresser le portrait de Gégauff. Un paragraphe lui suffit : « Vous étiez un dandy dilettante tendance Pierre de Régnier, une gloire gâchée du Septième art selon les « professionnels de la profession », « le Brian Jones de la nouvelle vague » selon Bernadette Lafont. Une sacrée carte de visite à l'heure où Luc Besson grillait ses premières cigarettes ». Un paragraphe lui suffit, dis-je. Et ce livre, c'est pour moi le triomphe du paragraphe. Moi, j'aime les paragraphes, j'aime les écrivains pressés de revenir à la ligne : ils considèrent que rien ne doit succéder à une trouvaille verbale, une cadence, une sagaie si ce n'est, au coeur du paragraphe suivant, une autre trouvaille, une autre cadence, une autre sagaie. Qu'ils sont beaux, qu'ils ont du tempo, les paragraphes qui, dans ce livre, se succèdent, s'enchaînent, se répondent, trinquent à la santé d'un Gégauff de nouveau vivant.
Arnaud Le Guern ressemble-t-il à Gégauff ? C'est en tout cas ce qu'affirmait, une nuit, en 1998, un homme avec lequel, dans un bar, il parlait de Brigitte Bardot: « Vous menez une vie de patachon. Vous me faites penser à Paul Gégauff. » Les mots dits la nuit au-dessus des verres vides sont souvent justes. Ceux de l'homme du bar sont restés dans le coeur d'Arnaud Le Guern, rendant l'écriture de son livre possible. Le mémoire se met en route, et Arnaud Le Guern se souvient de ses dix ans, d'Evian, et de ce soir où, à la télé, il découvre « Docteur Popaul », film de Chabrol - scénario de Paul Gégauff-, avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle principal. Il a dix ans et il voit tout : l'accident de voiture, l'Alfa Roméo, Belmondo sur l'asphalte. Et Mia Farrow qui lui fait si peur « avec son appareil dentaire, ses lunettes à triple foyer et sa prothèse de jambe ». Retrouvant sa mémoire, revisionnant les films, consultant les coupures de presse, Le Guern, sans jamais se départir de cette légèreté qui permet de distinguer l'écrivain de l'écrivant, poursuit le fantôme de Gégauff, fantôme bien plus présent que tous les morts-vivants qui pérorent autour de nous, dans ce monde saturé de conventions et de médiocrité. On replonge dans les années 60 et 70. On retrouve Françoise Sagan, Maurice Ronet, Jacques Dutronc, Mick Jagger, Marlon Brando et, sur une couverture du magazine « Lui », en queue de pie, jouant du violoncelle, ouvrant les cuisses, Joëlle Mogonsen, la chanteuse du groupe « Il était une fois ». Le passé est vivant dans ce livre, le présent également. Et si l'on croise Le Guern gamin, on le découvre aussi aujourd'hui, s'expliquant avec les mots, tantôt à Paris, tantôt en Bretagne, toujours au bras de Miss K.
Arnaud Le Guern, en faisant revivre Gégauff, en ressuscitant une époque légendaire, résiste à la nôtre où le nivellement ambiant dispute la vedette au saccage quotidien de l'âme. Mais une question, tout à coup, me brûle les lèvres : qu'est donc devenue Coco, la jeune et jolie épouse qui planta par trois fois son surin dans la cage thoracique de Gégauff ? Arnaud Le Guern nous apprend, à la fin de son livre, qu'elle s'est remise à la guitare pour jouer « Armstrong » de Claude Nougaro. Cette Coco, vraiment, est une fille bien."

samedi 25 août 2012

Le feu follet de Guéthary

Cet été, les flâneurs de la Cote basque ont pu lire, dans un supplément du Point, quelques mots buissonniers sur notre ami Frédéric Schiffter - "Il se définit lui-même comme « un philosophe sans qualités ». La sieste, pour lui, est un art majeur. Il préfère le surf et les jeunes filles à Kant. Ses journées, surtout, ne peuvent se concevoir sans un verre dégusté à l’hôtel du Palais, à Biarritz." - et sur Frédéric Beigbeder, écrivain qu'on nous reprochera sans doute d'apprécier. Ce à quoi, comme maître Vergès, nous répondons par un sourire et quelques volutes de fumée.

