jeudi 4 septembre 2014
Name-dropping #5 : Fabrice Gaignault, Anne Berest, Laurent de Sutter, Claudia Cardinale
Fabrice Gaignault:
On a failli ne pas s'en rendre compte. Nous étions parti quelques jours fin de la terre, face à la mer ; entouré de livres à lire, d'autres à écrire. Ça nous est tombé dessus en passant sur Causeur.fr. Alain Paucard, qui écrit bien et pense mal, ou l'inverse, a éreinté Vies et mort de Vince Taylor (Fayard), beau livre que Fabrice Gaignault a consacré au chanteur de « Brand New Cadillac ». On ne comprend pas trop ce que Paucard reproche à Gaignault, hormis l'absence d'une bibliographie et d'une discographie. Peut-être d'avoir rédigé l'ouvrage que lui, Alain, aurait aimé écrire ? Avec Vince Taylor, Gaignault ajoute un chapitre à ses mythologies, après Égéries sixties et Aspen Terminus – où il sondait le cœur et les reins de la charmante Claudine Longet, accusée d'avoir refroidi son mari. Gaignault n'est jamais aussi bon que dans ces textes mêlant récit, enquête en costume sur mesure et flânerie intime. Ultime touche d'élégance : Gaignault a lu les écrivains rares, donc précieux. La réédition de son Dictionnaire de littérature à l'usage des snobs (Le Mot et le Reste) nous enchante. On y croise grands cramés, héroïnes et dandys des lettres. Au milieu de notices sur Albert Cossery, Henry Jean-Marie Levet, Dorothy Parker, Guy Dupré, Sunsiaré de Larcône, Frédéric Berthet ou encore Jean-Jacques Schuhl, cette réponse d'Edna Ferber au dramaturge Noel Coward l'apostrophant « Edna, vous ressemblez presque à un homme » : « Vous aussi, Noel. »
Anne Berest:
Nous nous étions promis de parler d'Anne Berest. Pas seulement parce qu'elle est née en 1979, année de naissance des plus jolies apparitions. On pense à une brune demoiselle que notre ami Cornelius surnomme « La grande fille », clin d'oeil à un roman de Félicien Marceau. Mais Anne Berest a tout pour nous plaire. Ses deux premiers romans – La fille de son père et Les patriarches – étaient des réussites. Elle avait également adapté, pour le théâtre et Edouard Baer, Pedigree de Patrick Modiano. Elle a surtout suivi, telle une flâneuse sentimentale, les pas de Françoise Sagan. Sagan 54, paru au printemps chez Stock, mêle la vie de Françoise au moment de la parution de Bonjour tristesse et les éclats d'âme d'Anne Berest partie à la recherche du « charmant petit monstre ». La tête ailleurs, nous allions oublier de saluer les qualités de son texte : liberté, légèreté et volupté. C'était avant de lire, la gorge serrée, une touchante nouvelle, titrée « Ma tante Zelda » qu'elle a offerte à Madame Figaro. Une phrase, au hasard : « Nous sommes entrées dans une chambre sous les toits, comme un nid aux couleurs de champagne et aux murs dorés. » Il est recommandé, en août, de glisser dans vos bagages Sagan 54 et, tel le plus chic des marque-pages, les feuilles volantes de « Ma tante Zelda ».
Laurent de Sutter:
Depuis son premier livre, Pornostars – Fragments d'une métaphysique du X, on a plaisir à lire Laurent de Sutter. C'est un philosophe pop, belge et dandy ; « sachant écrire », aurait précisé le Général de Gaulle. Il peut évoquer avec la même délicatesse Deleuze, les films de Jean Eustache, son indifférence à la politique ou les plus belles scènes des hardeuses Zara White, Mélanie Coste ou Sasha Grey. Ce n'est pas rien. De Sutter a jadis été publié par notre ami Roland Jaccard, dont il a pris la suite, aux PUF, à la tête de la collection « Perspectives critiques ». Métaphysique de la putain est au catalogue de Léo Scheer, maison élégamment tenue par Angie David. De Sutter, on le voit, a l'art de choisir ses éditeurs. Il a l'art, surtout, de signer des textes de haute tenue. La première et la dernière variations, deux balades bukowskiennes, de sa déclaration d'amour aux prostituées, « les actrices de la vérité », sont d'une classe folle. Entre les deux – d'une évocation de Godard à Joyce en passant par les BD de Chester Brown ou Crepax - , on se régale tout autant. De Sutter s'intéresserait aujourd'hui à l'actrice et playmate, au destin tragique, Anna Nicole Smith. Il nous tarde de le lire sur le sujet.
