Affichage des articles dont le libellé est service littéraire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est service littéraire. Afficher tous les articles

lundi 16 mai 2016

Bory, Naulleau, Besson et Loulou ...


Jean-Louis Bory est un double maudit. Son premier roman, Mon village à l'heure allemande, obtient le prix Goncourt, en 1945. Il a alors 26 ans. Puis, bien avant le moderne coming out, il évoque son homosexualité dans Ma moitié d'orange en 1973. Deux best-sellers qui encagent, tuent lentement. Bory, pédé superstar, entre reconnaissance gay et insultes seventies ? Ca ne pouvait durer. A Jean-Louis Curtis, il glisse : “Je suis las d'être devenu le gugusse de l'homosexualité militante.” Le spleen devient son compagnon de mauvaise fortune. Dépression au dessus du jardin de sa maison de Méréville. Il achète une carabine. On ne sait jamais. Une nuit de juin 1979, on a su.

Bory, trop rarement, revient sur le devant d'une scène littéraire minuscule. Une biographie, signée Daniel Garcia. Un anniversaire. Un avant-propos, ou un article, d'Eric Neuhoff. Un best-of du « Masque et la plume », dont il a fait les belles heures radiophoniques en ferraillant avec Georges Charensol. Le ton montait très vite. Ce s'énervait, se bousculait, se réconciliait. Ils étaient les Sartre et Aron du 7e art. En plus drôles. Il était préférable d'avoir tort avec Bory que raison avec Charensol. Pour s'en convaincre, une merveille oubliée : ses chroniques cinématographiques publiées chez 10/18 dans les années 70.

Si Bory était un beau parleur des ondes et des plateaux TV, le meilleur de son style, ce qui restera quand les années auront tout balayé, il l'offre chaque semaine au Nouvel Observateur, après s'être fait la main dans Arts. Les papiers de cinéma de Bory sont un roman édité dans le journal de Jean Daniel et recueillis, en plusieurs tomes : Des yeux pour voir (1971), La nuit complice (1972), Ombre vive (1973), L'écran fertile (1974), La lumière écrit (1975), L'obstacle et la gerbe (1976), Rectangle multiple (1977). Des volumes à ouvrir après avoir consulté l'index, ou au hasard. On corne des pages. On souligne des morceaux de bravoure. On y revient.

Bory nous raconte une histoire de France, décalque en 24 images/seconde de celle de Michelet, à travers les regards de Godard, Chabrol et Claude Sautet. Une autre époque et une certaine idée de notre « cher et vieux pays ». Pas de Luc Besson dans les pages de Bory, ni de danybooneries. Pasolini s'invite, Bunuel aussi. Frontières ouvertes aux génies. La vulgarité est prise en grippe. Il y a des partis-pris, des emballements et des cibles. Vadim est maltraité. « Le véritable Et Dieu créa la femme, c'est Godard qui l'a tourné, et cela s'appelle Le Mépris. » Ce n'est rien, en comparaison du traitement réservé à Michel Audiard : « A propos du cinéma supportable ou insupportable, les films de monsieur Audiard sont hors de ma compétence. Beaucoup trop subtils pour moi. Monsieur Audiard, nul ne l'ignore, est le Molière du Hurepoix. Il est même le seul Molière du Hurepoix à filmer directement en audiard. J'ai déjà marché dans de l'audiard. Comme c'était du pied gauche, ça m'a porté chance. Il ne faut pas abuser des bonnes choses. » La réponse d'Audiard sera cinglante. Duel à coups de plumes aiguisées.


D'une oeuvre l'autre, Bory dessine son univers. Le charme discret de la bourgeoisie n'est pas détesté. Des jeunes filles embrassent des ouvriers. Les garçons hésitent entre les mamans et les putains. Il commence à y avoir trop de flics dans les rues et sur les écrans. La joie et la mélancolie jouent au ping-pong. Chaque chronique est un enchantement. Le cinéma y était à la fête. C'était avant. Francis Ford Coppola acquiesce : « Il n'y a plus de cinéma: il y a des films. » Et Bory est mort.