Frédéric Beigbeder est rarement là où on l’attend. Ecrivain en vogue, il réalise avec succès L’Amour dure trois ans, son premier film. Critique littéraire, il joue au DJ dans les night-clubs de Moscou et au mannequin pour des marques branchées. On l’imagine en terrasse du Flore ou au Montana, lieux à la mode de Saint-Germain-des-prés : il est déjà loin. Un SMS, comme un éclat de rire face à la mer, confirme la fugue : « Cheers from Guéthary ! »
Un été 1972
Beigbeder et Guéthary, c’est avant tout une histoire d’enfance des années 70. Gamin, il passe ses vacances dans cette petite station basque, à quelques kilomètres de Biarritz. Ses grands-parents ont une villa, Patrak Enéa, qui donne sur le sentier Damour. Ses parents s’y sont rencontrés, mariés, avant de se séparer. A Guéthary, Frédéric est un garçon solitaire dans une famille décomposée. Il quête l’Espagne à l’horizon. Ses paysages préférés se trouvent sur la route menant de Sare à Ainhoa. Sur la plage de Cénitz, son grand-père lui apprend l’art du ricochet et de la pêche à la crevette. Au club Mickey, des demoiselles lui refusent de chastes baisers. Même sanction avec les filles du garde-barrière : elles préfèrent regarder Charles, son frère. Frédéric se rattrapera plus tard.
Une fenêtre sur le monde
Longtemps, Beigbeder s’est tenu éloigné de la cote Basque. La tourbillon de sa vie l’amenait ailleurs. Puis il est revenu, a acheté une ancienne fermette, pour se reposer des nuits trop blanches de Paris : « À partir d’un certain âge, il y a des endroits où l’on se sent bien. Ils fonctionnent comme des antidépresseurs. » Accompagné de sa fille Chloé, il suit les traces de son grand-père, sur la plage de Cénitz. La Rhune dans son dos et l’océan devant lui, Frédéric se souvient de l’art de lancer des cailloux qui filent sur les flots. La pêche à la crevette, elle, est interdite depuis 2003. Dans Un roman français (Pris Renaudot 2009) Beigbeder touche, avec légèreté et mélancolie, quand il fait revivre Guéthary et les personnages de l’enfance, quand il restitue l’atmosphère des maisons de famille. Avec L’amour dure trois ans, filmant Gaspard Proust et Louise Bourgoin, il ajoute quelques couleurs au tableau : le vert du jour qui tombe, hors-saison, sur le port.
La dolce vita
Beigbeder, désormais, partage ses semaines entre Paris et Guéthary où, il le dit en riant : « Je mange, je bois et je dors. » Il se déplace en pick-up sans permis, déjeune dans des paillotes – le Blue Cargo à Ilbaritz -, porte des espadrilles comme Françoise Sagan. Des amis écrivains lui rendent visite : Simon Liberati ou Michel Houellebecq qui, ivre, s’endort au pied d’un escalier. Un journaliste, venu faire un reportage sur la Cote basque, titre : « Beigbeder se la coule douce. »  Au bord de sa piscine, sa fiancée en bikini noir à ses côtés, il lit les Contrerimes de Paul-Jean Toulet. A Guéthary, Frédéric est au plus près de Toulet, dandy dilettante à son image, grand vivant de la Belle époque venu mourir ici après une existence de plaisirs. Chaque année, à la Toussaint, Frédéric se recueille sur la tombe de ses grands-parents et sur celle de Toulet, dont le nom est presque effacé. Beigbeder, feu follet aux basques du temps qui passe, fait ainsi œuvre de mémoire vive.

Texte paru dans le supplément d'été du Point "La Côte basque", juillet 2012

lundi 20 août 2012

Romy, Yves, Sami et les autres ...


C’est une époque, le début des années 70, où la quête d’une certaine douceur de vivre entraîne les parisiens à Noirmoutier. L’océan atlantique offre un climat propice à la petite musique des sentiments : deux amis, César et David, aiment une femme, Rosalie, qui ne parvient pas à choisir l’un ou l’autre. Il n’est pas étonnant que Claude Sautet, familier de la côte vendéenne et orfèvre des choses intimes de l’existence, installe l’intrigue de César et Rosalie sur la plage des Mardi-gras, dans le quartier du Vieil.
Les volets bleus
Sur les traces des héros de Sautet, la nostalgie ne cesse d’être ravivée, mêlant hier et aujourd’hui. Des enfants en chandail font du vélo sur le sable. Une barque rouillée prend l’air marin. Bien sûr, quand une voiture s’arrête, ce n’est plus la SM ou l’Autobianchi Primula du film. Pourtant, en tendant l’oreille, on entend encore l’écho de la voix d’Yves Montand, qui joue César, présentant les lieux à son rival Sami Frey, l’interprète du ténébreux David : « La maison, la mer ... » La maison aux murs blancs et aux volets bleus est toujours là. Elle semble abandonnée, gravée à jamais dans un temps lointain. La municipalité ne s’en préoccupe guère. Aucune plaque ne signale sa place dans la patrimoine du 7e art. Des curieux la prennent en photo, l’exposent sur les réseaux sociaux avec une légende : « Où sont Romy, Sami et Yves ? » Devant la porte cadenassée de la maison, on ne peut s’empêcher, en effet, de se rappeler du sourire de Romy Schneider – Rosalie, c’est elle - alors que César et David la rejoignent.
Les possibilités d’une île
Dans César et Rosalie, les heures se suspendent le temps d’un été à Noirmoutier. Peu importe que Montand affiche, lors des prises de vue, sa mauvaise humeur, craignant que Sami Frey lui vole le vedette. Dans l’esprit de tous, il ne reste qu’une succession de cartes postales des petits bonheurs balnéaires. La maison se remplit du rire des enfants. Des amis arrivent de Paris pour manger une soupe de poisson et jouer aux cartes. Les femmes, telle Romy, portent des cirés jaunes et des bottes pour ramasser des coquillages à marée basse. Quand le vent se lève, elles parent leurs cheveux d’un foulard. Pour se rendre sur le port ou sur la jetée de Jacobsen, elles conduisent une 4L. Les hommes, eux, se laissent prendre au jeu de l’amitié, entament une partie de volley-ball sur la plage. Des adolescents de l’île font office de figurants. L’un d’eux, smashant le ballon, vise sans le vouloir Romy Schneider. Plus de peur que de mal : Au Puits de Lorraine, le restaurant à la mode où l’équipe appréciait de se retrouver, la douleur est oubliée.
Coeurs perdus sur l’Atlantique
Sur la jetée du port de Noirmoutier, on a toujours envie d’attendre le retour de César et David. Dans le film, ils partent en bateau accompagner un pêcheur en pleine mer. Quand ils reviennent, le temps des piques-niques sur la plage s’achève, comme l’harmonie des amours d’été. Les volets bleus de la maison sont désormais fermés. On a beau savoir que Rosalie s’est enfuie, sans prévenir, impossible de s’y habituer. Elle ne nous quitte pas d’ailleurs, aujourd’hui, sur la plage des Mardi-gras, dans le quartier du Vieil. Devant la maison abandonnée, tous les clichés des photographes amateurs permettent d’imaginer, sans fin, son visage mélancolique.