Claudia Cardinale:
L'été est la saison de la dolce vita, que nous pouvons également nommer Dolce Claudia, pour reprendre le titre de l'album édité par les éditions Contrejour, dirigées avec style par Isabelle et Claude Nori. Thomas Morales en a déjà parlé, ici, avec talent. Il nous tarde, d'ailleurs, de lire les Lectures vagabondes de Morales : son plaisir en littérature. Ce sera en octobre. En attendant, on admire Claudia Cardinale, alors inconnue, shootée sous tous ses angles beaux par un photographe tout aussi inconnu. Elle a le naturel au galop, à la caresse. Les photographies dormaient loin de nous. C'était un crime contre la grâce, qu'Isabelle et Claude Nori ont réparé. Pour achever de nous enchanter, le crooner balnéaire Frédéric Schiffter joint ses mots aux photos de Claudia, signant un poétique « Éloge de la starlette ». Sur la plage, on se perdra dans les pages de Dolce Claudia et on lira, de Schiffter, Petite philosophie du surf, que réédite Atlantica. En attendant de découvrir, en septembre, son Dictionnaire chic de philosophie, préfacé par Frédéric Beigbeder qui, lui, publiera un nouveau roman, Oona & Salinger (Grasset), dont nous reparlerons, ici ou ailleurs.
Texte paru sur Causeur.fr, août 2014
mardi 15 juillet 2014
Un été avec Jean-Jacques Schuhl
La première fois que nous avons lu des nouvelles de Jean-Jacques Schuhl, c'était dans Vanity Fair, avec des illustrations de Pierre Le-Tan, et dans Lui. On a gardé précieusement ce numéro de Lui. Il y avait Schuhl au sommaire et, en couverture, Kate Moss shootée par Terry Richardson dans une pose inspirée d'Aslan, qui venait de mourir. La peau nue et les mots, à la caresse : la beauté, parfois, sauve l'immonde.
On n'a pas oublié notre lecture des textes de Schuhl. Leur charme était entêtant, tel un parfum. C'est rare chez les nouvellistes français. On a pensé au regretté Frédéric Berthet. Nous avons relu plusieurs fois chaque nouvelle : « Un dernier amour d'Andy Warhol », « Une robe de chambre postmoderne » et, notre préférée, « La cravache ». On y croisait des filles anglaises au teint pâle, Fred Hugues et le fantôme de Valérie Solanas, une femme en dessous chics et à quatre pattes qui annonçait : « Je suis un cheval. » A la fin de chaque nouvelle était annoncé le recueil à venir, titré Obsessions. Clin d'oeil à Baudelaire, à un film noir des années 40 et à des effluves signées Calvin Klein.
