dimanche 29 septembre 2013

Name-dropping #1



Maurice Ronet
La flânerie biographique que lui consacre Jean-Pierre Montal - Ronetles vies du feu follet (Pierre-Guillaume de Roux)est une merveille délégance, de style, de légèreté. Ca donne envie de revoir Plein soleil, Raphaël ou le débauché ou La Piscine (scénario dAlain Page), entre autres. Pour enfoncer le clou, les éditions des Equateurs publient, sous la plume de José-Alain Fralon : Ronet, le splendide désenchanté et le cinéma Le Champollion lui consacre une rétrospective. Ronet pas mort, littérature suit

Lindsay Lohan
Alcoolique, droguée et ringarde, la starlette est moquée partout. Rectifions : elle est belle, drôle, a une voix de fumeuse de blonde à se damner et, dans The Canyons, signé Paul Schrader sur un scénario de Bret Easton Ellis, elle nous enchante. Nue ou parée dune robe noire et de Louboutin, elle y est exquise, comme dans une série de photos mises en scène par Olivier Zahm. Cétait en 2012 dans LOfficiel Hommes. Ca ne nous quitte plus.

LUI
Le meilleur texte de la rentrée date de 1971. Il a paru dans LUI, est signé Paul Gégauff. Ca sappelle « Salut les coquins ! ». La Nouvelle vague morfle. Les mots à lassaut, à la caresse sur Godard, Truffaut, Rohmer. On dirait le Hollywood Babylone de Saint-Germain des prés. A lire dans le prochain numéro de Schnock (en décembre). Ca tombe bien : LUI est de retour dans les kiosques. A la direction, Beigbeder, parfait dans son édito et son itévé de Filippachi. Léa Seydoux incarne la dolce vita en couverture et dans les pages intérieures. Libérati la joue piano sur linconnue du mois. Iacub est incompréhensible. Nicolas Rey parle avec talent des fesses de Najat Vallaud-Belkacem. Patrick Besson, profitant des séances de cinéma, nen fait quà sa fête. On attend le numéro 2.

Patrick Besson
Patrick est un cochon. Chez lui, tout est bon. Sa Nouvelle galerie, à paraître aux Mille et une nuits, en est un exemple. Ses mots de flâneur en Iran, récemment dans Le Point, en sont un autre. En six pages, tout est dit. La presse, quand les écrivains sen mêlent, cest tout de suite mieux.

Le jeu de quilles
Meilleure tablesise 45 rue Boulard - du XIVe arrondissement, donc de Paris. Benoît Reix, le chef, nous régale de ses menus dégustations et de ses vins qui rendent meilleur, un Morgon de chez Descombes par exemple. NKM en personne lencense par-ci par-là. NKM a bon goût. On pourrait bien, pour cette gustative raison, voter pour elle.

Eric Neuhoff
Les remous salariaux ont parfois du bon. Au Figaro, Yann Moix ne tient plus le feuilleton littéraire et Eric Neuhoff, dans le Figaro Magazine, nous offre chaque semaine ses « Passe-temps ». Il parle de la pluie, de Woody Allen, de la nostalgie des plages ou du sac des filles. Un rendez-vous à ne pas manquer, en attendant la parution en octobre, chez Ecriture, de son Dictionnaire chic du cinéma.

Aurélie Filippetti
Héroïne cachée, paraît-il, de Moment dun couple, roman de Nelly Alard (Gallimard). Ce qui lui déplaît. Amante hystérique ou pas, il nempêche : le prix Décembre est en vue. Pour une Ministre de la Culture, ce nest pas rien. Même par procuration.