***

37bis Boulevard de la Chapelle, le froid et des forces de l'ordre. Une figure imposée depuis un triste vendredi 13. Pour réchauffer l'air d'automne, Eric Naulleau et Graham Parker mêlent littérature et rock n' roll. Etincelles promises dès l'invitation : « On les emmerde le 23 novembre aux Bouffes du Nord. » Inutile de préciser la cible visée. Avant de gagner leurs strapontins, Cyril Montana et son amie, Jeanne, se mettent en condition. Prendre garde, toutefois, à l'abus de vin rouge portugais. Cyril avoue ne guère connaître Graham Parker. On se rappelle son apparition, filmée par Judd Apatow, dans 40 ans: Mode d'emploi et une phrase de Bruce Springsteen : « Il est le seul rockeur pour lequel j'achèterais une place de concert. » Du balcon du théâtre, Parker a la voix de Bob Dylan jeune et le visage de Dennis Hopper vieux. Ses lunettes fumées aux reflets jaunes font leur effet. Sur scène, Naulleau fait les présentations : « 40 ans de rock vous contemplent. » Nous pensions connaître Eric. Ex-terreur cathodique du samedi soir, lettré camarade de joutes de Zemmour et fan de beau jeu footballistique. Nous nous trompions. Eric est un éternel adolescent dont l'idole se nomme Graham Parker. Une addiction qui donne son titre au texte dont il lit des morceaux choisis : Parkeromane. Sa voix est en place; son émotion, à fleur de peau tannée. A chaque titre interprété par Parker - « Watch the moon come down », « Between you and me », « Don't ask me Questions » -, le regard de Naulleau se perd dans les souvenirs. Les années défilent; on voyage. De la France de Giscard d'Estaing à Minneapolis. En guest-star : Yves Calvi circa 1977, Philippe Manoeuvre, Ken et Barbie, et le poète Henri Cole. On pense à un beau roman de Philippe Lacoche : Tendre rock. A la fin d'un long rappel, mots et notes sont enlacés dans les têtes. Ca donne envie de trinquer. Au bar, le sourire de Tristane Banon fait plaisir. Un certain Patrick Lefebvre, absent, est épinglé avec drôlerie. Sylvie Le Bihan-Gagnaire oublie une blessure au genou en badinant avec « un jeune homme prometteur »: Gautier Battistella. Gaspard Proust est évoqué. Son prochain spectacle et la sortie de L'Idéal, film de Frédéric Beigbeder dont il tient le premier rôle, sont attendus en 2016. Nathalie, silhouette brune et bronzée venue de la Côte d'Azur, s'amuse à faire l'autruche dans son sac Chanel. Naulleau et Parker apprécient, d'un éclat de rire partagé. Ils sont heureux; ont réussi leur coup. Douceur des choses pas morte.

***

C'est une histoire d'amitié, d'amour et de vengeance : deux hommes et des femmes en banlieue rouge. Patrick Besson, le gamin de Montreuil de 28 Boulevard Aristide Briand, nous amène à Malakoff entre juillet 1989 et la fin de l'année 93. Notre révolution contemporaine : « Quand les français apprirent à marcher et à téléphoner en même temps. »

Philippe, malade du coeur en attente d'un greffon, et Vincent, professeur de lettres, sont voisins d'immeuble. Ils se retrouvent au café Le Carrefour ou au Kémia, aujourd'hui Café M. De quoi parlent deux camarades qui ne le sont pas vraiment ? Ils refont le monde en train de se défaire et passent en revue les filles de leur vie, comme des militaires. Il y a le bicentenaire de la prise de la Bastille et des mères très présentes, la volée de revers de Stefan Edberg et Monica Seles, des murs qui tombent et des petites amies. Vincent, qui tient la plume du roman, aimait à l'époque autant la bicyclette que les femmes. Les femmes de Philippe, surtout, auxquelles il offrait des bicyclettes : Vanessa, Sonia, Karima. Il les fait rire sans être drôle : « Vous n'avez pas d'animal domestique ? Non: une aide ménagère ». Technique de drague imparable. Elles se donnent assez facilement, vont et viennent, avant de s'enfuir. Vincent n'est pas fréquentable: « Être la cocue d'un cardiaque : la honte. » Elles savent qu'il finira mal. C'est-à-dire : mort.

Besson ne s'embarrasse pas d'un mauvais suspens. Préfère une chute finale, qui ressemble à une fugue. On pense à Une femme riche; également à Accessible à certaine mélancolie et Belle-soeur. Des romans où les enfants tristes des présidences Chirac et Mitterrand tentent de ne pas se perdre. Ne mets pas de glace sur un coeur vide est dans cette ligne douce et dure. Temps suspendu à la pointe sèche des dialogues et fulgurances. Besson a réussi son coup. Il date nos joies et notre spleen. On en redemande. Ca tombe bien. Pense-bête – suivi de Sorties est déjà en librairie.