Obsessions est venu s'ajouter à notre bibliothèque schuhlienne, à côté de Rose Poussière, Télex n°1, Ingrid Caven – prix Goncourt 2000 – et Entrée des fantômes. Nous y avons retrouvé les nouvelles déjà lues, des textes parus dans Libération et des inédits. A chaque fois, de minuscules changements avaient été opérés entre ce que nous connaissions et ce qui avait été imprimé. La Schuhl's touch est là : le soucis du détail. Il le trouve dans les pages des journaux, dans des photos découpées, dans des poèmes lointains. C'est que Schuhl se moque d'être un écrivain. Il préfère sculpter le romanesque. Le nom d'une rue, la couleur d'une veste ou la grande bouche rouge de Paloma Picasso, par exemple. Son affaire, c'est le temps perdu. Il le remonte à sa guise, ciselant la légèreté de chaque phrase. Quand Jean Eustache, Jacques Rigaut, Helmut Berger ou Jean-Luc Godard passent entre les lignes, il s'agit de ne pas peser. Schuhl, justement, se déplace dans ses histoires tel un danseur étoile. Son style chaloupé, d'une élégance folle, s'envole brusquement, offrant des moments de grâce : « La Mercedes roule lentement sur le quai de Montebello, la lumière bleutée du plafonnier est allumée, masse sombre des arbres, scintillements de lumières sur le fleuve, elle traverse le pont du Carrousel, longe l'Esplanade, passe devant la Cour, jardin des Tuileries sur la gauche, le Marly là-bas ... » C'est le plus délicat des poèmes. Tout comme cette fusée, sur fond de « Fly me to the moon » : « La fille a un fond de teint blafard, des cheveux blonds de film noir. »
Schuhl n'est pas précieux, parce qu'il est rare -cinq livres en 40 ans. Il est précieux, parce qu'il écrit comme personne : petits luxes, humour et fulgurances. Livre de printemps et de crooner, Obsessions sera la mélodie de notre été, à lire et siffloter à l'ombre d'une terrasse, au bar d'un hôtel ou plein soleil.
Jean-Jacques Schuhl, Obsessions, Gallimard
Texte écrit pour Causeur Magazine (été 2014). Non publié because foutebol. A paraître, au hasard des jours, sur Causeur.fr
mercredi 22 juin 2011
S'asseoir en costume froissé ...
"Oui, on aimerait, comme James Salter ou Charles Simmons, devenir un beau vieux, au lieux d'un vieux beau. Simplement s'asseoir en costume froissé, et fermer les yeux pour se récapituler, glanant çà et là les moments de joie qui ont justifié notre présence sur terre. Oh, ce n'était pas grand-chose, "une maîtresse italienne tout ce qu'il y a de bien, qui prenait l'avion n'importe où pour me rejoindre", trois fois rien, les yeux émeraude de Lara Micheli, un soir d'automne, au Café du Soleil, à Genève ..."
Frédéric Beigbeder, Premier bilan après l'apocalypse
vendredi 1 avril 2011
Balnéaire et sexy
Ici et ailleurs, sous peu, nous parlerons du Dernier album des Chanteuses qui fait penser au titre d'un roman de Sagan : un peu de soleil dans l'eau froide. Le dossier de presse, classieux et sexy, annonce : "Du vrai rock balnéaire et sexy, des ballades punk, et un tube d'électro-dance parodique." Dans leurs chansons, signées par un certain Octave Parango, Victoria Olloqui et Priscilla de Laforcade nous parlent de l'été, du Père Noël, d'alcools forts, de starlettes cannoises, d'amour fou et d'amour triste, de gueules de bois, de caresses, des ombres de nuit, de silhouettes en bikini, entre autres. Sea, sex, sun et légèreté : tout pour nous plaire.
mardi 11 janvier 2011
La plage en hiver
Les quelques jours d'avant le licenciement final, il est bon de flâner de Paul Gégauff à Bernard Frank et Françoise Sagan, de se souvenir d'un déjeuner au 28, rue Frankin Roosevelt, avec Thierry Marignac, de tomber sur youtoube sur quelques scènes de Pauline à la plage - Arielle et Amanda Langlet -, de se dire que Rohmer manque, d'avoir très envie d'embrasser les seins délicieux de ma douce, de laisser infuser le temps en lisant quelques lignes de Modiano illustrées par Pierre le Tan - Memory lane -, d'ouvrir Rester normal à Saint-Tropez et Linda aime l'art pour ne pas oublier que Philippe Bertrand dessinait les plus jolis culs du monde, de trouver que, décidément, même en janvier, l'été tarde.
