samedi 5 mai 2007

La chanson érotico-pop de Philippe Lacoche

Tous les plaisirs sont dans Lady B.[1], recueil de poèmes de Philippe Lacoche auquel est joint un CD où chaque texte, mis en musique, se transforme en morceau d’un psychédélique « conte érotico-pop ». Le premier plaisir, celui du regard, nous happe dès la couverture : l’absolue beauté – en noir et blanc – des jambes d’une femme, les résilles qui les parent, une main et un talon fin délicatement posés à même le sol. Sur cette esquisse de silhouette, Lacoche va jeter ses mots légers et secs taillés dans les bulles des douces ivresses.
Se jouant des genres, Lady B. est une chanson de gestes sensuels, qui doit autant à Roger Vailland qu’au Gainsbourg de Melody Nelson, une chanson dont les personnages habitent un drôle de pays des merveilles. Le narrateur aime une jolie libertine qu’il nomme Lady B : « A Pallenberg, elle fait penser, / Aux seventies, elle fait rêver / Une Anita brune égarée ». Ce Stendhalien au regard froid n’en a que pour sa muse. Rien n’échappe à son oeil : ses paupières, son ventre, ses seins, ses grains de beauté et sa petite culotte, qu’il appelle son « doudou ». Rien ne lui plaît davantage que l’amour avec elle : « Ma Lady B adore donner, / Et m’aimer sans se retourner, / Au gré du gel, en elle, je vais, / L’hiver est chaud en Lady B ». Mais rapidement, le monde hautement sexy des deux amants va se détraquer. Arrivent dans leur vie Cosette, une lolita dévouée, et l’ours Roger, coquine peluche animée qui ne respecte aucune convenance. Autant de grains de folie qui entraînent le conte du côté de chez Lewis Carroll et Laclos : chacun plonge dans un trou noir où l’imagination est reine, les jardins extraordinaires et la perversité toujours chargée d’électricité charnelle.
La sensualité n’est pas une nouveauté chez Lacoche. Elle fait partie de son univers, comme la nostalgie du temps qui file et la musique, lui qui fut rock critique à Best. Dans ses nombreuses nouvelles, il a toujours su lui faire la part belle. Quant à ses romans, nous ne sommes pas prêts d’oublier l’élégance incendiaire de Jane dans Les yeux gris ou encore l’apparition de Féline, l’héroïne de Tendre rock : « Féline. Je ne voyais qu’elle. Autour : le vide. Le silence. Elle était là, assise, les jambes croisées dans un jean délavé. Attitude si féminine. Un pull multicolore tricoté en grosse laine faisait ressortir la fragilité de ses attaches, la brillance aiguë de ses prunelles de jais. » Une apparition délicieusement érotique à laquelle répond, dans Lady B., une rafale de vers à la grâce imparable : « Cathédrale, premier baiser, / C’était novembre, brumes froissées, / Nous avions bu aux Trois Maillets, / D’emblée, aimée, vous Lady B. »
in L'Opinion indépendante, 20/04/2007
[1] Lady B, conte érotico-pop, Le Castor Astral, 59 p., 14 euros. Préface de Philippe Manœuvre. Postface de Christian Authier

1 commentaire:

Les moissonneuses a dit…

Rien à voir mais à bloguer : http://6.upload.dailymotion.com/video/x1vfyt_gerard-miller-analyse-sarkozy