samedi 20 mars 2010

Il prima notte di quiete






Un jour, tu verras,
tu regarderas,
allongée au plus près de moi,
mes insomnies en fuite,
Il prima notte di quiete,
le film de Valerio Zurlini
dont je t'ai tant parlé.
A Saint-Malo.
Au Crotoy.
A Trouville, hôtel Flaubert, chambre 31 où, te caressant belle endormie, je relisais L'Orange de Malte, Le cimetière des plaisirs, Un dernier verre en Atlantide de Jérôme Leroy, poète du monde d'avant, de l'immonde du jour et ami si précieux.
Je te parlais d'Alain Delon paré d'un manteau beige,
cigarette aux lèvres,
regard de flamme épuisée,
arpentant la jetée de Rimini,
sur le fil des vieilles mélancolies.
Je te parlais de Sonia Petrova, tu sais pourquoi.
L'apparition de Sonia Petrova dans une salle de cours.
Le visage modiglianesque de Sonia Petrova.
L'amour fou dans les yeux de Sonia Petrova.
Le sourire fragile de Sonia Petrova.
Les baisers de Sonia Petrova.
L'érotisme insensé de la silhouette de Sonia Petrova, ses épaules, sa nuque, ses seins, son cul, ses cuisses, ses chevilles - point final de grâce, fines attaches du temps retrouvé.
Un jour, tu verras,
tu regarderas,
allongée au plus près de moi,
mes insomnies en fuite,
Il prima notte di quiete,
et je te dirai que mes nuits, mes aubes de grand fêlé du bel aujourd'hui,
appartiennent
à la peau de la plus jolie fille de la ville,
à ta peau des frissons offerts,
à ta peau où les grains de beauté ont le goût des baisers d'été.





vendredi 19 mars 2010

Alain Bonnand is back - le 25 mars, éditions ALPHEE collection "Les Inclassables"



« Ah, Alexandrine, vous ne devinerez jamais ce qui vient de m’arriver, il y a juste un moment, alors que je sortais tout guilleret de chez le coiffeur… Qu’est-ce que je trouve sur mon chemin, qui n’aurait pas dû être là, entre chien et loup, à faire le trottoir, sans grand conscience du lendemain, attaché à la grille du boucher ? Dites !... Oui, presque ça : une biquette ! Et hop – cette grande allure vive qui me fait voir l’obstacle alors qu’il est déjà trop tard – par-dessus ! Le visage au sol, le nez tout éraflé ! Ah, ç’a été fameux ! La scène, malheureusement, n’a pas eu de témoins : l’animal n’a émis qu’un faible commentaire et je me suis relevé tout de suite…
Chez moi, je viens d’indiquer que j’avais trébuché, sans autre explication. Cette rencontre, du sportif et de la biquette, ç’aurait été sans doute bien cocasse à raconter, mais je me suis retenu de peur qu’il ne soit fait un rapprochement compromettant pour l’appétit entre le sort réservé à la pauvre bête et les côtelettes d’agneau minuscules mais savoureuses que je sers à table, trois chacun, une fois par semaine le midi…
»
Nous sommes fin 2003. Alexandrine, grande voyageuse, jeune collaboratrice des éditions Mille et une nuits, est à Paris, dans son bureau. L’auteur, lui, se trouve à Amman, en Jordanie, expatrié avec toute sa petite famille et le chat Lewis. Pour les besoins du livre qu’il publie à ce moment-là, Cécile au diable, il engage une correspondance avec l’éditrice, une correspondance électronique. Et aussitôt, pour lui faire plaisir, parce qu’il a du temps à perdre et qu’il aime ça, il lui raconte par le menu, en petites tranches, la vie qu’il mène au Moyen-Orient…
Léger, drôle, piquant et stylé comme s'en souviennent les lecteurs de Feu mon histoire d'amour, des Jambes d'Emilienne ne mènent à rien, de Martine résiste ou encore des Mauvaises rencontres, Alain Bonnand revient faire un petit tour du côté des lettres. Un sourire, un salut et des mots, offerts à Alexandrine, qui n'en font qu'à leur fête...

jeudi 18 février 2010

Langue française # 1 : Chardonne


Métro ligne 4, au coeur de l'épilepsie urbaine sous-terraine, l'immonde du jour se prend, pleine gueule, l'apparition d'une héroïne du monde d'avant qui, par la grâce précise de la langue de Chardonne, matadore le temps qui file :

"La beauté de Claire, c'est elle-même. Claire est tout entière inscrite sur son visage et dans la forme de ses bras. Ce qui me plaît dans son esprit est visible sur ses lèvres. Je l'ai connue en la regardant."

CLAIRE

jeudi 11 février 2010

Du soufre au coeur - la couv

Le 23 avril,
des volutes de fumée,
quelques pas de danse,
de jolies héroïnes,
Du soufre au coeur,
la langue,
à la caresse,
à l'assaut.

mercredi 3 février 2010

Juste je t'aime ....