Les quelques jours d'avant le licenciement final ressemblent à une plage en hiver avec sa bande-son légère comme une caresse sexy, comme un baiser salé sur la peau. Avec Je secoue la tête, "Les chanteuses" nous enchantent. Elles s'appellent Priscilla et Victoria et Frédéric Beigbeder, qui a griffonné à la oldscoule les paroles du titre, les aiment beaucoup en bikini.
Les quelques jours d'avant le licenciement, Gégauff, Frank, Sagan, Marignac, les seins de ma douce, Amanda Langlet, Rohmer, Modiano, Le Tan, les culs selon Bertrand, "Les chanteuses", les bikini : une certaine idée de la France.
jeudi 30 décembre 2010
Creezy

jeudi 18 novembre 2010
Remember BB 60
C'était en juillet sur Causeur.fr, c'est ici maintenant. L'été, encore ...L’été, c’est le soleil, des lunettes noires, un bikini, la plage.
L’été, c’est Bardot, son apparition sur le port de Saint-Tropez dans Et Dieu créa la femme, toutes ses apparitions depuis, « sur l’écran noir de nos nuits blanches ». Dans Le Mépris bien sûr – « Et mes fesses ? Tu les aimes, mes fesses ? » – ; dans Les femmes, merveille tournée en 1969 par Jean Aurel, scénarisée par Cécil Saint-Laurent, avec Maurice Ronet.
L’été, c’est B.B. quand elle chante « Coquillages et crustacés », « La Madrague » ou les bonbons sensuels offerts par Gainsbourg.
L’été, enfin, c’est B.B. dans les mots légers et profonds de François Nourissier.
A la fin des années 50, Nourissier considère qu’il n’a encore rien publié de bon. Un petit bourgeois, premier de ses romans qu’il appréciera quelque peu, viendra plus tard, en 1963. En attendant, il dirige la rédaction de La Parisienne et traîne son spleen de jeune éditeur à la foire de Francfort. Perdue au milieu des livres insipides, une couverture le cogne. Etalé sous ses yeux : « Le corps négligé, impudique et rieur (mais oui, rieur) de Brigitte Bardot ». Le texte de cet ouvrage italien est signé Simone de Beauvoir. De retour à Paris, Nourissier la contacte pour lui proposer une réédition en français. Beauvoir est gênée, bafouille, parle d’impôts, fuit. Nourissier demande alors à Roger Vailland, à Pieyre de Mandiargues et Paul Morand si le sujet Bardot les intéresse. Tous refusent, laissant à notre seule imagination le plaisir d’esquisser leurs mots sur la silhouette de BB. C’est donc Nourissier qui, en quelques pages, va sculpter Bardot telle qu’elle est à jamais dans nos mémoires : une mythologie française, c’est-à-dire une Star, ce claquement de langue qui évoque une étoile pendue au cou d’une nuit de pleine lune.
La beauté, ce beau souci…
La grande question de l’époque, à la Une des magazines, est : « Faut-il brûler B.B. ? »
Avec la classe infinie du styliste, Nourissier répond d’entrée en amoureux des courbes sensuelles et en puncheur précis : « De toutes les armes que nous offre la vie quotidienne pour régler ses comptes à la sottise, la jeunesse et l’impudeur d’une femme sont les plus douces. » L’air de rien, il ne lâchera plus, ni B.B., ni ceux qui ne voient en elle qu’une écervelée insignifiante. A sa jolie héroïne de France, il réserve ses émerveillements et son oeil bleu délicat ; aux autres, il dit l’urgence de la grâce qu’ils ne connaîtront jamais, eux qui préfèrent celles que Paul Gégauff nommait « les bonnes femmes ».
Pourquoi Bardot, hier comme aujourd’hui ?