Texte paru sur Causeur.fr, le 29/09/2013

dimanche 8 septembre 2013

Prix Goncourt, la (vraie) liste



Comme l’année dernière (http://www.causeur.fr/prix-goncourt-erreur-sur-la-liste,18966), les jurés du prix Goncourt se sont oubliés en fin de repas. La liste, ronfleuse et ronflante, transmise aux journalistes ne peut, en effet, en rien refléter le goût bien connu pour la littérature de la prestigieuse institution. Voici donc l’erratum que, entre deux twittes spirituels, Bernard Pivot nous a fait passer :
François Marchand, Cycle Mortel, Ecriture
David Di Nota, Ta femme me trompe, Gallimard
François Sureau, Le chemin des morts, Gallimard
Philippe Lacoche, Les matins translucides, Ecriture
Jean-Pierre Montal, Maurice Ronet-Les vies du feu follet, Pierre-Guillaume de Roux
Sacha Sperling, J’ai perdu tout ce que j’aimais, Fayard
Jean-Claude Pirotte, Brouillards, Le Cherche-midi
Marianne Vic, Les Mutilés, Les Equateurs
Jean-Yves Lacroix, Haute époque, Albin Michel
Paulina Dalmayer, Aime la guerre !, Fayard
Dominique Noguez, Une année qui commence bien, Flammarion
Arnaud Viviant, La vie critique, Belfond
Flore Vasseur, En bande organisée, Les Equateurs
Angie David, Sylvia Bataille, Léo Scheer

Même si cette liste sent la crise qui rôde, nous voilà rassuré. Merci Bernard !

Paru sur Causeur.fr, le 8/9/2013

samedi 7 septembre 2013

Un crooner nommé Schiffter


Loin des philosophes du « chichi » et du « blabla », Frédéric Schiffter a choisi le chemin des fugues. Depuis sa Lettre sur lélégance, en 1988, les titres de ses livres esquissent un art délicat de la flânerie : Pensées dun philosophe sous Prozac, Métaphysique du frimeur ou Petite philosophie du surf. Ses phrases vagabondent, nous enchantent : « Jaimerais être un crooner, roucouler de vieux standards de jazz dans les salons des grands palaces du monde, en maccompagnant au piano. »
Crooner, Schiffter l’est, tendance « penseur de charme ». Sur le bord de la piscine de l’Hôtel du Palais, à Biarritz, ou trinquant à la grâce de Paul-Jean Toulet, entouré de son ami photographe Claude Nori et de jolies naïades en bikini, il laisse infuser ses mots avant de les poser, selon ses envies et son ennui, dans des carnets à la reliure élégante. De ces carnets, Schiffter extrait des aphorismes – Traité du Cafard et Délectations moroses – et des études très personnelles, où le journal intime se mêle à la biographie, sur quelques écrivains indispensables. Il nous avait offert Philosophie sentimentale, des braconnages entre les lignes de Pessoa, Proust ou Schopenhauer qui obtinrent le prix Décembre 2010. Il publie aujourd’hui, manière d’enrichir une panoplie tout autant littéraire que philosophique, Le charme des penseurs tristes.
Dès sa préface, Schiffter tient sa blue note : « Jai derrière moi un demi-siècle de tristesse, ce qui représente une honnête carrière de philosophe sentimental. » Très jeune, Schiffter a perdu son père. Orphelin et enfant unique, il s’est fait, pour suspendre le temps, une certaine idée de la mélancolie : elle ne sera que petits luxes et volupté. Hors de question, pour lui, de laisser ses éclats d’âme abîmer par les apôtres du bonheur obligatoire ou par des « bonnes femmes » revendicatrices. Il s’agit de choisir la meilleure des compagnies.
Dans Le charme des penseurs tristes, Schiffter fait les présentations. Il se balade dans les impasses avec Socrate. Madame du Deffand est baptisée « la marquise du cafard » tandis que Hérault de Séchelles, playboy de la Révolution, est « le terroriste à leau de rose ». Avec L’Ecclésiaste, il commence fort : « A mes yeux, outre sa brièveté, la grande qualité du livre de lEcclésiaste, cest quil est un faux, un canular, un numéro de ventriloque littéraire. » On imagine aisément les soirées passées à badiner, par delà le temps, avec Cioran, Henri Roorda – auteur de Le rire et les rieurs et de Mon suicide – et Roland Jaccard. Quand apparaissent le « gentleman » Albert Caraco et Nicolàs Gomez Dàvila, ça se corse. Mise au point à l’usage des pieds-pensants du progressisme : « Contrairement à ce que simagine lhomme de gauche, le réactionnaire na rien de commun avec lhomme de droite. Sans doute arrive-t-il à ce dernier de se définir lui-même de la sorte, mais ce nest pour lui quun déguisement avec lequel il cherche à exaspérer son adversaire. » A la fin de son envoi, Schiffter, homme de goût et d’élégance, cite Françoise Sagan : « Haïr la vie dans le fond pour laimer sous toutes ses formes. » Touché : Bonjour tristesse, évidemment.

Frédéric Schiffter, Le charme des penseurs tristes, Flammarion, 2013
VO de notre papier publié dans Causeur, septembre 2013