lundi 15 septembre 2008

"Lyrisme post hussard" I

Au commencement était la peau d’Elsa.
Une peau de vingt et quelques printemps, légère comme de la chantilly sur la langue.
Une peau qui happa Théo Vailland, une fin d'après-midi de janvier, alors qu’il revenait de la faculté de droit et de sciences politiques. Il avait donné ses cours d’ « Histoire politique » avant de boire des demis avec Frédéric, son meilleur ami.
C’était à Rennes au début du siècle, une drôle d'époque où la fumée offrait encore ses reflets bleutés aux bistrots de France.
Dans les rues de la ville, l’hiver crachait son haleine givrée sur des corps toujours trop pressés. Place Hoche, des SDF avaient plantés des tentes surmontées d’écriteaux « Le froid, ça tue », « Le froid au goulag », « le froid, persona non grata ». Des inscriptions qui voisinaient avec une poignée d’ados en T-Shirts fluos se déhanchant sur une rythmique techno et des filles de l’Est en noir et blanc vêtues d’incandescents tangas, héroïnes glacées d’immenses panneaux publicitaires.
Sur l'esplanade du Parlement de Bretagne, Elsa apparut. Elle passait comme passent les héroïnes dans les films, dans les romans qu'on n’oublie pas : une fugitive silhouette découpant la nuit tombante. Elle ressemblait à beaucoup de filles, classiques beautés blanche et brune aimées rapidement, mais elle était de celles dont Théo tombe amoureux.
Il le sut tout de suite, dès qu’elle le frôla dans un trench rouge à la coupe serrée, bottée de cuir, un béret kaki recouvrant de lourdes boucles noires caressant les épaules. Son pas sur l’asphalte possédait l’éclat des banderilles. Elle avait aussi, à la lueur des réverbères, un joli regard de myope. Des yeux vert et noisette, avec un soupçon de gris, où la lune accrochait des secrets. Des yeux de prise d’otage, soudain braqués sur Théo qui, instinctivement, la suivit.
Elsa se livrait sans attention aux voitures plein phares. Elle se retournait parfois, ne le voyait pas.
Tous les projos étaient braqués sur elle.
Des projos pour son maquillage délicat, un peu de mascara sur la neige et un peu de rose qui souligne les lèvres. Des projos pour la courbe de sa nuque, la pointe de ses seins sous l’étoffe, ses cuisses esquissées.
Elsa était une piétonne exquise.
Rue Gambetta, Théo gagna du terrain tandis qu’une pluie glaciale pointait ses premières gouttes. Il allait s’approcher quand elle rajusta son béret et pénétra, place Saint-Germain, dans un café où il avait ses habitudes : le Bonnie and Clyde.

vendredi 12 septembre 2008

Dans ma gueule

"... surcharge d'adjectifs, lyrisme post hussard, pose romantique. C'est vu et revu. Soyez plus sobre, plus juste. Ne vous regardez pas écrire."

lundi 8 septembre 2008

Merde in France

Nadine Morano se déchaîne sur la piste de danse
Vidéo envoyée par anathemademax

Après les "crocs" de Bachelot, les questions de Morin et le bébé Dati : la flasque bidoche moranesque investit le dancefloor. On en est là ? On demande des Ossètes énervés pour mettre un peu d'ordre !