Lire et relire Nourissier, se mettre en bouche les lignes de beauté qu’il trace : « Que l’on caresse du regard, vite, les images innombrables de Bardot ; que l’on profite vite d’un plaisir innocent, car, sitôt les yeux relevés, on les posera sur un monde de lèvres et de visage clos. L’énorme bêtise des hommes d’Occident devant le sexe et devant leur désir éclate en de certaines occasions. L’aventure Bardot en est une. S’il n’existait aucune autre raison de l’aimer et de bavarder un peu librement sur le compte de cette belle personne, la seule envie de faire acte de présence y suffirait. J’entends la seule envie d’être parmi ceux qui l’auront dit : la beauté n’est pas honteuse, la beauté a des droits, nous devons respecter en elle une dignité d’avant la faute, joueuse et familière. »
Et à la fin de l’envoi, B.B. ancrée dans les coeurs battants et Nourissier terriblement vivant loin de cette Miss P. qui le fait crever lentement, se souvenir que : « Sous la mythologie, sous l’entreprise et le triomphe publicitaires, il existe ce miracle gratuit et parfaitement injuste : les privilèges d’une petite fille née belle. »
mercredi 15 septembre 2010
Comme dans un poème de Valery Larbaud


mardi 14 septembre 2010
Les biches, une fin d'été
Oublions les sinistres crétineries autour de la mort de Chabrol.
Imaginons son dernier éclat de rire vachard devant les hommages de Christophe Girard ou du valet de l'UMP Xavier Bertrand qui a salué, avant tout, ses talents d'acteur ...
Souvenons-nous que Chabrol n'était ni un "humaniste" - comme l'a affirmé de ses lèvres pincées la toujours sinistre et sans charme Isabelle Huppert - ni le joyeux drille de la Nouvelle vague.
Chabrol, c'était un dandy rondouillard et très français d'extrême-gauche, bourgeois déniaisé sur l'homme et la femme, le bien et le mal, par Paul Gégauff à la fin des années 50, Gégauff grâce auquel il a pu taper avec férocité et violente drôlerie sur les précieux ridicules du temps et de l'esprit.
Dans toutes les nécros de Chabrol, Gégauff est le grand absent. Personne - à l'exception du camarade Leroy, sur Causeur.fr - n'a parlé du scénariste des Bonnes femmes, des Cousins, de Que la bête meurt, du terriblement anar et quasi Audiardesque Docteur Popaul.
Rohmer déjà, à la mort de Truffaut, s'était énervé contre cette guillotine du silence qui, depuis si longtemps, touche Gégauff.
Gégauff était à la fois trop raffiné et trop grande gueule, trop populo et trop aristo, trop stylé et trop réactionnaire. Ses interviouves des années 70 sont des festivals de fulgurances, pamphlet et poésie à vif à la fois. Le 7e art morflait, en plein dans la gueule de sa prétention.
Gégauff est mort en 1983, poignardée par sa femme une nuit de Noël; Chabrol a alors fait du Gégauff sans lui, le coeur un peu usé, le regard fatigué.
Des films des dernières années restent en mémoire Les masques sur les hypocrisies de l'univers TV, la décontronction acide de Poiret dans les Lavardin - et les seins de Pauline Lafont -, la silhouette cabossée de Gamblin dans la Bretagne brumeuse d'Au coeur du mensonge et puis des personnages ratés d'écrivains pervers et libertins - il fallait la plume de Gégauff pour les réussir, ceux-là ... - et puis Dutronc dans Merci pour le chocolat et puis Laura Smet nue et les cheveux mouillée par la pluie - Une demoiselle d'honneur - et puis la tyrannie evajolyenne de la juge de L'ivresse du pouvoir.
C'était toujours légèrement mal ficelé, baclage assumé des intrigues et des personnages qui n'empêchait pas le clou de se planter, de faire mal juste ce qu'il faut. Ca donne envie, ce soir, de revoir Les Biches.
Parce que Gégauff.
Parce que Jacqueline Sassard sur le pont des Arts.
Parce que Jacqueline Sassard dans son bain, sa jambe sortant de la mousse.
Parce que la classe infinie de Stéphane Audran.
Parce que Trintignant aussi.
Parce que le sud.
Parce que la vue sur la mer.
Parce que la douceur et les éclats des choses de la vie.
Parce que l'amour, la petite mort.
