lundi 19 mai 2008

Miss Général de l'armée des rêves

Feu sur le quartier général de la laideur partout à l'oeuvre !

Audiard, du zinc d'en haut, tire sur la France de Nico le petit

« Tenez, je la revois … Vieille carcasse encore fumante de toutes ses guerres, vieux ventre avachi d’avoir porté quatre-vingt deux rois, trois empereurs et cinq républiques. La France avec ses seize millions d’automobilistes, ses quatre millions de pêcheurs à la ligne, ses cinq cent mille anciens combattants, ses trois couleurs, ses deux mamelles, sa force de frappe. En la voyant telle quelle, je me suis dit qu’on pourrait peut-être encore tirer le portrait de cette ravelure … en travaillant dans les tons pastels … les lumières tamisées … le bon profil … parce que pour la rendre présentable, la vache, ça va pas être de la tarte ! … »
Michel Audiard, Vive la France, Julliard, Idée fixe, 1973

jeudi 15 mai 2008

Fannin' street

Divinement portée par la voix de Scarlett Johansson, Fannin' street me fait penser à un long tchin tchin au balcon de la pluie.
Une blonde héroïne en robe noire, bottée de cuir, dirait que les gouttes ressemblent à des étoiles grisées après une nuit d'ivresse. En buvant du vin, elle parlerait du temps qui file et du coeur trop sensible des hommes. Elle offrirait enfin, avant de s'enfuir, un sourire doux comme un baiser, comme un sein, à la lune assoupie.
Il y a, dans Fannin' street, toute la grâce sensuelle des blondes héroïnes, et bien plus encore.

lundi 12 mai 2008

L'esprit de résistance de Frédéric H. Fajardie

Frédéric Fajardie est mort le 1er mai 2008. Au moment où sortent le Journal de Jean-Patrick Manchette et des chroniques de A.D.G. Ces trois-là ne se quittaient jamais vraiment. Ils nous manquent.
Nous republions ici un papier, paru en juin 2007 dans L'Opinion indépendante, à l'occasion de la sortie de son dernier roman Tu ressembles à ma mort (Editions des Equateurs) :
Depuis 1979 et Tueurs de flics, Frédéric H. Fajardie n’en fait qu’à sa tête. D’abord rattaché au néo-polar français, il adopte rapidement la position du franc-tireur. Publiant trois ou quatre livres par an, il alterne recueils de nouvelles, romans policiers ou historiques, mais aussi des pamphlets et ce qu’il nomme des «curiosités». Fajardie aime se jouer des genres pour mieux les faire exploser et imposer son style de dandy tendance «marxiste libertaire». Ainsi Tu ressembles à ma mort était initialement une commande du CE des cheminots du Nord-Pas-de-Calais et de l’association Colères du Présent pour fêter les 70 ans de la SNCF, «cette dame d’un âge respectable, qui a encore de beaux jours devant elle, à condition que nous soyons tous convaincu de la place qu’elle occupe».
Dès la première phrase - «L’homme, Robert Tinaire, ignorait qu’il allait être assassiné dans quelques dizaines de minutes» -, Fajardie donne le ton. Il transforme la commande de circonstance en polar historique et social qu’il va mener, avec sa maestria sèche et fulminante comme une colère, pied au plancher. Nous sommes en mars 1938, dans une France d’avant le grand bouleversement, bordée par l’Allemagne nazie revancharde, l’Italie de Mussolini et l’Espagne franquiste. Le second gouvernement Blum, tout juste nommé, croit encore aux lendemains enchanteurs. Des armes et des munitions doivent être acheminées, par «trains fantômes», de Paris à Dunkerque, pour être ensuite livrées aux Républicains espagnols. Mais l’opération prend une tournure catastrophique : plusieurs cheminots en charge de la cargaison sont retrouvés sauvagement poignardés. Alors que l’enquête officielle s’égare, Henri Perlbag, commissaire de la Sûreté nationale, est appelé à la rescousse. Ses états de service parlent pour lui : fils de cheminot, héros de 1914, policier d’exception et socialiste de conviction. Un homme libre qui porte ses blessures à fleur de peau et pour lequel l’honneur est le dernier refuge des amoureux de cette drôle de vie. Entre Paris et Arras, Perlbag traque ses ennemis : des fascistes, des gros bras cagoulards, des arrivistes corrompus. En chemin, il trouve l’amour, cette émotion oubliée qui lui rappelle que «dans un monde parfait, les baisers devraient avoir un goût d’orange.» Malgré les trahisons, il déjoue, entouré de quelques fidèles, le complot contre la France fomenté par un émissaire du Duce. La victoire est belle mais la mort n’est pas loin, à peine repoussée. Perlbag le sait, lui qui, en guise d’adieu, se souvient des mots de Miguel de Unamuno devant Franco : «Vous vaincrez parce que vous possédez la force brutale mais vous ne convaincrez pas car pour convaincre, il faut persuader. Or, pour persuader, il vous faudrait avoir tout ce qui vous manque : le droit et la raison.»