Patrick Besson, Ne mets pas de glace sur un coeur vide, Plon
Patrick Besson, Pense-bête – suivi de Sorties, Mille et une nuits

***

Nous n'avons pas encore lu Loulou Robert. C'est compliqué : on ne parle que d'elle. Ce qui donne l'impression de tout savoir, déjà, sur Bianca. En lice pour le prix Goncourt du premier roman. La concurrence est sévère chez Drouant. Face à Loulou, Olivier Bourdeaut est favori avec En attendant Bojangles. Au festival « Lire à Limoges », il a séduit sans forcer lectrices et libraires. Uniquement les lectrices ? Les hommes, on le sait, ne lisent pas. Les armes imparables d'Olivier : disponibilité, sourire et humilité. La rançon de la gloire et du succès. Dans le désordre. Loulou n'était pas à Limoges. Normal : elle est partout ailleurs. Fille de Denis, journaliste préféré de Clearstream et Philippe Val, et soeur de Nina, elle a imposé son prénom. Il faut s'y faire. Quand on reçoit, par exemple, un sms de Baptiste Liger : « You're in love with Loulou ? » Un aveu : nous nous sommes demandé qui était Loulou. C'était, comme dans la publicité, avant. On ne jure désormais que par elle. Loulou a eu droit à son portrait pleine page dans Libération, à la colonne de Frédéric Beigbeder dans le Figaro Magazine. Les magazines féminins, non plus, ne l'ont pas manquée. Top modèle et écrivain : une jolie carte de visite pour une brune sensuelle d'1m72 née à Metz, passée par Paris et New York avant retour dans la capitale. Plus sexy que les écrivains-éditeurs, espèce en voie de disparition, ou que Christine Angot, qui bouge encore. Une mode pourrait être lancée. Ce ne serait pas pour nous déplaire. Il y avait Géraldine Maillet; il y a Loulou. Ses lignes fines et claires; ses courbes douces. Un esprit stylé dans une silhouette longiligne. Notre premier souvenir d'elle : dans les pages de Lui. Le numéro de l'été 2015. Marie de Villepin était en couverture, sein gauche en liberté et guitare entre ses doigts érotiques. Loulou : la fille de la porte d'à côté. Légèreté des mots et chic des photos signées Leïla Smara. Un autre souvenir : son évocation par Franck Maubert, à la sortie d'un déjeuner à la Cantine du Troquet, rue du Cherche-midi. Au menu : couteaux à la provençale, lottes, un coteau d'Aix et Loulou. Franck a lu Bianca, a aimé, le conseille. Les beaux goûts de Maubert. La mise en bouche du roman de Loulou est enfin sous nos yeux : « Je m’appelle Bianca. C’est ma mère qui a choisi ce prénom. C’est son côté « Américaine » même si l’Amérique, elle connaît pas. Il y a un mois jour pour jour, assise dans mon salon en compagnie de Teddy, le chat de la maison, je regardais la télévision. Teddy dormait, les lignes de ses lèvres supérieure et inférieure me souriaient. Il avait l’air bien. Je me suis dit que si je fermais les yeux et laissais tout aller, je sourirais peut-être comme lui. Les lignes bleues qui sillonnent mes poignets ont été inondées de rouge, du rouge sur le sol, sur mes vêtements. Au moins, ce n’était plus tout noir. Au moins il y avait de la couleur. » Se suicider à 16 ans, on n'a pas idée. Littérature suit, quelques années plus tard. Nous sommes sous le charme.

Loulou Robert, Bianca, Julliard

Textes parus dans Schnock, le Figaro, Service littéraire et Technikart

vendredi 6 février 2015

Des coeurs à prendre - Arnaud Guillon/ Tableau de chasse


Arnaud Guillon nous manquait. Depuis 2007 et Hit-Parade, six nouvelles que rythmaient des mélodies de Françoise Hardy, Stevie Wonder ou Michel Delpech : rien. On se replongeait pour patienter dans Ecume Palace (prix Roger Nimier 2000) et 15 août, délicats romans du temps suspendu. Guillon est un orfèvre du soufre au cœur, un écrivain de charme. Il esquisse comme personne des paysages oubliés, des sentiments en fuite ; il sait se jouer des silences et des mots d'amour triste.

Dans Tableau de chasse, on retrouve, intact, son art du plaisir, des petits luxes et de la mélancolie. Manon et Vincent, jeune couple, ont du plomb dans les ailes. Elle s'ennuie ; lui travaille trop. Un ouiquende en Normandie, chez les parents de Vincent, leur sera fatal. Il y a le soleil, qui caressent les peaux, des baignades, des parties de tennis et des bulles, de la maison Pol Roger, en terrasse. Il y a surtout l'arrivée d'Eric, ami de la famille. Eric a la cinquantaine élégante. Sa femme et sa fille sont restées à New York. Il roule en Alfa Romeo Coupé Bertone, navigue sur un vieux 470. Eric a tout pour plaire à Manon : « Même si elle était curieuse de l'avenir, elle trouvait romanesque l'idée d'arrêter le temps et de disparaître en pleine jeunesse, un jour d'été, au côté d'un homme dont elle tombait amoureuse. »

Lisant Tableau de chasse, on pense aux films de Sautet scénarisés par Jean-Loup Dabadie. Guillon possède la même légèreté profonde, où rôdent les drames intimes : « Où étaient-ils, tous ces gens qu'on avait croisés, aimés, consolés, écoutés ou admirés, avant de perdre leur trace ? » Les Choses de la vie sont citées ; Vincent, François, Paul et les autres également. Ne pas omettre César et Rosalie. Eric est tantôt Sami Frey tantôt Yves Montand. Manon, en robe blanche révélant ses longues jambes bronzées, a la grâce folle de Romy Schneider. Elle sourit, s'allonge sur la plage, s'offre à son amant face à un miroir, se met en colère, invente des mensonges. Il n'est pas certain, bien sûr, que tout ceci finisse bien. On ne badine pas, en bord de mer ou dans les rues de Paris, avec la passion.


