jeudi 21 mai 2009

La légèreté des lucioles


_ Tu es devenu muet ?
_ Je laisse infuser.
_ Quoi ?
_ La lourdeur des jours passés, les idiots au garde-à-vous devant les diktats à la mode, les ravissantes idiotes à la saveur périmée ...
_ Vaste programme !
_ Que je fuis, fin de la terre, au balcon de l'écume et du vent, et dans "la ville où il fait bon vivre", chez mon ami Frédéric Paulin, l'auteur de La grande déglingue.
_ Paris, c'est fini ?
_ Paris, c'est mon home sweet home du XIVe, où ma fille chante des comptines et essaie les chaussures à talons de miss Ylang Ylang, c'est la Closerie des Lilas et c'est l'Ami Pierre - ce repaire pour gueules cassées, dandys old school, belles amies et blondes fugueuses.
_ Ras-le-bol de tes blondes, de tes blondines, de tes brindilles, de tes miss Truc !
_ Elles m'offrent, quand les vertiges se pointent, la légèreté des lucioles.
_ Tu nous saoûles !
_ Je n'ai besoin de personne pour me saoûler.
_ Tu ferais mieux d'écrire !
_ Noyé dans les glaçons d'une piscine, j'envoie un papillon de mots doux et arrogants à une gigolina lointaine pour laquelle Gainsbourg écrivit Judith, chanson d'amour et de petite mort.
_ Tu es désespérant !
_ Ciao ...

lundi 11 mai 2009

Soleil cou coupé ...


Dans sa décapotable VW verte
rescapée d'un vieux monde englouti,
elle roule à fond la caisse.
Dans l'amour comme sur la route,
elle mêle la plus extrême douceur
et la passion des murs fracassés.
Elle porte des gants de cuir blanc,
une robe de nuit
et des bottes de cavalière de l'asphalte.
Tandis qu'elle chantonne,
d'une voix jazzy d'exquise étrangère,
des mélodies
de Gainsbourg
de Miossec
C'est extra de Léo Ferré,
le soleil caresse sa blondeur au vent,
glisse sur la peau,
pose enfin ses lèvres rouges
sur le plus délicat des battements de coeur envolés :
un grain de beauté.

samedi 25 avril 2009

La dolce vita

La bande-son de nos "Nuits graves"
En noir et blanc
où s'imprimerait, par exemple,
le rouge des bottes
de la plus jolie blondine de la Cité,
Miss Judith S. von E.

jeudi 2 avril 2009

Une brindille


Une brindille blonde, la plus exquise des Ashkénazes à l'âme slave et à la mèche d'Albator sur son oeil bleu, esquisse, d'une voix de cristal rieur, les lignes d'ombre des contes de ses mille et une nuits.
Elle a connu des aristos, la coco directo dans les veines, des poètes ivres, les limousines avec chauffeur en bas d'un hôtel particulier, des voyous sorties de taule, les plages bretonnes à l'heure où l'écume roupille, des petits barons de la finance, les messes en latin les dimanches d'ennui, des dandys en Ferrari, la corde au cou des dynamiteurs d'étincelles, des Russes barbus, enfouraillés et flamboyants, les palaces où quelques filles donnent un peu de joie aux insomniaques.
Elle a pourtant attendu 32 ans pour fumer, une longue soirée de printemps, sa première cigarette au comptoir du Scott, planque d'après minuit sise 7 rue Delambre. C'était une bastos, Billie Holiday chantait Strange fruit et la fumée, sur les lèvres de la brindille blonde, ressemblait au tarmac des baisers.

jeudi 19 mars 2009

Volutes


Le jour, la nuit
Une blonde est pendue à mes lèvres
Classe et canaille,
Elle m'offre son souffle
avec la sensualité sexy
des héroïnes de films noirs
Elle aura sans doute
la peau
de mes poumons
de mon coeur
qui, pourtant, s'en foutront grave.
Le jour, la nuit où,
Une blonde pendue à mes lèvres,
Je crâmerai à feu doux,
J'aurai pour seul plaisir
Les arabesques de ses volutes bleus, rouges, orangés,
sous mes yeux pochés.