Texte paru dans le supplément "Vendée" du Point, été 2012

dimanche 19 août 2012

Anne et Sophie à l'Hôtel de la Plage



Certains films agissent telle la « madeleine » de Proust : ils datent nos joies et nos mélancolies. Hôtel de plage, par exemple, nous entraîne sur la route des vacances, à la fin des années 70. En train ou au volant d’une Alfa Roméo décapotable, les juillettistes quittent Locquirec, les aoûtiens arrivent, sur une bande-son signée Mort Shuman. Les notes nostalgiques accompagnent les joies et les petits chagrins d’estivants qui se connaissent bien. Ils ont le visage de Guy Marchand ou Daniel Ceccaldi, play-boys français de l’époque, sans oublier de jeunes actrices aux charmes irrésistibles : Sophie Barjac et Anne Parillaud.
« Les pieds dans l’eau »
Il est aisé de marcher sur les pas des héros d’Hôtel de la plage. A Locquirec, on  reconnaît au premier coup d’oeil le fameux établissement : il s’agit du Grand hôtel des bains, situé rue de l’église. Il possède toujours ce parc où il est plaisant de dîner sous les tilleuls, a toujours « les pieds dans l’eau ». Dominique Van Lier, l’actuel propriétaire, déjà présent en 1977 se souvient de tout, fourmille d’anecdotes. Le curé du film, ainsi, était interprété par un client suisse de l’hôtel, mécontent du désordre que le tournage occasionnait. Pour le calmer, le réalisateur lui confia un rôle. Dominique Van Lier répond volontiers aux curieux qui l’interrogent : « L’hôtel était une pension de famille. Nous l’avons rénové mais l’esprit des lieux n’a pas changé. » Il vend aussi, à la réception, le DVD d’Hôtel de la plage : « Les gens se font ainsi un plaisir de retrouver les lieux, les villas, les promenades qu’ils ont apprécié dans le film. »
Une éducation sentimentale
Il est agréable, en effet, de se rappeler de ce qu’étaient les vacances dans une pension de famille de la cote bretonne, de ce qu’elles sont toujours. Les journées commencent par un petit déjeuner partagé dans la grande salle à manger. Les adultes nouent des intrigues sentimentales de saison et les adolescents imitent les adultes. On achète Ouest-France dans la maison de la presse à côté de l’église. L’après-midi, quand le soleil hâle les peaux, on joue au volley-ball ou on flirte sur la plage. Parfois, l’hôtel Armor, dans le centre, est le théâtre de quelques entorses aux contrats de mariage. Il faut dire que des petites Anglaises aguichent les messieurs d’âge mur, quand ceux-ci ne sont pas partis pêcher en bateau au large de la baie de Lannion. Pour plus d’intimité, le chemin des Douaniers amène vers de jolies criques abritées. Difficile de résister quand les vacancières ont la silhouette blonde de Sophie Barjac, ou brune d’Anne Parillaud.
Un été de porcelaine
Le charme intemporel d’Hôtel de la plage, finalement, tient beaucoup à ses jeunes actrices. Elles jouent au baby-foot dans un café, alors que la pluie tombe. Elles sortent en bikini bleue d’une cabine de bain, avant de s’allonger sur leur serviette de plage et d’écrire une lettre à leur amoureux lointain. Elles volent une voiture de sport et le petit ami de leur meilleure copine. Quand, lors d’une soirée « chanson », elles fredonnent  Un été de porcelaine et qu’elles demandent au garçon qui vient de les embrasser : « Il faudra attendre onze mois avant de se revoir ? », on a la belle impression d’être toujours à Locquirec, au Grand hôtel des Bains : « Il y a quinze ans à peine/ Il y a quinze ans déjà/ Ma mémoire est incertaine/ Mais mon cœur lui n'oublie pas. »

Texte paru dans Le Point, numéro spécial "Cote bretonne", juillet 2012