Arnaud Guillon, Tableau de chasse, éditions Héloïse d'Ormesson
Papier paru dans Service littéraire, février 2015

jeudi 4 septembre 2014

Noire est la beauté - Jérôme Leroy/L'Ange gardien


Depuis L'Orange de Malte, en 1990, Jérôme Leroy s'est toujours joué des genres : nouvelles, polar, poésie, anticipation, flânerie. Homme élégant du communisme, tendance Roger Vailland, il n'en fait qu'à ses envies, souvent teintées de mélancolie. C'est que, derrière ses Ray-Ban, Leroy ne manque rien des dérèglements de l'immonde, qu'il observe sans oublier un monde d'avant où des jeunes filles en fleur avaient plaisir à lire Paul-Jean Toulet sur le rebord des tombes.

En 2011, Le Bloc dressait, en se focalisant sur quelques figures d'un parti très à la mode, le tableau d'une France sous émeutes et sous perfusion. L'Ange gardien va encore plus loin, plus profond, quêtant le dessous des cartes de la mort en marche. Mort d'un « cher et vieux pays », mort des sentiments, mort de la douceur des choses. Le parti très à la mode est sur toutes les lèvres et tous les bulletins de vote. Des officines complotent dans l'ombre. On tue sans compter pour assurer le désordre public. La République ressemble à une Grèce saignée à blanc, où les derniers rejetons de la beauté tentent d'échapper à la lourdeur assassine des temps. Il y a Berthet, tueur et amateur de poésie dont on veut la peau ; Martin Joubert, écrivain à bout de souffle ; et Kardiatou Diop, étoile montante de la politique, secrétaire d'Etat sortie d'une chanson de la Motown ou d'un film de la Blackexploitation.

Dans L'Ange gardien, Leroy mêle les voix et les silhouettes. « L'ange gardien », c'est Berthet. Il a sauvé, il y a longtemps, la jeune Kardiatou ; la protège depuis sans qu'elle soupçonne son existence. A la même époque, Joubert enseignait le français à la brillante demoiselle dans un collège de Roubaix. Aujourd'hui, Kardiatou est candidate aux élections municipales à Brévin-les-Monts, terre minière dévastée, face à Agnès Dorgelles, superstar du parti très à la mode et fille-à-papa. On sent qu'un mauvais coup se prépare, réunissant, ultime baroud d'honneur, Berthet, Joubert et Kardiatou.

Nous n'en dirons pas plus quant à l'histoire chorale finement ciselée par Leroy, dont la langue possède une classe folle, à la fois au plus près de son récit et se permettant d'élégantes digressions. Livre après livre, rappelons-nous Bref rapport sur une très fugitive beauté, Un dernier verre en Atlantide ou La Minute prescrite pour l'assaut, il ne cesse de nous parler de la singularité de la France et d'être français. Face à la horde sauvage de la bêtise, Leroy croit encore à la beauté qui sauvera le monde. Il vise juste, et touche plein coeur. La beauté passe par les poèmes de Perros, un déjeuner de soleil et d'amitié au Jeu de quilles, rue Boulard, une chanson de Mort Shuman, un Côte-Rotie de Jean-Michel Stephan ou par l'amour en bord de mer avec une gymnaste ou une nageuse, le soleil pâle du petit matin filtrant par les volets d'une chambre d'hôtel. Nous avons trouvé nos anges gardiens …

Jérôme Leroy, L'Ange gardien, Gallimard, Série Noire.
Papier paru dans Service littéraire, septembre 2014

mardi 25 mars 2014

Koster se fâche ...