"Lyrisme post hussard" (III)



Les mots d’Elsa en tête, Théo traça dans la nuit. Le vent froid et la pluie fouettèrent sa griserie, lui ouvrirent la route. Les derniers bars ouverts se vidaient, libérant des braillards anonymes qui invectivaient d’autres braillards anonymes. Bande-son d’une fin du monde qui tirait ses ultimes cartouches.
Elsa habitait Quai de la Pré-Vallée. Théo connaissait le chemin. Il avait eu, quelques mois auparavant, une maîtresse dans le quartier. Une prof’ de droit des affaires dont la sexualité ne s’exprimait que les volets fermés et la lumière éteinte.
Après avoir dépassé la Place de Bretagne et longé la Vilaine, laissant derrière lui les reflets cuivrés de son eau dégueulasse, des parkings et encore des parkings, Théo arriva au pied de l’immeuble d’Elsa. Il pianota sur le cadran du digicode. La porte s’ouvrit, coup de chance. Au téléphone, Elsa lui avait glissé qu’elle logeait au dernier étage.
Dans l’ascenseur, Théo repensa à sa brune silhouette qui banalisait toutes les autres. Elle s’était envolée comme un petit rat quitte le rond de lumière de la poursuite, se retire dans sa loge. Pour changer de tenue, déguster un verre de Pouilly, inspirer quelques effluves de brouillard avant le rappel.
Elsa : un mètre soixante-neuf d’érotisme sublimé par la voix, par les gestes.
Théo aimait la douce folie de ce qu’elle disait et ne disait pas. Il aimait la marque de ses pommettes quand elle soufflait la fumée de sa cigarette, la tête très légèrement inclinée sur le côté. Il aimait le pincement de ses lèvres quand elle était en colère. Il aimait le désir qu'elle faisait naître de retrouver le goût des premiers amours.
L’ascenseur s’ouvrit sur un vaste palier, trois portes dont une entrouverte que Théo poussa sans hésiter. Il traversa le couloir, entra à l’aveugle dans une grande pièce obscure. Il ne voyait que la nuit, le halo de la lune trouant une fenêtre sans persienne et une paire d’yeux fixés sur lui.
Son manteau jeté par terre, il rejoignit le souffle d’Elsa. La nuisette noire qu’il froissa lui révéla la nuque, les épaules, l’intérieur des cuisses et des jambes fines et musclées.
Les lèvres d’Elsa cherchèrent les siennes, sa langue les trouva. Un baiser doux et profond, mouillé d’une salive à boire sans modération, enroulé autour d’autres baisers. Les bras se refermèrent, embrasèrent les fringues, les draps, les sens.

_ Je veux que tu me baises comme un fou.

Théo obéit à l’ordre obscène d’Elsa.
Glissant sur elle, il descendit jusqu’à l’orée de la mine. Il s’ agenouilla, étancha sa soif. La petite mort chaussa ses ballerines. Chaleur au dedans et bleus aux genoux. Il l’aima, elle l’aima, tout était beau.

dimanche 15 mars 2009

Cyrano face aux cochons, aux enculés, aux tièdes, aux laquais et autres minuscules branlotteurs du rien


" d'un coup d'épée, frappé par un héros, tomber la pointe au coeur ! "
- oui, je disais cela ! ... le destin est railleur ! ... et voilà que je suis tué, dans une embûche, par derrière, par un laquais, d'un coup de bûche !
C'est très bien. J'aurai tout manqué, même ma mort.

samedi 7 mars 2009

La jeune fille de Manhattan - 2


Elle rêvait
d'une fugue
à la Gary, à la Drieu
Mais elle ne connaissait
ni Maurice Ronet
ni Alain Leroy
Elle croyait aimer le monde d'avant
Elle était juste d'aujourd'hui
aux ordres des petits diktats des kapos du temps qui ne passe plus
Elle croyait que les hommes la voulaient joyeuse
Les hommes s'en tapaient
Les hommes la voulaient
fragile et violente
mélancolique et gifleuse
douce et les lèvres peintes
Elle croyait carburer à l'excès de vie
Elle n'avait, dans le sang, que la mousse lasse
de ses Capuccinos
Elle est morte
sans s'en rendre compte
Tombée dans l'escalier
à la fin de sa dix-huitième heures de travail
C'était un mercredi
Diable, pourtant, qu'elle était jolie
La jeune fille de Manhattan.

dimanche 1 février 2009

Branlée maison

Dans un coin du ring, il dérouille à
mort.
Bien fait pour sa gueule de bois.
Salaud, enculé, égoïste, cador de merde.
Il morfle comme le mec qui en a trop donné, n’en a trop fait qu’à sa fête.
Il paie cash son outrance.
Il raque pleine face pour l’ensemble de son œuvre :
Les coups du sort, les coups tordus, les coups de poker
Et le peu de beauté qui s’y cachait.

Dans un coin du ring, il se dit pourtant,
La trogne en sang,
Que la beauté, c’était important
La quête des derniers fadas,
Des feux follets adeptes de l’or du temps.
La légèreté du papillon, le coutelas du frelon.
La beauté, il l’a embrassée, l’a castagnée :
Elle se venge.
Elle se rend pas compte, la beauté.

Dans un coin du ring, il sourit encore,
Le corps cassé en deux.
Il encaisse
Il encaisse
Cœur sec comme une motte de terre du sud explosée sur un mur.
Il se prend une branlée maison
Même s’il sait que,
A la fin de l’envoi,
Il touchera,
D’un doigt pas encore mort,
Les lèvres de l’oubli.