Tu te fâches,
m'en veux,
files
mais je n'ai que l'image de toi,
Winston aux lèvres,
un verre de Macon pas loin,
en terrasse Paris XIVe,
dans le froid de janvier,
qui me parle
d'un coeur qui bat la chamade,
d'un grand-père qui meurt
quand tes larmes se cachent,
d'une vie d'hier que tu retiens
pour y déposer un dernier baiser,
d'une maman que tu dois appeler,
de Pascal Jardin, Paul Morand et Nicolas Rey - va savoir pourquoi ... -,
de tes envies enfouies,
de tes secrets révélés,
d'un film qui fait peur - Ring par exemple - que tu veux voir avec moi.
Je t'aime, demoiselle.
C'est fini ?
Non, c'est retrouvé,
comme l'éternité,
la mer allée avec le soleil.
Et, bientôt, on fugue.
Le toi, le moi.

lundi 1 février 2010

Le 23 avril 2010, Du soufre au coeur ...

Nuit grave s'est pris deux balles dans la tête.
La faute à Ben Elton, inconnu.
Nuit grave s'appellera Du soufre au coeur.
Roman d'amour et de petite mort.
J'aimais Nuit grave, ses volutes d'après minuit.
J'aime Du soufre au coeur, poussière de mes insomnies, de mes aubes.
De quoi ça parle ?
"Dans un hôpital aux airs de vieux palace, un jeune homme soigne ses tremblements, cette salsa du diable qui l’oblige, chaque matin, à verser un peu de ouisquie dans son café.
Dans sa chambre, dans le fumoir ou face à des thérapeutes en grande forme, il se souvient d’une jeune femme brune enfuie, Elsa, de la vie qui était la sienne, qui lui file entre les doigts.
Et puis il y a Djamila, Schéhérazade belle au sang bleu et chaud, Djamila débarquée chez les fous.
Dans un immonde où, partout, règnent le laid et le tiède, le jeune homme livre un dernier baroud d’honneur.
Au nom de la grâce et de la beauté qui, dixit Dostoïevski, sauveront le monde.
Du soufre au coeur est l'histoire, émouvante et mélancolique, d’une chute et d’une rédemption au milieu des décombres. Un alcool fort à consommer sans modération."

Du soufre au coeur a, pour exergue, quelques mots de Paul-Jean Toulet : « Ce que j’ai aimé le plus au monde, ne pensez-vous pas que ce soit les femmes, l’alcool et les paysages ? »
Du soufre au coeur commence par un baiser déposé, sur une page blanche, sur les lèvres de Karine Siméon, joli hasard du beau bizarre, matadoreuse du temps qui passe, héroïne du bel aujourd'hui.
Du soufre au coeur : à paraître, à lire, chez Alphée, le 23 avril 2010.

mercredi 23 décembre 2009

Jean-Marc Parisis parle de Paul Gégauff, Tous mes amis, dans le Figaro magazine ...


"Le spectateur, qui se soucie du nom des scénaristes comme de son premier pop-corn, n'a sans doute jamais entendu parler de Paul Gégauff. Celui qui écrivit une quinzaine de films pour Chabrol se pommade malicieusement dans une réplique de Que la bête meure : «Nathalie Sarraute, Butor, Robbe-Grillet, même Gégauff, on aime ou on n'aime pas, mais ça va quand même loin.» Façon de rappeler qu'il avait débuté par quatre fictions, aux Editions de Minuit, dans les années 50. Moins nouveau roman que nouvelle vague, Gégauff travailla aussi pour Rohmer (Le Signe du lion), Clément (Plein soleil), Godard (Week-End) ou Barbet Schroeder (More). Le cinéma comme planche à billets, la littérature comme danseuse. De lui, on réédite Tous mes amis, des nouvelles drôles et noirâtres parues en 1969, préfacées à la hussarde par Arnaud Le Guern. On s'y envoie des crêpes flambées et du rhum rose, on passe de l'Eure à Papeete ; les feux follets Maurice Ronet et Christian Marquand sont cités. Roger Nimier vantait, chez l'animal, «un style vif où la pensée saute d'un mot à l'autre comme une puce» ; il avait raison. Provocateur, mufle, étincelant, royal au bar, Gégauff restera comme «le Brian Jones de la nouvelle vague» (dixit Bernadette Lafont). Plus grand que la vie, il se foutait de tout. «Tue-moi si tu veux, mais ne m'emmerde pas !», avait-il balancé, un jour, à sa dernière femme, de trente-cinq ans sa cadette. En 1983, elle lui mit trois coups de couteau fatals. Gégauff est mort en Norvège, une nuit de Noël, à 61 ans. Le spectateur est prié de s'en souvenir."

