On avait aimé les mots de Beigbeder dans le FigMag, saluant Gégauff et notre Ame damnée, on aime ceux de Naulleau dans Paris-Match. Son papier est titré : "Diable d'homme". On l'illustre, ici, d'un cliché oldscoule, et par le trou de la serrure, de Bernadette Lafont.
Scénariste pour René Clément (« Plein soleil ») ou Claude Chabrol (« Que la bête meure »), modèle du tueur en cavale interprété par Belmondo dans « A bout de souffle », auteur d’une poignée de romans salués par Nimier, poète à découvrir, dandy milieu de siècle, anar de droite et de gauche, intime de Maurice Ronet et copain de Johnny (qui a dit de lui : « C’est l’homme qui m’a fait le plus rire et le plus pleurer de ma vie »), il se nommait Paul Gégauff. Sa trajectoire de feu follet s’interrompit quelque part en Norvège, durant la nuit de Noël 1983, lorsqu’il fut poignardé par sa compagne et quitta la rubrique cinéma pour celle des hommages posthumes : «
C’est ainsi que je le vois, mi-poète, mi-fou, égoïste et vulnérable à la façon des enfants, avide d’aventures et de plaisirs, curieux, atteint de tous les dons mais, finalement, d’une grande rigueur intellectuelle dans les désordres de la vie. » Oraison signée Roger Vadim dans les pages de Paris Match. Cerner pareil personnage, qualifié de « Brian Jones de la profession » par Bernadette Lafont et de « libertin du XVIIe siècle » par Jérôme Lindon, relevait en soi de l’exploit littéraire. Avec « Une âme damnée », Arnaud Le Guern, décidément inspiré par les irréguliers (on lui doit des textes sur Jean-Edern Hallier et Richard Virenque), fait mieux encore.
A l’évocation d’une carrière où la désinvolture le disputait à l’efficacité – plus d’une quarantaine de films au compteur en qualité de dialoguiste, scénariste, adaptateur, interprète ou réalisateur, au portrait d’un homme tissé de contradictions assumées, libre en un mot, à la résurrection d’une époque dont la nostalgie touche même, et peut-être surtout, ceux qui ne l’ont pas connue, l’auteur mêle le récit de ses propres amours, une célébration du cour-cheverny de chez Villemade et des nuits passées à guetter l’aurore sur un tabouret de bar.
Bref, notre biographe (lequel réfute ce mot) se laisse envahir, mais jamais submerger, par son sujet : « J’écris sur Gégauff comme il écrivait ses scénarios, ses dialogues. Je commence par ne rien faire, pendant longtemps. […] Je déstructure les journées, matinées légères et non grasses, heures suspendues. D’un baiser, je sors de la nuit, je goûte l’aube sur les lèvres de miss K. Je la regarde choisir des étoffes que j’aime, tracer dans la ville endormie. Je sniffe l’air encore froid par la fenêtre. » Une fois la dernière page tournée, le critique se prend à hésiter. Aller dénicher sur les quais un exemplaire des « Mauvais plaisants », paru aux Editions de Minuit en 1951 ? Se procurer la filmographie intégrale de notre homme, chefs-d’œuvre et nanars confondus ? Plutôt relire « Une âme damnée », l’affaire d’une heure ou deux, le temps d’une parenthèse enchantée où « la vie, finalement, ressemble à un film de Rohmer dialogué par Gégauff ».
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mercredi 12 décembre 2012
lundi 18 juin 2012
Des seins dans l'oeil de Cecil Saint-Laurent
Dans Paris-Match, le 29 août 1970, Cecil Saint-Laurent, reporter très spécial, s'intéresse donc aux seins.
Sur le site du magazine, on est un peu surpris de retrouver, aujourd'hui, un copié/tronqué des mots de l'auteur de Caroline Chérie, des Corps tranquilles, des Bêtises, du Petit canard ou de ces très beaux et mélancoliques romans - dont nous reparlerons - La Bourgeoise et La Mutante, signé d'une certaine Sabine Cayrol.