Alors que la mode est au clash et au bashing sur fesse bouc ou twitaire, le grammairien Serge Koster, qu’on devine peu à l’aise avec ces nouveaux mots de l’immonde, nous parle de ses fâcheries d'écrivain. Mes brouilles : le titre claque. Une promesse de mise au poing ? Pas uniquement. C'est surtout, pour Koster, une autre manière de se raconter, après un autoportrait sous le masque de Léautaud et une fugue dans l'ombre des blondes hitchcockiennes. A travers quelques querelles, minimes ou d’importance, il met sa peau sur la table : « Je me suis si souvent brouillé avec les autres qu’il faut que je le sois depuis toujours avec moi-même. » Les premières pages de Mes brouilles ressemblent à un pas de deux entre Léautaud et François Nourissier. Ce qui a son charme, acide et à vif. Puis l’auteur taille, dans ses souvenirs de trente ans, de savoureux morceaux de bravoure mélancolique. Ecrivain : une vie de chien, entre os à ronger et crocs plantés. Etablissant le tableau des mœurs littéraires, Koster est parfait. Certains s’en sortent mieux que d’autres. Roland Jaccard, à son habitude, est éblouissant. Philippe Tesson, également, porte beau. A l’inverse, Josyane Savigneau, ex starlette du Monde des livres, tombe de haut. Le passage où elle rugit, alors qu’elle lit une scène de sexe : « Oh, j’ai envie, j’ai envie ! » Pour l’achever, d’un éclat de rire, Koster cite Patrick Besson : « Mme Savigneau est l’exemple [...] de l’échotière douée devenue critique pataude pour finir en biographe conventionnelle. » Une sacrée chute.

Serge Koster, Mes brouilles, Léo Scheer, 2014
Papier paru dans Service littéraire, mars 2014

samedi 13 avril 2013

Et c'est ainsi qu'Ali est grand ...




Quand il prend la plume, Frédéric Roux cogne. On sent le boxeur. Il suffit de se souvenir de certains de ses livres : Lève ton gauche !, Ring ou sa très bonne bio de Mike Tyson, en 1999. Pas étonnant donc que, dans Alias Ali, Roux s’intéresse au plus grand, celui qui titrait son autobiographie : The Greatest. La vie de Cassius Clay, devenu Mohammed Ali, étant un roman, Roux en écrit un, où pas une ligne pourtant ne semble être de lui. Ca ressemble à ce que Georges Plimpton avait entrepris pour raconter Truman Capote. Roux a tout vu, tout lu, tout entendu sur le héros. Se plongeant et coupant dans la masse de mots, d’impressions et de témoignages recueillis, il a créé une œuvre de 620 pages. C’est une performance, au sens artistique, et ça fonctionne à merveille. Ali est là, à chaque ligne, évoqué par sa mère, ses entraîneurs, sa femme, ses adversaires. On le suit pendant son enfance ; on monte avec lui sur le ring ; on croise Malcolm X ; on prends des coups ; on est champion du monde poids lourds; on flippe devant Liston, Frazier et Foreman ; on subit la déchéance du champion malade. La bande-son est signée Sam Cooke et Bob Dylan. Par-delà le corps du boxeur et ses éclats d’âme, l’Amérique des années 60/70 est mise en lumière, en accusation : ségrégation raciale, assassinat de JFK, Vietnam, Elvis, Nixon. Entre les cordes tendues, les protagonistes ferraillent, les répliques s’enchaînent. Les meilleurs plumes américaines sont de la partie : Don DeLillo, Hunther S. Thompson, Norman Mailer, Nick Tosches. Ne pas oublier Budd Schulberg – scénariste de Sur les quais de Kazan et auteur de Qu’est-ce qui fait courir Sammy ? et du Désenchanté autour de Fitzgerald. On lui doit cette fulgurance : « Clay a fait autant pour rendre la boxe glamour que Marilyn Monroe a fait pour le sexe. » Normal, finalement, que la boxe ait toujours passionné les écrivains. Il s’agit d’écrire comme Ali boxait : « être aérien comme le papillon et piquant comme la guêpe. » La formule est de Drew Bundini Brown, entraîneur et âme damnée. Elle signe la légende d’Ali, à laquelle Frédéric Roux offre, avec Alias Ali, un hommage monumental, punchy et stylé.
 
Frédéric Roux, Alias Ali, Fayard, 2013
Papier paru dans Service littéraire, mars 2013