Parce que l'été s'en va, lentement, mais la peau des héroïnes, toujours, est le grain de beauté qui nous aimante.
jeudi 9 septembre 2010
Une fille pour l'été

Que font-elles, sous le soleil des vacances, allongées sur leurs serviettes pleines de sable ?
Elles portent des lunettes noires, bronzent seins nus, remplissent des grilles de mots fléchés, laissent leur esprit dériver vers quelques envies inavouables – bel inconnu à embrasser, ivresse douce, nuit d’amour à la belle étoile.
Proposons leur un peu de son, des mélodies du monde d’avant à écouter sur leur Ipod ou autre Itruc: Sea sex and sun de Gainsbourg, J’aime regarder les filles de Patrick Coutin ou L’amour à la plage de Niagara.
Proposons leur aussi de découvrir l’art de la fessée tel que le raconte Jacques Serguine dans son roman coquin L’été des jeunes filles.
Parlons leur, surtout, de Roland Jaccard et de ce bijou qu’est Une fille pour l’été.
Sexe, sarcasmes et mélancolie
Homme des flirts en hiver, des escapades viennoises à la poursuite de Karl Kraus et du « rire du diable » quand le diable à la frange de Louise Brooks ou d’une lolycéenne du Soleil Levant, Jaccard fait sonner la langue avec la précision d’un sniper classieux : « Paris me pesait. Nous étions début juillet. Comme chaque année, je me demandais comment affronter le grand vide de l’été. » Pour éloigner, le temps d’une saison, son suicide programmé, Jaccard avance sa pièce maîtresse : « Une étudiante aux Beaux-Arts que je connaissais à peine, Shade, m’avait accompagné au cinéma Action Christine pour voir le film de Rokuro Mochikuzi : Onibi le démon. Nous avions distraitement échangé quelques baisers. Au moment de nous quitter, je lui avais dit : “Et si nous partions pour Tokyo ?” Pour seule réponse, j’avais senti sa langue frétiller dans ma bouche et ses doigts caresser mon sexe. ».
Direction Tokyo donc, où l’ombre érotique d’une certaine Asako est partout, où l’histoire d’amour ne commence pas. Chez Jaccard, l’amour est un échec et mat désabusé – « Je jouerai à être ton premier amour et toi à être mon dernier » – où les amants ne se retrouvent, bien plus tard à Paris, que pour voir Eyes wide shut de Stanley Kubrick. Le film ne plaît pas. La faute à Tom Cruise – Nicole Kidman fumant de l’herbe en caraco blanc est, quant à elle, d’une sensualité qu’elle n’offrira plus. La faute à Shade, qui oublie trop vite les mots de Pessoa tirés du Livre de l’intranquillité : « La vie m’écoeure comme un remède inutile. »
Incandescence triste
L’été s’en va, Shade aussi, laissant place à des « poupées frigides » et à des fantômes fragiles nommés Marie, Amélie, Mélanine ou Sylvia Plath qui écrivait : « J’ai besoin de ce qu’il y a de plus impossible, quelqu’un qui m’aime quand je me réveille la nuit. »
L’été s’en va, Jaccard croise ses vieux amis Louis Scutenaire, Charles Bukowski, Woody Allen et Ennio Flaiano, le scénariste de la Dolce vita et de Huit et demi.
L’été s’en va, il est l’heure, peut-être, du départ pour Vegas, ce voyage ultime qu’effectuait un Nicolas Cage ravagé, au plus près de l’incandescence lumineuse et triste d’Elisabeth Shue, dans le crépusculaire Leaving Las Vegas.
Pourquoi Las Vegas ? « Il y a des piscines, du soleil, de l’arnaque, de l’inanité, des jeux et ce grand jeu que nous jouons tous avec la mort. Vous le savez aussi bien que moi : la société a plus à voir avec une party de suicidaires à grande échelle qu’avec une organisation d’êtres rationnels. Ce désespoir tranquille qui nous bouffe ici, au moins dans le désert hystérico-orgiaque du Nevada nous y échapperons. »
Les jeunes filles, l’été, l’amour, la mort et, à la fin de l’envoi, Jaccard qui touche.
lundi 6 septembre 2010
La haine des plages



Ami des surréalistes, poète, essayiste, il est l’auteur d’un dictionnaire de poche du pop art et de nombreux romans – notamment Qu’est-ce que Thérèse ? C’est les marronniers en fleurs, salué par Mandiargues et Truffaut – où les sens sont à la fête. Frédéric Schiffter parle de lui dans ses Délectations moroses.