vendredi 5 septembre 2008

A la recherche du temps en fuite

A Cabourg, Jean revient sur les pas des étés de sa jeunesse. Il a laissé femme et enfants à Paris le temps d’un vagabondage loin de la lassitude et de la mauvaise humeur. A peine arrivé, il suit distraitement une femme dont le parfum – poivre et cannelle - l’attire. Quand elle se retourne, il reconnaît Garance, la petite amoureuse de son adolescence. A ses côtés, Jean va arpenter de nouveau une géographie sentimentale, qui n’a jamais cessé de le hanter, et se souvenir d’Yvonne.
Qui est Yvonne ? La mère de Garance et le cœur battant des Moustaches de Staline, roman dont la petite musique, mêlant grains de folie et ombres tristes, nous rappelle une chanson de Charles Trenet : « Que reste-t-il de nos amours / Que reste-t-il de ces beaux jours / Une photo, vieille photo / De ma jeunesse … »
Chez Cérésa, auteur qui se moque des genres et passe avec légèreté du roman historique à la chronique des amours défuntes, on croise Trenet, des écrivains infréquentables et Sagan, Chet Baker et la Callas ou encore des stars d’Hollywood, seules étoiles pouvant être comparées, dès sa première apparition, à la grâce pimentée d’Yvonne : « Elle portait un débardeur et un short rose. Moi, j’étais sur mon vélo, un peu en retrait, pétrifié. J’avais treize ans, elle vingt de plus. Elle ressemblait à Candice Bergen dans La canonnière du Yang Tsé. »
Les amours de jeunesse ne meurent jamais
S’il embrassait Garance, l’après-midi, au Club Mickey, Yvonne était l’unique obsession de Jean, comme elle obsédait tous les hommes de son entourage : Paul, son mari lunaire et caustique, Tom, son amant ex pilote de l’US Air Force, et une petite cour mêlant mondains, artistes et intellectuels. Trente-cinq ans plus tard, son obsession est identique. A chaque lieu revisité – une villa baptisée « la Colline », des dunes, un casino, le camping où lui, le fils de prolo, passait ses vacances – , Yvonne surgit avec la beauté détachée et un brin perverse des mannequins des années 70 : « Sur la plage, quand elle lisait Truman Capote, Fitzgerald et Graham Greene, elle portait un chemisier transparent, un bikini noir et des chaussures de tennis sans lacets. La pointe de son pied dessinait des cercles par terre. Eclaboussée de blondeur, elle restait ainsi. Pleine de mélancolie et de ferveur. Insaisissable et fulgurante. »
Tandis que Jean s’oublie dans le souvenir d’Yvonne – l’art qu’elle avait de mener son monde à la baguette de son charme-, Garance demande un baiser comme autrefois. Elle lui en veut de préférer sa mère. Elle en veut aussi à sa mère de lui avoir préféré les hommes. Elle s’attache à rectifier son portrait : « Ici, à Cabourg, dans ce paradis perdu qui avait été sa vie, son enfance, sa jeunesse, elle paraissait être à la recherche des mots les plus durs pour qualifier les sentiments les plus doux. »
Jean sait qu’Yvonne a semé la mort autour d’elle, mais il s’en moque. Sous la plume de Cérésa, l’héroïne de ses plus tendres saisons incarne un monde d’avant qui tire, avec style, ses ultimes cartouches, un monde où de jeunes femmes frivoles, parées d’un bikini blanc à pois rouges, pouvaient écrire un roman titré Trois jours en juin – salué par Jean Cau et Pascal Jardin- et où le jardin d’une villa en bord de mer était appelé : Les moustaches de Staline.
François Cérésa, Les moustaches de Staline, Fayard, 258 pages, 2008.
Article paru dans L'Opinion indépendante, le 05/09/2008

dimanche 31 août 2008

L'été pas mort

Chez soi, en terrasse, été pas mort.
Le temps des copains, muse , musette, pablo le chat.
Du rosé, du rouge pour moi, pétard pour les autres.
Je reviens lentement.
Les mots ? Ne pas entamer les neiges de l'avenir.
Chut, on est dedans, dans la carlingue.
La fin de la terre sommeillait sous le ciel gris.
Le soleil, quand il en avait envie, souriait.
Hussard82, blogueuse, a également un beau sourire. Le camarade Marignac a souvent raison.
Mais le plus beau sourire, c'est évidemment CCA, blogueuse aussi, bien plus surtout.
CCA est une belle amie, une blonde héroïne qui sait que l'amour est enfant de bohème et des grands boulevards.
Christian Authier tape fort avec Une belle époque.
Jérôme Leroy, dans La minute prescrite pour l'assaut, cogne notre fin du monde, jusqu'à ce que la langue française pisse le sang.
François Cérésa - Les Moustaches de Staline - dessine une exquise héroïne, je le raconte dans l'Opinion indépendante bientôt.
Et Philippe Vilain se défend bien.
Le trio comique de la rentrée littéraire ? Angot / Millet et JP Enthoven parlant de Bernard-Henri Lewis. A se tordre de niaiseries sentimentaleuses. L'ami Laborde n'est pas loin : son Renaud fait un plat terrible.
Un jour, nous republierons les chroniques "Elle court, elle court, la nuit" de Jean-Michel Gravier. Neuhoff est partant et Frébourg presque d'accord.
Un jour, nous écrirons Le talentueux Mr. Gégauff.
Un jour, tout le monde dira que Les liaisons dangereuses de Roger Vadim, scénario du grand Roger Vailland, est un beau film. Annette Vadim mérite d'y être aimée follement.
C 'est la rentrée ? J'emmerde la rentrée. Ne compte que l'été de nos vies.