jeudi 1 mai 2008

Nos amis les chanteurs - dernière salve

_ Qu'est-ce que tu fous avec ton roman ?
_ D'abord : Nos amis les chanteurs - dernière salve, avec l'ami Thierry Séchan.
_ Pourquoi d'abord ?
_ Money money ...
_ Ca sort quand ?
_ Octobre, chez Alphée/JP Bertrand.
_ De quoi ça parle ?
_ Comme le titre l'indique : de la chanson française.
_ De la daube, la chanson française !
_ Sûrement, mais j'y parle aussi de BB, de Romy Schneider, de Philippe Muray, des seins d'Hélène Fillière et de Laurence Ferrari, de Charles Bukowski, de Pascal Jardin, d'Alain Bashung, des jeunes filles blondes et d'Hubert-Félix Thiéfaine, entre autres. Et puis aussi de Christophe :
"Fin de la terre, face à l’océan, la beauté ressemble à une chanson de Christophe dans un vieux baladeur.
La voix de nuit blanche du « dernier des Bevilacqua » s’enroule autour des « Mots bleus / Ceux qu’on dit avec les yeux / Ceux qui rendent les gens heureux ».
Elle dessine une Dolce vita où s’incrustent, en clair-obscur, un vespa, des boules de flipper, une veste de soie rose, de vieux acteurs italiens, des trains de nuit, une paire de gants blancs, un cœur griffé en satin rouge, des jardins suspendus, une robe de taffetas, des crashs d’autos, une avenue sous la pluie, l’ombre d’un samouraï puis, enfin, la silhouette d’une fatale héroïne.
Comment s’appelle-t-elle ? Aline, Elsa, Daisy, Isabella ? Ce que je sais : L’enfer commence avec L. :
« Sous les arcades de ses yeux, j’envisage mes nouveaux cernes, cocktail de pâleur blondie mortelle.Mon mauvais ange se change pour me plaire en belle de nuitet son souffle sur mes lèvres joue avec le feu sans éteindre ma vie »[1]
[1] In Comm’ si la terre penchait, 2001