mardi 8 mai 2012

La politique est un travail de nègre


Un texte qui a plu à François Cérésa, notre camarade de Service littéraire, dont le prochain numéro sort la semaine prochaine ...
Parce que de Gaulle et Mitterrand avaient un brin de plume et “une certaine idée de la France”, parce que Pompidou citait Paul Eluard après le suicide de Gabrielle Russier, chaque histrion politique de droite ou de gauche se veut aujourd’hui écrivain.
Ils sont, paraît-il, quelques-uns à rédiger eux-mêmes leurs textes: Mélenchon, Dupond-Aignant, Bayrou. On le devine facilement pour Mélenchon, dont le verbe a allumé la mèche de la révolte dans Qu’ils s’en aillent tous ! et qui propage l’incendie à la tribune de chacun de ses meetings. On peut l’admettre avec Dupond-Aignant, homme d’idées malheureusement pourvu d’un Bic de plomb. On a très envie, par contre, de conseiller au Bayrou de La France solidaire, qui hésite entre le statut de paysan béarnais et celui d’ancien prof de lettres, de se retirer dans sa ferme et trouver le nègre sachant mettre en forme sa prose bégayante.
Revue d’effectifsQuand il n’est pas présent, le nègre mériterait souvent d’être appelé. Quand il oeuvre dans la très grande vitesse, il est l’oublié de couvertures où paradent des pantins qui, sous les sunlights, affirment volontiers : “J’ai pensé que ...”, “J’ai écrit que ...”, “J’ai voulu dire que ...”
Il est vrai que le lyrisme pompier de Villepin est très aisé à pasticher. Il est vrai aussi que même un adolescent neuneu peut imaginer ce qui se passe derrière les lunettes, vertes ou rouges, d’Eva Joly, ce qui évite de fouiller de trop l’extrême dureté de l’ancienne magistrate. Il est vrai, enfin, que Marine Le Pen n’a pas à se perdre en remerciements quant à son Pour que Vive la France : une bibliographie suffit, un disciple anonyme d’Alain Soral ayant compilé pour elle des citations de Bernanos, Michéa, Todd, Montesquieu ou Orwell qui, tous, n’ont jamais désiré servir de prothèse cérébrale à un FN à l’encéphalogramme plat.
Le Président et les écrivains
Le plus drôle, comme toujours, est le Président Sarkozy.
Lecteur historique de Marc Lévy et, très récent, de Sagan, il voulait son livre. Il s’installa à son bureau et griffonna quelques feuilles, qu’il montra à Emmanuelle Mignon, dame patronesse revenue de chez Luc Besson.

_ T’en penses quoi, Emmanuelle ? C’est génial, non ?
_ Dreyer, c’est obligé ? Tu devrais centrer sur le projet, Nicolas.
_ Ca m’emmerde et tu m’emmerdes. T’as qu’à le faire, toi. Moi, j’suis crevé.

Le livre n’a pas vu le jour, remplacé par une Lettre aux Français. Sur le coup, le Président Sarkozy aurait bien fait de s’inspirer de Changer de destin de François Hollande, du soin apporté dans le choix du nègre, Aquilino Morelle, puncheur à la très bonne gauche. Le Président Sarkozy, surtout, aurait dû lire quelques auteurs travaillant au plus près du réel de nos tristes jours. Deux ouvrages et une revue lui auraient donné le goût du style, c’est-à-dire le goût de la France : Il faut qu’il parte de Sébastien Lapaque, réédité en poche avec une préface à la grâce assassine ; La France de Nicolas Sarkozy de François Taillandier où la beauté d’une langue et d’un esprit sauve, un peu, l’immonde ; et Charles, trimestriel dirigé par Arnaud Viviant, qui imagine un gouvernement des écrivains où l’on retrouve, notamment, Frédéric Beigbeder à la Culture, Flore Vasseur à l’Economie et la charmante Bénédicte Martin à la Condition féminine.
L’élection passée, on peut espérer que monsieur Sarkozy, de retour à Neuilly, aura le temps de s’offrir ces plaisirs de lecture.

mardi 13 septembre 2011

Beigbeder au coeur d'une bibliothèque en ruines


Dans le Service littéraire du camarade Cérésa, en vente jeudi prochain, vous pourrez lire mon ami Christian Authier parlant de Simon Liberati. Roland Jaccard, François Bott, Eric Neuhoff, Anthony Palou également. Et mes quelques mots sur les 100 livres que Frédéric Beigbeder embarquerait sur cette île déserte que nous cherchons tous ...

Quand Jeff Bezos, pédégé d'Amazon, inventeur d'une tablette numérique froide comme un cadavre et serial killer du verbe chair, assure que “Le livre papier est une vieille technologie qui a beaucoup d'inconvénients”, Frédéric Beigbeder sort son revolver. Faisant feu de mélancolie, il se souvient des doigts délicats d'une jeune fille tournant, dans un avion, les pages d'Amants, heureux amants de Valery Larbaud. Beigbeder a raison : les jeunes filles ont un charme fou alors que leurs yeux se posent sur une couverture, sur des caractères imprimés, et qu'elles se laissent happer par une histoire titrée Mémoires d'un jeune homme dérangé ou Un roman français.
En 2001, Beigbeder s'était intéressé, avec Dernier inventaire avant liquidation, aux 50 ouvrages préférés des Français, saluant notamment Breton, Fitzgerald, Céline et Proust. Dix ans plus tard, dans Premier bilan après l'apocalypse, il choisit lui-même, godelureau snob et popu à la fois, 100 livres à rapter au coeur de nos bibliothèques en ruines.
Peaufinant des chroniques données à Voici, Playboy et au Figaro magazine, il offre le roman de ses lectures, se raconte dans le miroir d'artistes aux fêlures masquées de style. Il évoque sa découverte de San Antonio, trinque chez Castel avec Jean-Jacques Schuhl et Bernard Frank, réunit Bukowski et Truman Capote, oublie Morand et Drieu la Rochelle au profit du cinéaste Yann Moix, dérive dans New York avec Jay McInerney, partage la Vie de Patachon de Pierre de Régnier avec Simon Liberati, se rappelle sa rencontre avec Blondin, tombe amoureux d'héroïnes nommées Sagan ou Dorothy Parker. En éternel gamin de Guéthary et parolier des sensuelles Chanteuses, Beigbeder parle aussi de Paul-Jean Toulet comme personne : “Orphelin de mère, il a cherché sa beauté toute sa vie, partout, l'a retrouvée parfois, et perdue souvent.”
Au hasard d'une page, enfin, il donne la clé de cette beauté, écho infini de nos plaisirs : "Oui, on aimerait, comme James Salter ou Charles Simmons, devenir un beau vieux, au lieux d'un vieux beau. Simplement s'asseoir en costume froissé, et fermer les yeux pour se récapituler, glanant çà et là les moments de joie qui ont justifié notre présence sur terre. Oh, ce n'était pas grand-chose, “une maîtresse italienne tout ce qu'il y a de bien, qui prenait l'avion n'importe où pour me rejoindre", trois fois rien, les yeux émeraude de Lara Micheli, un soir d'automne, au Café du Soleil, à Genève …" Après l'apocalypse, lisons Beigbeder.

