
De Camille, le narrateur ne garde que quelques images aux couleurs passées et des SMS hargneux. Par exemple : « Quel père. Jeune. Brillant. Humaniste. Les enfants s’en rendent compte. Petit à petit. » suivi de « Pauvre homme, dire que tu vas sur ta soixantaine. » Il prend ces fléchettes fielleuses pour ce qu’elles sont : peu de choses. Il y voit la confirmation qu’ « il n’y avait plus moyen de vivre avec cet amour mort entre nous, comme le cadavre d’un enfant noyé. » Ce qui, par contre, lui est insupportable, c’est le nom que prononce Camille après lui avoir annoncé : « Je suis avec quelqu’un. ». Pierre Maurin, l’ancien voisin du couple, un publicitaire fier de ses « vingt briques par mois ». Mais Pierre Maurin était surtout devenu son comparse de célibat. Disparaissant du jour au lendemain dans les bras de Camille, Maurin trahit l’amitié, cette noblesse de l’âme qui réunit les mâles solitudes autour d’une bonne bouteille, de mots embrumés et de la vision de Linda Fiorentino dans Last Seduction.
Personnage caricatural d’une époque dont la morgue se perd lentement dans les désillusions, Pierre Maurin va morfler pour tout le reste, pour la douleur qu’on tait : le père qui meurt, les enfants qu’on ne voit plus, qui manquent atrocement. En puncheur facile, Neuhoff l’achève comme il se doit : « Je t’emmerde Pierre Maurin […] Tu baises mon ex-femme. Tu as des costards sur mesure. Tu joues les patriarches avec mes fils. Quelqu’un de meilleur que toi aurait été dévoré par la honte et le dégoût. Mais tu n’es rien d’autre, avec ton ego si fragile et envahissant, qu’un de ces frimeurs à lunettes de soleil qui se garent en double file avenue Montaigne, un ivrogne tiré à quatre épingle. Le seigneur des bars à putes, mister Partouze number one, le baiseur hors-norme, le queutard né, le Don Juan des couches-culottes et des yaourts allégés. » Après la guerre, la guerre continue…
in L'Opinion indépendante, le 21/09
1 commentaire:
Décidément, les Camille sont toutes les mêmes... je plaisante. je ne l'ai pas encore lu, encore que je reconnaisse une certaine audace à Albin Michel. N'ont-ils pas publiés les derniers Dantec? Cela vaut au moins le purple heart isn't it?
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