mercredi 30 avril 2008

De Cancer à TsimTsoum

La revue Cancer ! – 9 numéros, 3 Hors séries et deux ouvrages collectifs, Têtes de turc et Gueules d’amour – était une belle aventure. Elle est morte, plombée par les mesquineries et la peur au ventre de quelques-uns. Elle devait renaître, début 2005, sous un nom mystico-jazzy : TsimTsoum.
J’en avais parlé avec Bruno Deniel-Laurent, Laurent James et quelques autres dans un bar pouilleux populo du 11e arrondissement de Paris : le Pouilly. Une télévision, dans un coin du troquet, diffuse Sous le soleil – série bêta où les filles sont sexy - puis le Maillon faible. Les mecs au comptoir se traitaient de Pédés, d’enculés, ils insultaient leur mère, leurs soeurs. Tout allait bien.
Dans TsimTsoum, nous aurions pu publier des textes d’Arthur Cravan, d’Albert Caraco, de Karl Kraus ou de Dominique de Roux. En exergue, je voyais bien André Breton et cet aveu : « Les confidences des fous, je passerai ma vie à les provoquer. » Pour l’édito du numéro 1, BDL a proposé « La République des vaincus », texte extrait du Pal, journal tonitruant rédigé en solo par Léon Bloy, journal qui ne connut que 4 numéros. En voilà du texte, du bon, du qui déchire sa race et qui déchire l’époque ! Extrait :
«Ah ! nous sommes fièrement vaincus, archi-vaincus de cœur et d’esprit ! Nous jouissons comme des vaincus et nous travaillons comme des vaincus. Nous rions, nous pleurons, nous aimons, nous spéculons, nous écrivons et nous chantons comme des vaincus. Toute notre vie intellectuelle et morale s’explique par le fait que nous sommes de lâches et déshonorés vaincus. »
Une ou deux agrégées, ainsi que la très pénible Sarah Vajda, silencieuses jusqu’ici, n'étaient pas convaincues. Elles jugeaient Bloy « connoté » et « hors du coup ». Elles craignaient de passer pour des « nazis », pour des « ringardes ».
Cancer !, paraît-il, avait déjà cette réputation. Elles préféraient, pour l’édito, que chacun rédige un pastiche d’une tirade du Mariage de Figaro de Beaumarchais. Le pastiche, c’est tendance, ça ne fait pas de mal et c’est « drôle à faire ».
Ce que j'en pensais : il fallait ignorer ces imprécises ridicules et se replonger dans Bloy, sa prose fumante, ses colères terribles, sa joie devant les flammèches de beauté qui vacille au fond de la détresse d’une pute aimée.
Bloy était inactuel, dixit madame Vajda qui, alors, préférait Claire Chazal. Ma réponse ? Lire Une femme pauvre, lire Le désespéré, lire le Journal du fulminant Léon.
TsimTsoum est sorti, sans moi, un numéro que les abonnés, pour la plupart, n'ont pas reçu. Depuis : pas de nouvelles. Ni de la revue, ni de Bruno Deniel-Laurent, homme hors-norme et écrivain de qualité, ce qu'il n'a jamais voulu savoir.

mardi 29 avril 2008

Le livre le plus excitant du moment

Avant d'en parler plus longuement, la présentation très classieuse de l'explosif bouquin sur le site de l'éditeur, nos amis de Moisson rouge : http://moissonrouge.blogspot.com/
Ca s'appelle "Morand Punk" et ça provoque une envie furieuse : rapter illico Sang futur, de Kriss Vilà !

"Kris Vilà est un Morand punk. Il use de la métaphore comme d’une arme de précision et il réinvente une littérature sans oiseaux.
Morand, génération 17 :carnage mondial et révolution russe ;
Vilà, génération 77 : guerre froide et marchandisation universelle.
En 1977, en France, la sortie du gauchisme laisse un goût de cendre. Le temps est venu pour l’ardent travail du négatif : ce sera le néo-polar (Manchette, Fajardie) mais ce sera aussi le Punk. Le Punk comme dans un roman de Vilà.
Les filles ressemblent toutes à l’Agnès Soral de Tchao Pantin dans Sang Futur. Si elles pouvaient quitter l’Hinterland bétonné qui leur sert de décor, franchir le périph qui pulse comme une aorte asphaltée, elles retrouveraient sur les canapés de Libération, à l’aube, Pacadis défoncé, de retour d’un raout héroïnomaniaque. Sang futur est écrit, disons, cinq ans avant que le sida fasse régner sur les corps la terreur que le néocapitalisme fait régner sur le travail. Sang futur a l’intuition de cette fraternité maudite qui va naître dans la nuit virale du nihilisme des eighties.
Vilà fait de son livre un concentré visionnaire, instable comme une nitroglycérine dosée par des schizophrènes et des hébéphrènes, des trente ans qui vont suivre : panique immunitaire, guerre civile larvée, pathologie ethnique et ambiguïté sexuelle, donc narrative...
Le pari de Vilà est gagné : Sang futur, c’est sang présent. La figure outragée d’un monde qui s’en va. Sang futur, c’est maintenant et pour toujours."

lundi 28 avril 2008

Once upon a time ...

Certains s'en souviennent
Ils sont peu nombreux
Une petite armée comme je les aime
Merci à eux.
On attend la suite ?
Je sais ...

mercredi 23 avril 2008

Vieille brève retrouvée

« Paul Gégauff, soixante et un ans, écrivain et scénariste, a été assassiné de trois coups de couteau, dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 décembre 1983, par sa compagne âgée de 25 ans, à Ghoevic, en Norvège. La jeune femme, dont l’identité n’a pas été révélée, a reconnu les faits. »
in Le Monde le 28 décembre 1983