Frédéric Beigbeder, Premier bilan après l'apocalypse, Grasset, 2011
Papier paru dans Service littéraire, septembre 2011

jeudi 19 mai 2011

François Simon, voyageur sentimental

Les Simon, dans les lettres françaises, c'est comme les Besson, les Jardin ou les Leroy: le talent a choisi son camp. Si Yves S. incarne le vieux matuvu pour rombières en chaleur – variante du gai pinson Philippe B., de l'idiot de la famille Alexandre J. et du Goncourt falot Gilles L. -, François Simon est un flâneur mélancolique qui nous enchante à la manière d'un Patrick Besson, Pascal Jardin ou Jérôme Leroy. Le chroniqueur gastronomique masqué du Figaro et de Direct 8 ne connaît pas les genres. Qu'il signe un roman – Toscane –, qu'il nous fasse découvrir une petite table de haute tenue – « Le jeu de quille », rue Boulard, Paris XIVe – ou qu'il nous invite à dîner avec un exquise jeune femme à la grâce très française, il n'en fait qu'à sa fête, tantôt triste tantôt joyeuse, toujours stylée. Pars ! - sous-titré Voyager est un sentiment - est ainsi un petit précis de la douceur de vivre loin de la vulgarité des temps présents : « Rien n'est plus trompeur qu'une ville étouffée sous le tourisme. Elle couve. Elle cache des vipères et des frelons. » De Kyoto à Berlin, de Paris à Sao Paulo, de la route 66 à l'Afrique du sud en passant par New-York et la Sicile, sans oublier une Petite Reine qu'il suit dans le sillage du dandy des sprint Mario Cipollini, François Simon se souvient, écoute, aime, marche, sieste, mange, boit, prend des taxis et note ses émotions sur un carnet Moleskine ou sur du papier à en-tête d'hôtel. A Londres, il écrit : « J'aime bien cette ville lorsqu'elle est glaciale et les filles à moitié nues. » Ailleurs, le long du Rio Grande : « Une jeune fille, surgie de l'inattendu, court en tee-shirt bleu pétrole et pantalon mandarine. » Entre les pages, la jeune fille croisera les ombres de Paul Morand et John Lennon, Truman Capote et Elizabeth Craig, Louis-Ferdinand Céline et Marlene Dietrich. Une dernière phrase ? « Le bonheur est comme un train partant à des heures irrégulières. » On dirait du Blondin, du Larbaud ou le Frank de Géographie universelle. C'est du François Simon, voyageur vagabond à la langue qui incite à la fugue.
François Simon, Pars ! Voyager est un sentiment, Robert Laffont, 2011
Article paru dans Service littéraire, mai 2011