samedi 16 août 2008

dimanche 27 juillet 2008

Forza Ricardo Ricco

Ricardo Ricco
est sorti du Tour de France
sous les huées
de la foule
Collabo nazi
Mecton ayant tondu des femmes
Assassin d'enfants
Violeur en série
Ricardo Ricco,
Sachez-le,
s'est juste envolé
Ricardo Ricco
a juste tutoyé les sommets
et les anges
aux ailes en forme de
Paratonnerre
de
Baldaquin

Ricardo Ricco a pris de l'EPO ?
Rappelons que :
Les avocats se dopent
Les juges aussi
Mr le Président sniffe
Carla aussi
Les jeunes cadres dynamiques se dopent
les vieux aussi
les chanteurs aussi
et les écrivains encore
les acteurs, n'en parlons pas.
Le démarrage de Ricardo Ricco
dans l'étape qui menait à Bagnère-de-Bigorre
ne doit rien à l'EPO
mais tout à Marco Pantani le cador
le maestro
qui, avant de mourir,
a espéré
qu'on se souvienne, un jour,
non pas du sexe,
mais des ailes,
des anges.
Ricardo Ricco
est un ange
qui tchine
avec Lucifer.


jeudi 3 juillet 2008

PAUSE

L'été s'est pointé. Soleil en terrasse, jupes courtes et longues jambes des filles. Envie du grand large, de la fin de la terre, des bords du Léman. C'est pour bientôt.
L'été, c'est-à-dire le temps des muses, des musettes et des copains.
Frédéric Paulin, par exemple, est un copain, le meilleur d'entre tous. A la Baligan's garden party 2008, le plus petit festival du monde qui, depuis 8 ans, se tient fin juin dans le jardin rennais de Thomas Baligan, Frédéric était un Prince au milieu de 150 personnes. Chemise blanche, verre à la main, mots à l'assaut, à la caresse. A la BGP, la nuit avait le goût des alcools forts et l'aube, le charme blanc d'un éclat de rire. A la BGP, Piuma - la fragilité bluesy dans la voix de Romy, la stylée chanson de gestes d'Emily - a offert un beau concert. Il faut écouter Piuma et regarder le clip de La route : http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendid=105959340
L'été, je délaisse les anonymes, les posts, les coms, les working girls : je m'en vais au bras de la langue française. La mienne, celle des autres. Celle de l'excellent Philippe Lacoche dont la nouvelle Autumn Square, au Rocher, est une merveille où le drame se faufile entre une adorable jouisseuse sexygénaire et une jeune mère de famille à la grâce sensuelle. Celle de mes amis Authier et Leroy dont les prochains romans, Une belle époque et La minute prescrite pour l'assaut, seront dans ma sacoche. Celle de François Cérésa dont la couverture des Moustaches de Staline donne des envies de plage.
A mon retour, en septembre, je parlerai sans doute, encore, de Miss Ylang-Ylang, des blondes héroïnes, des brunes desesperadas, de la beauté de minuit quand Christophe chante Tandis que sur des paroles de Marie-Pierre Chevalier et que la lune trinque aux gouttes d'or. Je parlerai sans doute, encore, de ces lieux magnifiques et improbables que sont les bistrots, de Jean-Michel Gravier et Paul Gégauff, de Mac Nulty et Omar Little, de l'alcool qui rend touchant, qui rend fou et de mes habituelles babioles et obsessions. Si tout va bien.
En attendant, silence and salute.