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samedi 8 juin 2013

Guillaume Serp et Les Chérubins électriques


Dans le très bon Schnock #7 (http://larevueschnock.com/), avec Les Valseuses à l'honneur et une itévé extra de Bertrand Blier entre autres, on parle de Guillaume Serp et de son unique roman : Les Chérubins électriques ...

Au commencement, on ouvre Vacances dans le coma de Frédéric Beigbeder. Au hasard des pages, une longue liste titrée « J’ai oublié ». Sur un carnet, on recopie : « J’ai oublié le titre du seul roman de Guillaume Serp (mort d’une overdose après sa publication) ».
Ca ne peut qu’intriguer. On imagine un auteur culte – un Jean-Jacques Schuhl au destin précocement brisé dans la poudreuse – et un livre fantôme. Chez les bouquinistes et sur le ouèbe, d’ailleurs, Serp est introuvable. Ca arrive parfois. Un ami, avocat et éditeur, nous parle de lui. Une couverture jaune, un jour, attire notre attention : Les Chérubins électriques.
Nous sommes en janvier 1983 quand le livre est édité par Robert Laffont. L’auteur est ainsi présenté : « Guillaume Serp a vingt-deux ans. Il y a deux ans, il enregistrait son premier disque ; aujourd’hui Les Chérubins électriques est son premier roman ; deux autres livres sont en préparation. » La quatrième de couverture enchante immédiatement : « Paris 1978 : quelques jeunes gens sages changent de grandes résolutions comme de marques d’après-rasage ou de bas nylon. » La mise en bouche du roman achève de nous séduire : « Cassandre jouait avec le zip de son pantalon. Elle m’attendait seule à la terrasse du Flore et plongeait parfois ses lèvres dans un coca-fraise, sans doute rêvait-elle d’être Marilyn Monroe. »
Sans attendre, on rejoint Cassandre, comme le fait Philippe, le narrateur des Chérubins. D’autres filles, taille mannequin, s’appellent Ancilla ou Deliciosa. Les garçons, eux, quand ils ne se prénomment pas Alexandre, portent des noms de robot : X1 et X2. Ils sont jeunes, beaux et fêlés comme des godelureaux filmés par Chabrol : fils-et-filles-à-papa vivant dans de grands appartements où il n’y a rien à faire, sinon écouter Lou Reed, boire du bourbon, sniffer de la cocaïne et s’injecter de l’héro. Quand la nuit se pose, ils filent au Palace, au Roxy ou au Viennois, à l’angle de la rue Caumartin et du Boulevard des Italiens. Au petit matin, dans le soleil pâle de l’automne, l’amour a la gueule de bois et les veines explosées. Puisqu’il faut bien s’occuper et que le punk est à la mode, Philippe décide de monter un groupe. Pas un groupe punk, ce serait vulgaire : de rock n’roll, le rock étant mort, paraît-il. « Philippe et les chics types », ça sonne bien. Un certain succès est au rendez-vous ; les groupies aussi, la came toujours. Philippe, pourtant, n’a qu’une envie : écrire le roman de ces années de petits luxes, de mélancolie et d’errance pailletée.
Ce roman fin d’époque, comme il y a des romans fin de siècle, Guillaume Serp nous l’offre avec Les Chérubins électriques. Il réussit son entrée en littérature, telle une sortie de piste aux étoiles, en grillant toutes ses cartouches les plus belles : « Elle avait eu envie de griffer le jour jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la nuit », « Elle ressemblait à une aube d’été » ou « Deliciosa me dit un jour qu’elle avait bouché les trous de son sourire pour que l’angoisse ne puisse plus s’insinuer dans sa bouche ». Des phrases à garder précieusement, puisqu’il n’y aura pas d’autres livres signés Serp.
Les Chérubins électriques paru – salué notamment par Alain Pacadis -, Serp s’exile à Los Angeles. Il écrit là-bas des chansons chics et sucrées pour Lio : Pop Model, Veste du soir ou Les filles veulent tout. De retour à Paris, il meurt d’une overdose, en 1985 ou 86, la date reste floue.
Ultime précision : Guillaume Serp s’appelait Guillaume Israel. Il fut le chanteur de Modern Guy, qui firent danser la France avec un tube très eighties naissantes : Electrique Sylvie. Il était du genre à faire paraître, dans Libération, des petites annonces joliment troussées :« Cherche une jeune fille de 18 à 30 ans, excessivement riche, belle et peu jalouse pour consommation intensive. Envoyez photos et CV à Guillaume Israel. » Guillaume Israel, alias Guillaume Serp, nous manque. Son insouciance s’est définitivement envolée sur la ligne des excès.

Guillaume Serp, Les Chérubins électriques, Robert Laffont, 1983 (bientôt réédité par L'Editeur Singulier)
Une précision : l'illustration photo vient du blogue de Franck Darcel (http://www.frankdarcel.com/portraits/guillaume.html), qui fut l'ami de Guillaume Serp/Israel et qui en parle avec grâce.

dimanche 2 septembre 2012

Une âme damnée, Paul Gégauff : Christian Laborde encore ...


Dans son Bastingage, qu'il donne chaque mois à la ville de Pau, Christian Laborde nous avait déjà enchanté de ses mots sur Une âme damnée - Paul Gégauff, la flânerie qu'on publie le 13 septembre chez Pierre-Guillaume de Roux. Dans La Nouvelle République des Pyrénées du samedi 1er septembre, "le journal le plus lu dans le Tourmalet" écrit-il, où il signe un Percolateur hebdomadaire, Laborde en remet une couche, royal comme l'était dans les cols pyrénéens et alpins Lance Armstrong - héros de la petite Reine qu'il aime et défend face aux salauds, à raison et à passion - quand il s'envolait au plus dur de la pente :

« Pourquoi l’art contemporain est-il si drôle alors que la littérature contemporaine est si triste ? » s’interroge Patrick Besson. Un livre qui n’est pas triste du tout, c’est celui qu’Arnaud Le Guern, consacre à Paul Gégauff, le scénariste préféré de Chabrol. Le livre, qui paraît aux Editions Pierre Guillaume de Roux,  a pour titre « Une âme damnée » et coûte 19,50 euros. C’est délicieux, empreint d’une douce mélancolie, les années 70 revivent à chaque paragraphe, Bardot, Sagan, Dutronc… Et la langue de Le Guern est vivante et racée : un régal. CL

On aime le Percolateur de Laborde et on aimera, on le sait, le livre illustré qu'il publie le 11 octobre aux éditions Hors Collection : une célébration de la petite Reine, de ses héros, titrée Tour de France Nostalgie. On aime, enfin, le clin d'oeil que nous adresse, annonçant la sortie de notre Ame damnée, les jeunes rédacteurs du magazine onlaïne De Nécessité Vertu : http://www.denecessitevertu.fr/2012/09/01/les-livres-de-la-rentree-litteraire-quon-attend-et-les-autres/