samedi 23 avril 2011

Les petites morts de Patrick Besson



Qu'il s'intéresse aux mystères de l'Afrique, à Mike Tyson ou à la troublante disparue niçoise Agnès Le Roux, Patrick Besson est un écrivain proustien. Il quête le temps perdu, datant ses tristesses tel le Baudelaire de Mon coeur mis à nu. Dans la lignée de 28 boulevard Aristide Briand et Tour Jade, où Besson partait de quelques rues de sa vie pour se rendre « accessible à certaine mélancolie », Come baby laisse la mémoire vagabonder sur le corps des jeunes femmes. Un court roman vrai, en forme de flânerie sur le vif des sentiments, mots précis à l'assaut et à la caresse.
Astrid est une journaliste people blonde, râleuse et sensuelle. Elle a tout pour plaire, sauf ce qui attache – « la désinvolture ? Le désintérêt ? » Alors qu'elle réapparaît à une table du Grand Véfour, Besson se souvient de leur histoire et d'un séjour en Thaïlande pour l'oublier : « On ne devrait pas dire une histoire d'amour mais une histoire, parce que vient toujours le moment où il n'y a plus d'amour. »
Entre l'ours et la poupée, il y eut des voyages de presse, Un parfum de jasmin de Michel Déon, des chambres d'hôtel, l'ombre de Romain Gary, des taxis, la Corse puis le vide des coeurs battus que Besson comblera en regardant en boucle Lady Bar, un téléfilm tourné en Thaïlande.
L'une des actrices - « Pamela Anderson thaï » - l'obsède, se superpose à la silhouette d'Astrid. Besson veut la rencontrer, l'effleurer. Il n'arrivera pas jusqu'à elle, happé par deux adorables prostitués, Aom et Noï, qui habiteront ses nuits dans la chambre 0812 du Shangri La de Bangkok. « Come baby », lui disent-elles avant, pendant, après l'amour. Besson note : « On ne voyage pas en Thaïlande pour assouvir ses besoins sexuels, mais pour voyager dans sa jeunesse avec la faculté de l'arranger à son goût. »
Restent alors l'empreinte douce d'un dernier baiser au petit matin, des billets glissés dans un sac, une photo sexy envoyée par SMS et les peaux mêlées d'Astrid, Aom et Noï. Une certitude, aussi : le plaisir, tarifé ou non, est la petite mort de l'homme de cinquante ans au corps fatigué, à l'esprit détaché des pâles illusions.

Patrick Besson, Come baby, Mille et une nuits, 2011
Article paru dans Service littéraire, avril 2011, sous le titre "Les cons de la rivière Kwaï"

dimanche 20 mars 2011

Soral, Ardisson et "Petits acacias"



Sur Causeur , je frustre avec joie les pro et les anti Alain Soral.
Les pro veulent qu'on leur explique pourquoi leur maître est un génie ; les anti ne supportent pas la simple évocation de l'essayiste et de son amie Marine.
Il aurait fallu, en outre, parler du "fond" de Comprendre l'Empire et le faire, à la manière lourdingue et ennuyeuse d'un Fine quelle crotte ou de Soral lui-même.
Le "fond", je suis tombé dedans et j'ai tiré à vue sur la forme du petit livre noir d'un Soral grande gueule et très mauvais à l'écrit.
C'est à lire ici : http://www.causeur.fr/comprendre-soral,9226
Happé, toujours, par le "plaisir aristocratique de déplaire", je salue comme il se doit, dans les pages de Service littéraire de François Cérésa, la mort du présentateur télé Thierry Ardisson.
Son Dictionnaire des provocateurs, écrit par le sinistre Joseph Vebret, aura été son avis de décès.
Dans Service littéraire, journal d'écrivains comme l'étaient Arts, La Parisienne ou L'Idiot international, les mots sont à la fête et signés : Roland Jaccard, Frédéric Schiffter, Eric Neuhoff, Christian Millau, Christian Authier, François Bott, Frédéric Vitoux, Jacques Aboucaya, Anthony Palou, Philippe Lacoche.
Du beau, du bon, du dispersé "façon puzzle", du classieux.
Pour lire sur le ouèbe, pour s'abonner, pour tout savoir, c'est ici : http://www.servicelitteraire.fr/
Loin de Soral, d'Ardisson et tutti merdi, il sera bientôt question, sur ce blogue et ailleurs, de Frédéric Berthet, du Come baby de Patrick besson, de Tout Paris de Bertrand de Saint-Vincent. La langue française telle que nous sommes quelques-uns, encore, à l'aimer. Le style à l'assaut, à la caresse. Le style à l'oeuvre en pleine fin du monde, fronts japonais, libyen ou stupidement "Viiip". Le style qui, par exemple, à la suite de la soirée d'inauguration du salon du livre, a allumé la mèche de la nuit.
Il y avait - au Jeu de Quilles, rue Boulard, Paris XIVe - les camarades Leroy et Serafini, ma belle amoureuse et une exquise Chinoise à Paris. Benoît Reix, chef hautement talentueux, cuisina Carpaccio de veau sous la mère au parmesan et agneau de chez Desnoyer. Guillaume servit Arbois pupillin de Pierre Overnoy, Cheverny Villemade, cuvée "Les petits acacias" et quelques autres bouteilles, merveilles naturelles qui font tourner les tables.
Jusqu'au petit matin, dans l'ivresse légère et la fumée : amour fou et socialisme utopique, mélancolie et Mélenchon, dolce vita et cul de Marine, lunettes noires et Paul Gégauff, Flirts en hiver et monde d'avant, ouiquendes plein soleil et vulgarité des tristes temps où nous vivons, Jean-Pierre Enard et DSK, fulgurances des moralistes français et poésie de la peau des jeunes femmes, La Haine et feux follets ...
La beauté, définitivement, beau soucis et antidote.