dimanche 6 janvier 2008

Rendez-vous à Samarra

Noël avalé, le Nouvel an bu - souvenir exquis de la voix de Sid Vicious chantant My Way -, les conseils des donneurs et donneuses de bonnes résolutions aux oubliettes - arrêter de fumer, se préserver, savoir raison garder, disparaître ... -, il est temps de se rendre à Gibbsville. C'est-à-dire de lire, de relire : Rendez-vous à Samarra de John O' Hara. Le plus beau des romans, une tuerie qui nous dit tout sur la chute et l'impossible rédemption d'un homme. Dans les années 30 aux Etats-Unis comme aujourd'hui, partout.
Un 24 décembre, au Lantenengo Country Club, Julian English balance son verre à la figure d'un gras monsieur. Juste parce qu'il n'aime pas la gueule du bedonnant. Croit-on. En fait juste parce qu'il est difficile, parfois, passé un certain degré d'ordurerie du monde, de ne pas laisser quelques neurones dans la grande bagarre. Après ce geste absolument pas gratuit, Julian va tout perdre en deux jours. Avec la méthode triste et flamboyante de ceux qui s'imaginent tenir en équilibre par la grâce de la dive bouteille mais finissent par y tomber.
Les verres de ouisquie bus par Julian sont le choeur déchirant de Rendez-vous à Samarra. Ils nous disent tout d'une enfance qui ne passe pas, de l'amitié qui s'en va, de la laideur d'une époque où les truands ont parfois la trogne de gens sans histoires. Ils nous parlent aussi des danseuses au décolleté affolant les boussoles, jeunes filles légères et profondes qu'il faut arracher aux soirées ennuyeuses pour leur offrir un grain de folie. Ils nous parlent encore d'une femme aimée si longtemps avant de l'aimer si mal, une femme dont les mots de colère déchirent la nuit : " Ah ! stupide Julian, haïssable, moche, vil, méprisable petit salaud que je hais ! Tu m'as fait ça à moi et tu sais que c'est à moi que tu l'as fait ! Tu le sais. Tu l'as fait exprès. Pourquoi ? [...] Si tu savais la moindre des choses, tu saurais qu'en ces moments-là, j'ai encore plus envie de toi qu'en n'importe quel autre. Mais tu bois cinq ou six whisquies et tu veux absolument être irrésistible. Tu ne l'es pas. J'espère que tu l'as compris. Mais tu ne l'as pas compris. Et tu ne le comprendras jamais. Si je t'aime ? Oui, je t'aime. Je le dis comme je dirais que j'ai un cancer si j'avais un cancer. Aussi simplement. Sans hésitation..."
Elle s'appelle Caroline. D'elle, à la fin du roman, O'Hara nous dit que : "Pendant tout le reste de sa vie, ce qui lui paraissait long, même si elle mourait dans une heure, la pensée de Julian lui donnerait toujours envie de pleurer. Elle ne pleurerait pas sur lui. Il était très bien maintenant, mais à cause de lui, parce qu'il l'avait quittée et qu'elle n'entendrait plus le son des petits V de métal sur un sol dur, qu'elle ne sentirait plus son odeur, l'odeur des chemises blanches bien propres et des cigarettes, et parfois du whisky."
Lire Rendez-vous à Samarra (Bernard Pascuito éditeur), lire John O'Hara, cousin d'Amérique de Drieu.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

On ne donne pas de leçon, ni de résolution, juste un conseil en tant que prêté pour un rendu.

ALG a dit…

Personne, évidemment, n'était visé en particulier. Et puis les conseils, les leçons ne sont pas importants. L'important, jeune anonyme, c'est O'Hara, son "Rendez-vous" qui, j'en suis certain, vous tirera sourire et larmes.

Alfredo Smith-Garcia a dit…

Une des plus grandes scènes de suicide de la littérature: Drieu+Fitzgerald=O'Hara

Les moissonneuses a dit…

encoreuntrucquej'aipaslu.