Le “philosophe sans qualité” nous apprend que les jolies lycéennes, auxquelles il enseigne la pensée de Clément Rosset et les mélodies mélancoliques de Françoise Sagan, aiment beaucoup La haine des plages, roman publié par José Pierre en 1980, roman qu’elles lisent et relisent sous la couette les nuits d’hiver ou, les jours d’été, parées d’un maillot de bain blanc et chaussées d’espadrilles, en terrasse d’un bistrot avec vue sur mer.
Les jolies lycéennes de Schiffter ont un goût exquis – ne doutons pas qu’elles apprécient également Le Professeur de Valerio Zurlini avec Alain Delon et la féerique Sonia Petrova. Les jolies lycéennes sont une incitation à se perdre entre les pages de José Pierre qui, en exergue, cite Francis Jammes : “Veux-tu faire se pencher vers moi comme des roses toutes les bouches de toutes les jeunes filles ?”
Un amour d’été
Nous sommes à Biarritz, un mois de juillet de la fin des années 70. Un critique d’art cinquantenaire, séducteur d’avant l’ère des boîtes à partouze, est l’amant d’une artiste photographe et tombe amoureux de sa fille de 13 ans. Avec une élégance qui fait penser au Dominique Noguez d’Amour noir, José Pierre raconte cette histoire de passion et de petite mort lente. “A mes propres yeux, ce n’est pas le moindre mystère de mon comportement amoureux que cette propension que j’ai à me trouver au même moment sensible à plusieurs femmes, même si de l’une d’elles en particulier je suis profondément épris. Un moraliste dirait que chez moi le roucouleur n’est jamais très loin du libertin ; un historien des moeurs et de la littérature que le Romantique coexiste fort bien dans mon coeur avec l’homme du XVIIIe siècle – et Werther avec Valmont !”
Dans La haine des plages, Pierre laisse la parole à la douceur et aux drames d’une saison sous les caresses. Il y a des jeux érotiques qui excitent, puis qui lassent. Il y a un film vu un soir de pluie, avec Michel Piccoli comme acteur principal. Il y a une mère qui flirte avec la jalousie. Il y a certains plaisirs du corps comme ultime résistance, déjà, à un monde de légèreté qui se meurt. Il y a surtout Cathy à la plage, sur la Côte des Basques ou sur le Rocher de la Vierge : son visage “presque en amande”, ses cheveux “d’un chatain très léger, qui lui faisait comme un nuage alentour de la tête”, ses “yeux d’un bleu tirant aux confins du gris”, ses lèvres tarmac des baisers insensés, ses épaules délicatement arrondies, ses seins de nymphette sous le bikini ou en liberté, ses jambes longues et bronzées et son art de fumer, avec l’innocence sensuelle d’une héroïne de Tom Wesselman, des cigarettes blondes.
Papier paru sur Causeur.fr, été 2010
jeudi 8 juillet 2010
Le Mepris - Jean Luc Godard
Ici et ailleurs, dans quelques jours : BB.
Parce que l'été, la plage, les lunettes noires, le bikini, la classe, c'est BB.
Bardot, vous lirez, sculptée par François Nourissier, cet écrivain qui se bat contre miss P., cet écrivain terriblement vivant dans ses mots offerts à une Star de nos nuits blanches.
Bardot, sa voix, la mélodie de son chant.
Bardot nue, chair du sublime, peau sous l'oeil de Godard et Piccoli, langue d'avant le mépris, langue qui aiguille les frissons, incitatrice des plus folles caresses.
Bardot, BB : "Et mes fesses ? Tu les aimes, mes fesses ?"