lundi 21 décembre 2009

Lettre d'amour


Dans tes mots tendres qui se posent sur la silhouette lointaine de ton grand-père,
Devant un film gore qui ne fait même pas peur,
Dans la folie douce des verres de vodka,
à Berlin, sur les zincs de Paris XIVe ou sur le sable froid de la mer du Nord,
Dans l'esquisse des rires et des baisers de tes 17 ans,
Dans l'accélération de ton souffle quand mes lèvres s'emparent de ta nuque, de tes épaules, de tes seins,
Dans ta mélancolie qui, avant de cogner, éloigne les tempêtes de mon crâne,
Dans ton art féerique et surréaliste de l'amour fou,
Dans la grâce nue qui, sous l'eau brûlante, te pare et met l'eau à la bouche de toutes les envies,
Dans tes moqueries acérées qui défigurent le laid, la bêtise crasse et Nico le petit et sbires associés,
Dans tes sourires quand je parle de Paul Gégauff, de Claude Sautet et de la couleur des années 70,
Dans l'éclat si précieux de tes yeux, around midnight et quand l'aube caresse les peaux,
Dans les mille et une autres choses de cette vie que nous matadorons,
Je t'aime,
mademoiselle,
Je t'aime,
plein soleil de juillet,
dans l'écume d'automne,
sous la neige des singes en hiver,
Je t'aime,
à tombeau ouvert,
le coeur battant.

mardi 24 novembre 2009

Berlin, Berlin


Te souviens-tu, mon amour, de Berlin un ouiquende long de novembre ?
L'air d'automne avait la douceur de ta peau et un soleil improbable, au petit matin, dirigeait son projo sur les têtes brunes de gamins turcs jouant au foot.
Dans Kreuzberg, suivant le camarade Damien Guillaume, nous marchions sur des ruines taguées par des Basquiat de l'Est, géographie réinventée par-delà la faillite.
Dans Mitte, le chic et le toc à la Champs-Elysées. No comment.
Prenzlauer berg, sur les décombres de la RDA, nous insultions, sourire aux lèvres, les bobos, les babas et les poussettes triomphantes.
Un enfant, n'est-ce pas, est corniaud comme ses parents.
Sauf ma Lou', qui t'intrigue, t'enchante, te happe, quand je la fais, d'un coup de fil, complice de nos dérives lointaines.
Karl-Marx Allee, tu en as eu marre.
La faim et le talon en vrac de tes bottines de demoiselle sensuelle.
La faute aux pavés défaits des murs.
Au coeur d'Alexander Platz, j'ai aimé tes dents croquant des Curry Wurtz et tes blanches semelles de vent.
Devant un bistrot appelé "Madame Claude", ta main a cherché la mienne, puis l'a serrée, la nuit tombée, pour faire fuir le froid.
Damien parlait des juifs massacrés, des antisémites d'hier et d'aujourd'hui, de Henry Rousso et du roman - "Du rififi à Ramallah" - que j'éditerais, un jour.
Nous nous engueulions sur Polanski, Frédéric Mitterrand et sur l'art de la pêche les jours d'élection.
Tu m'as dit :
"Je ne sais pas qui tu es".
J'ai répondu :
"Je suis le rejeton de l'écume froissée et d'un rayon de beauté".
Tu as soupiré.
J'ai vrillé, tout cassé, filé, jeté ma clope au vent mauvais.
Tu as murmuré,
à l'heure des aubes grises,
un « Je t'aime » qui, sans cesse, résonne.
Au balcon, en terrasse, dans des bars où les canapés avaient la grâce du cuir défoncé, nous fumions des marlboros, des lucky strike, comme si le monde d'avant n'était pas mort.
Danke.
Bitte.
Et Fuck la commémoration.
Vingt ans après,
les cons lèchent le cul des morts, des bons soldats du capitalisme et des putes au visage triste de l'ex-bloc détesté.
Plutôt le Mémorial des soldats de l'Armée rouge morts pour libérer l'Allemagne.
Pour se souvenir.
Sous nos pieds, Treptower park, 4 800 cadavres.
Avant la fugue finale : vodka russe, éclats de rire et nos corps mêlés à l'instant des songes ivres. Tout était bien.
Te souviens-tu, mon amour, de Berlin un ouiquende long de novembre ?

mardi 3 novembre 2009

Le rire des goélands


Fin de la terre,
face à l'océan,
toujours le vent violent, la pluie sexy, l'écume glacée comme une vodka,
toujours le soufre au coeur,
toujours la langue des poètes :
Brautigan,
Carver,
Bukowski.
La langue, encore, de Paul Gégauff, de Jay Mc Inerney, de Patrick Besson.
Et le fleuve tuera l'homme blanc est un beau roman et Accessible à certaine mélancolie me cogne, à chaque relecture, de sa grâce calme de fin du monde d'avant.

Fin de la terre,
sa main dans la mienne,
toujours ma Louise,
musette mimosa,
luciole de mes semaines amputées,
jolie écolière en vacances,
danseuse sur le parquet des maisons de famille.

Fin de la terre,
là où l'émotion bat,
toujours toi,
mon amour,
partout toi.
Dans le souvenir chaud, comme le souffle de l'été, de tes apparitions.
Dans les dérives brumeuses le long des rues grises du centre de Brest.
Dans le rire des goélands, pointe Saint-Matthieu.
Dans l'appel des baisers, à flanc de tempête.
Fin de la terre,
je souris au hasard de recevoir,
sur l'écran de mon nokia,
tes mots
qui me parlent
de la beauté des frissons
sur la peau
à l'instant où Tom Wesselmann
m'offre,
de son nuage,
l'esquisse
d'une brune héroïne
à la silhouette modiglianesque.