N'ayant rien contre miss Cayrol, mais lui préférant de loin Cecil Saint-Laurent, on remet ici ses mots dans l'ordre et on s'offre, pour annoncer l'été, le plaisir d'un reportage photo très oldscoule :
"Si Saint-Tropez a fasciné l’univers, c’est qu’il est un mythe, celui d’un soleil sensuel répandu sur des corps libres et des ruelles divines. Le scandale, si on veut en trouver un, c’est que ce port, beau, grave et charmant, ait été la victime de son charme et que celui-ci risque de disparaître sous l’invasion destructrice des touristes et du béton. Le scandale n'est pas comme on le dit qu'un autobus vende des publications licencieuses (les mêmes qu'une vingtaine de librairies parisiennes exposent tranquillement), c’est qu’une crique tranquille soit devenue introuvable, que la douceur des ruelles s’évanouisse dans le tumulte des moteurs, que dans un golfe plus encombré que la Place de la Concorde on ne puisse plus se baigner un peu loin sans accepter le risque de se faire couper la tête et que plages payantes, embarcadères, ports de tourisme, terrasses de villages préfabriqués, puissent dévorer méthodiquement la côte."
Yves Salgues, Honoré Bostel, Alexandre Astruc, Cecil Saint-Laurent - Des hommes élégants #2
Dans Paris-Match, tous les jeudis, on peut lire paraît-il les coups de coeur littéraires twittesques de Valérie Trierweiler. Pourquoi pas. Feuilletant le numéro 1112 du 29 août 1970, on remarque juste que, à l'époque, Match offrait ses colonnes à quelques godelureaux classieux, dont le talent manque :
. Yves Salgues, héroïnomane fantasque, biographe de James Dean, ami de Gainsourg et Pascal Jardin, nous parlait, sous le titre "Papa est un tueur", de Charles Bronson.
. Honoré Bostel, âme de Chez Castel, inventeur de la Bostella et auteur du Roman d'un turfiste (La Table ronde, 1975), filait à Deauville se balader sur les champs de course : "Un jockey fils à papa menace Saint-Martin."
. Alexandre Astruc, théoricien de la "caméra-stylo" et prix Nimier 1976 pour Ciel de cendres (Le Sagitaire), nous offrait le beau visage de Ewa Olin et disait de Candy, film de Christian Marquand avec Marlon Brando : "C'est Guignol, Walt Disney et Jerry Lewis (en mini jupes)."
. Cecil Saint-Laurent, enfin, le plus dandy des "Hussards", était en train d'écrire Les Bêtises, prix Goncourt l'année suivante, dans les bistrots en buvant des verres de ouisquie. De passage à Saint-Tropez, il envoya une longue carte postale où les seins des demoiselles bronzées étaient célébrés, comme il se doit :
"Des seins inspirent de grands titres à la presse du monde entier. Ce ne sont ceux d'une vedette mais de centaines de filles anonymes. Ils sont nus, et au soleil. Au soleil de Saint-Tropez."
. Yves Salgues, héroïnomane fantasque, biographe de James Dean, ami de Gainsourg et Pascal Jardin, nous parlait, sous le titre "Papa est un tueur", de Charles Bronson.
. Honoré Bostel, âme de Chez Castel, inventeur de la Bostella et auteur du Roman d'un turfiste (La Table ronde, 1975), filait à Deauville se balader sur les champs de course : "Un jockey fils à papa menace Saint-Martin."
. Alexandre Astruc, théoricien de la "caméra-stylo" et prix Nimier 1976 pour Ciel de cendres (Le Sagitaire), nous offrait le beau visage de Ewa Olin et disait de Candy, film de Christian Marquand avec Marlon Brando : "C'est Guignol, Walt Disney et Jerry Lewis (en mini jupes)."
. Cecil Saint-Laurent, enfin, le plus dandy des "Hussards", était en train d'écrire Les Bêtises, prix Goncourt l'année suivante, dans les bistrots en buvant des verres de ouisquie. De passage à Saint-Tropez, il envoya une longue carte postale où les seins des demoiselles bronzées étaient célébrés, comme il se doit :
"Des seins inspirent de grands titres à la presse du monde entier. Ce ne sont ceux d'une vedette mais de centaines de filles anonymes. Ils sont nus, et au soleil. Au soleil de Saint-Tropez."
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